‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 239 sur 306 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Conversion du maréchal Randon. — Sentiments du P. Olivaint pour l'Église et le Pape. — La liberté de l'enseignement supérieur.

Par prudence et par humilité, le P. Olivaint gardait toujours un silence absclu sur les fruits consolants de son apostolat. Il lui déplaisait de parler de luimême; il s'imposait, sur tout ce qui touchait les autres, une réserve extrême: pour ces deux raisons, nous perdrions presque partout la trace du bien qu'il a fait, si la reconnaissance n'était venue, après sa mort, en divulguer une partie.

Le peu que nous dirons fera soupçonner le reste. Combien de chrétiens hésitants et faibles ce sage et ferme directeur attacha pour jamais à la généreuse pratique de leurs devoirs ! Combien d'âmes d'élite auxquelles il apprit à mener une vie parfaite, au milieu même du monde ! Combien aussi de frères séparés lui durent de passer des ténèbres de l'hérésie à l'admirable lumière de la foi catholique î

402 PIERRE OLIVAIXT.

La conversion du maréchal Randon fut, sans contredit, pour le P. Olivaint, l'une des plus douces consolations de son zèle, après avoir été, de longues années, l'objet de sa persévérante sollicitude.

Issu d'une famille protestante1, le maréchal Randon vécut longtemps dans la religion de ses pères, sans que rien troublât sa bonne foi. Nature droite et loyale, esprit élevé, cœur généreux et vaillant, il allait à Dieu simplement et cherchait la vérité sans arrière-pensée. Loin de nourrir aucune prévention contre le catholicisme, il pencha peu à peu et comme à son insu vers lui.

Gouverneur général de l'Algérie, il s'était intimement lié avec le P. Brumauld, de la Compagnie de Jésus, dont il favorisait de tout son pouvoir les fondations charitables et les essais de colonisation chrétienne2. En retour, le zélé religieux faisait violence au ciel, pour obtenir la conversion du maréchal ; il s'était même concerté avec quelques autres missionnaires pour que, chaque jour, le saint Sacrifice fût offert par l'un d'eux à cette intention.

On peut dire que l'âme qu'il s'agissait de sauver, était naturellement catholique. Le maréchal saisissait, en effet, toutes les occasions de témoigner son

1. Le maréchal comte Randon descendait d'une famille protestante depuis longtemps élablie à Gange, dans le département du Gard, où elle existe encore. Il était né à Grenoble, le 25 mars 1795. et avait pour oncles Dam ave et le général Marchand. Ce fut sous les ordres de ce dernier qu'il fit ses premières armes, comme volontaire, ea 1812. — Mémoires du maréchal Randon (Paris, 1875), t. I r.

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