‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 42 sur 306 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

que le professeur n'avait contre lui aucune objection bien arrêtée, ni les élèves aucune difficulté bien sérieuse.

Ces controverses amicales, nées inopinément à propos d'une phrase de Bossuet, n'étaient pas le moyen d'action le moins efficace; elles laissaient une bonne impression pour le présent et posaient des jalons sur la route pour l'avenir.

L'influence des catholiques fut moindre sur leurs jeunes camarades de la première année; Pierre Olivaint n'eut guère d'action de ce côté que par le sentiment de respect qu'inspirait à tous son caractère indépendant et élevé. Mais il trouva de dignes amis parmi les jeunes gens qui achevaient alors leur troisième année d'École.

Charles Hernsheim fut de ce nombre. Comme Félix Pitard, il a sa place marquée dans cette histoire, car Olivaint l'aimatendrementet intervint heureusement dans les deux plus grands événements de cette vie si courte et si pleine, la conversion et la vocation.

Hernsheim, issu d'une famille juive de Strasbourg1, eut dès ses premières années plus d'un trait de ressemblance avec Pierre Olivaint : comme lui, il connut, tout enfant, l'indigence ; comme lui, il fut exposé bien jeune, dans une institution de Paris, à tous les périls de l'âme, sans l'antidote de la foi et de la piété. On l'avait baptisé sans trop le préparer à cette grande action; la première communion, machinalement accomplie, ne lui laissait non glus qu'un vague souvenir.

|. Né le 22 mars 1815.

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Condamné à remporter des couronnes au grand concours, pour l'honneur de la pension qui l'avait adopté, il exerça et assouplit certains ressorts de l'esprit. aux dépens des autres et il arriva à l'Ecole normale plein d'orgueil, incapable de discipline, gâté par les s de son éducation. Sans être au fond plus partisan du Talmud que de l'Évangile, il se disait Israélite, pour mieux affirmer son opposition au catholicisme. Impitoyable railleur, riant de tout d'un mauvais rire, il n'épargnait pas plus, dans ses sarcasmes, la philosophie officielle que la religion. « Un jour, raconte son biographe1, il présentait à un professeur dont il était le seul disciple, un travail qui concluait à l'inanité des labeurs philosophiques. « C'est forte- « ment pensé, lui fut-il répondu, vos conclusions pa- « missent d'une grande justesse; mais prenez garde, « il y aurait danger à les exprimer trop haut. »

Le jeune sceptique eut dès lors beau jeu contre les hommes et les doctrines. Mais sa verve impitoyable s'exerçait de préférence aux dépens de la minorité courageuse des catholiques ; c'était en pareil cas surtout, comme il l'avouait plus tard lui-même, que, « dans la cour de l'École, il n'était jamais à demi mauvais plaisant. »

Pauvre enfant, qui, le jour, affectait une gaieté folle et qui, le soir, accoudé sur la fenêtre de sa mansarde, prêtant une oreille rêveuse à la rumeur immense de la grande ville, prenait un mélancolique plaisir à ce

1. Le P. Hernsheim de V ordre des Frères prêcheurs, par le P. Danzas, provincial du même ordre. Paris, Poussielgue, 1856.

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