CHAPITRE XV
marcher simplement, humblement et joyeusement. L'austère conseil était parfois donné sous une forme aimable et naïve qui fait songer à saint François d'Assise et à saint François de Sales.
« Ah ! vous pensez que l'âne n'a pas sa place au « Calvaire ! Dites-moi pourquoi les ânes sont tous vc marqués de ce signe qu'ils portent sur le dos ? Je « ne saurais dire pourquoi assurément, mais ce que « je sais, c'est que je voudrais comme eux porter la « croix toujours et partout, la porter simplement et « humblement comme eux. »
D'autres fois, le P. Olivaint ranimait dans les cœurs l'amour pratique de la Croix, par quelqu'une de ces fortes et belles sentences : « N'être fidèle à Jésus « que pendant la consolation, c'est de l'égoisme. » — Ou bien : « Dieu est spécialement avec ceux qui « souffrent : la souffrance est une communion perce manente pour ceux qui savent souffrir. » — Et encore : « La Croix et Jésus, c'est l'amour et l'espé- « rance ; c'est le plus noble emploi de la vie, le plus « digne d'une âme généreuse et le gage assuré de « l'Eternité. Confiance donc, courage, Jésus ! » — « Plongez-vous en Jésus : soyez comme l'éponge « dans le sang de son cœur. — «Il pleut; on dit que « le mauvais temps est heureux pour la terre, en ce a moment. C'est ainsi que bien souvent il pleut de a l'or pour lame, dans les journées si sombres de la « désolation intérieure. »
« Ne vous inquiétez pas de vos sécheresses, de vos a obscurités : toutes ces misères bien acceptées glo- « riiient le Seigneur. Rappelez-vous le beau Psaume
« où le prophète invite les neiges, les glaces, les tem- « pêtes à louer le Seigneur1. Il faut bien que le Maître « soit loué au Nord comme au Midi, dans les pays « froids comme dans les pays chauds. Qu'importe « que vous trouviez en vous, malgré vous, la tempé- « rature de la Sibérie et un hiver, et des ténèbres de « six mois comme au pôle, si les ténèbres, si l'hiver « et le froid glorifient le Seigneur ? »
Celui qui consolait ainsi comme un père, indiquait en même temps, comme un sage médecin, l'une des causes les plus ordinaires du mal: « Vous devriez « bénir Notre-Seigneur au lieu de vous désoler. Bé- « nissez-le de vos larmes même. Et pourquoi ? vous « avez fait une perte qui est une grâce. Qui donc « avez-vous perdu ? quel être cher à votre cœur, « trop cher peut-être, est mort pendant votre retraite ? f< vous-même. La mort à vous-même est venue ence fin. Yous vous pleurez vous-même; vous vous « êtes mise à vous chercher en sortant de retraite, et « ne vous trouvant plus, vous avez pris le deuil. « Voilà, croyez-le, l'explication de votre état. Ré- « jouissez-vous donc au lieu de gémir. Gémir sur « cette perte, ce ne serait pas de l'humilité ; ce se- « rait le moyen de ressusciter la nature vaincue et « anéantie. »
Pour consoler plus efficacement les âmes et les porter à l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à la dévotion généreuse et fervente envers son divio
1. Benedicite. glacies et nives}... benedicite, fulgura et nubes, Domino. (Daniel, m.)