CHAPITRE III
vérité, où l'âme se rafraîchit avec délices. Dieu cause avec l'homme dans la prière et lui révèle souvent bien des choses entre un Pater et un \ve Maria. »
Il en fut ainsi pour Pierre Olivaint ; il pria et Dieu lui révéla ces deux vérités que le monde n'a pas comprises: Bienheureux les cœurs purs, parce qu'ils ont le regard illuminé d'en haut pour percer toutes les ombres; bienheureux aussi les humbles, parce que c'est à l'humilité que Dieu donne la grâce1.
Mais se confesser, qu'est-ce donc, sinon se purifier et s'humilier? Se confesser, Pierre commença dès lors à le comprendre, c'est recouvrer cette vue de l'âme que le péché offusque, c'est obtenir miséricorde par l'aveu de notre misère. « Celui, se disait-il, qui aura reconnu ses ténèbres, se relèvera dans la lumière. Celui qui aura purifié son cœur, aura l'intelligence plus libre et plus disposée à connaître, à aimer Dieu2! »
Voilà ce qu'Olivaint comprit avant de l'enseigner aux autres. Voilà quelle grâce il obtint en s'agenouillant, en s'humiliant dans la prière.
Il pria une semaine entière; le huitième jour, il retourna frapper à la cellule de la rue du Regard. Son parti, cette fois, était bien pris. Toutes les objections avaient cédé à ce raisonnement sans réplique dont, plus tard, il faisait confidence à un jeune avocat
1. Matt., vii, 8.— «Deus det vobis.... illuminatos oculoscordis vesln ut sciatis.* (Eph.,1, 18.) — «.... Deus autem humilibus dat gratiam.» (Jac. IV, 6.)
2. Un chrétien de nos jours, Augustin Cochin, revêtant la même pensée d'une forme originale, a dit : « On arrive souvent au Credo par le" ConfUcor. »
52 PIERRE OLIVAIXT.
de ses amis. « Un homme digne de toute ma confiance me donne la confession comme un moyen sûr d'arriver à la vérité ; si je veux sincèrement la vérité, je dois donc me confesser. »
La joie fut grande au cœur de l'apôtre; elle fut plus grande encore au cœur du pénitent. La grâce, en le purifiant, l'avait éclairé, si bien qu'il sentit que le doute avait disparu avec l'orgueil. « C'est fini, dit-il avec transport, et la discussion désormais devient inutile. »
« Non pas qu'il faille blâmer la science, dit excellemment le livre de l'Imitation de Notre-Seigneur Jésus- Christ ; elle est bonne, considérée en elle-même et selon Tordre de Dieu ; mais il faut toujours lui préférer une conscience pure et une vie vertueuse. Et cependant, parce que la plupart des hommes s'étudient plus à savoir beaucoup qu'à bien vivre, ils tombent dans l'erreur et ne font que peu ou presque point de fruit1. »
Voici comment, trois ans plus tard, Pierre Olivaint résumait brièvement l'histoire de cette suprême lutte dont Dieu l'avait fait sortir vainqueur :
« Je regrette, mon ami, que tu n'aies pas surmonté autrefois l'impression pénible qu'avait produite en toi le cher P. de Ravignan ; tu aurais pu, comme moi, mettre pendant longtemps son dévouement à l'épreuve. A ma première visite aussi, j'éprouvai comme toi un mauvais sentiment qui me disait de