‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 211 sur 306 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

vrcs qu'elle, se cotisent et lui remettant la somme lui permettent de rester. En voici qui renoncent à des places avantageuses plutôt que d'exposer leur innocence. Leurs maigres économies sont consacrées à acheter une image de la sainte Vierge ou un chapelet.

« Savez-vous ce qu'a fait ma fille? disait un brave homme. Elle a conduit ma femme à confesse, et je vois bien qu'il faudra que j'en fasse autant. » — Un autre ouvrier, amené par son enfant au P. Olivaint, fait son abjuration. Et le bruit se répand, dans les ateliers et les mansardes, du bien qu'on fait aux jeunes filles à Vaugirard. Celles qui ne peuvent s'y rendre en sont désolées.

« Voyez-vous, disait le P. Olivaint, cette pauvre enfant de dix-huit ans qui travaille chez une blanchisseuse. Elle repasse une robe blanche et se met à pleurer. Vous demandez pourquoi? Cette robe blanche, c'est la première communion qui lui apparaît, elle n'a pas eu le bonheur de la faire. Et quand elle apprend qu'il y a une première communion quelque part, elle y va, se met dans un coin, et à la vue des blanches, comme elle les appelle, ses larmes coulent en abondance. Sa mère l'a vendue,... mais la sainte Vierge inspire de pieuses personnes qui la sauvent; Jésus qui l'attendait, l'attire, la reçoit, et à son tour elle a été du nombre des blanches. »

« Mettez-moi où vous voudrez, mais ne me repoussez pas, » disait une enfant que le peu de place et d'argent empêchait d'accueillir. Elle revint tous les jours, jusqu'au moment où fut exaucée sa prière.

« Ne me repoussez pas, » redisent a l'envi toutes celles qui, la première communion faite, doivent quitter la maison de l'Enfant-Jésus pour faire place à d'autres. Comment les abandonner alors, sans compromettre tout le bien déjà fait à leurs âmes? Le P. Olivaint ne le voulut pas ; il s'efforça d'assurer la persévérance de ses chères enfants, en les confiant, autant que possible, à de pieuses maîtresses, à des maisons religieuses jusqu'à l'âge de vingt et un ans. La directrice d'une maison où l'Œuvre comptait en 1877 cinquante de ces jeunes filles écrivait : « Je ne sais si mes yeux, comme ceux des mères, sontfascinés ; mais je suis bien contente de ces enfants; elles ont du cœur et se portent avec courage vers le bien qui leur est montré. »

Bon nombre d'entre elles se donnent, dans la vie religieuse, à Jésus-Christ, qui s'est donné à elles le premier.

Et quand la mort vient surprendre quelqu'une de ces jeunes filles transfigurées par la grâce, on la voit quitter la terre sans frayeur et sans regret. « Offrez-vous vos souffrances à Dieu ? » demandait-on à l'une d'elles. — « Oui, pour la conversion de mon père et de ma mère. »

« Je suis heureuse de mourir, » disait une autre, sur son lit d'hôpital, et, baisant son crucifix, elle expira doucement. C'est le ciel qui leur apparaît au delà de la tombe. Un jour qu'on décrivait la gloire des vierges qui, dans le paradis, suivent l'Agneau partout où il va : « C'est* moi qui en veux bien ! » s'écria une pauvre enfant dans son naïf enthousiasme.

Page 1