‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 48 sur 306 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

néreux et fécond. Dès lors son active sympathie fut acquise à tout ce qu'il voyait entreprendre, dans une intention vraiment chrétienne, pour la gloire de Dieu et le service du prochain; mais il s'imposa pour règle de donner la préférence à ces œuvres qui produisent un hien d'autant plus solide, qu'elles exigent de leurs coopérateurs plus d'abnégation, d'humilité et d'esprit de sacrifice.

C'est dire assez que Pierre Olivaint se dévoua de tout cœur à la Société de Saint-Vincent de Paul, plante bien jeune alors, mais surabondante de sève et destinée dans les desseins de Dieu à devenir un grand arbre. S'il ne fut pour rien dans sa naissance, il contribua du moins efficacement à ses progrès et eut le privilège d'écrire' l'histoire officielle de ses commencements. Ce fut lui, en effet, qui rédigea le premier Rapport général sur l 'origine de la Société et ses travaux jusqu'à la fin de Vannée 1841 *. Ce récit fort bien fait, a été depuis inséré dans le Manuel des conférences. Nous en citerons une page.

« En l'année 1832, à Paris, dans une maison du quartier des Écoles, depuis longtemps consacrée à recevoir la jeunesse studieuse2, se tenait une conférence littéraire dont les discussions avaient toute la vivacité que déjeunes esprits ont coutume de porter

1. Société de Saint-Vincent de Paul. Rapport général sur l'origine de la Société et ses travaux jusqu'à la fin de l'année 1841. Paris, au secrétariat de la Société, 1845.

2. Cette maison, située rue de l'Estrapade, 11, près du Panthéon, avait été occupée par la Société des Bonnes-Études, avant de devenir le siège primitif des Conférences de Saint-Vincent de Paul,

78 PIERRE OLIVAIXT.

dans cette sorte d'escrime intellectuelle, et aussi tout l'intérêt sérieux que les questions religieuses répandent sur les matières où on les fait intervenir. Car elles intervenaient fréquemment entre ces étudiants assemblés pour parler d'histoire, de littérature, de philosophie : ils les retrouvaient au fond de tous les grands problèmes agités par leur ardeur juvénile. Il arriva donc que ceux d'entre eux qui étaient demeurés fidèles aux croyances catholiques se réunirent et se rapprochèrent par la nécessité de les professer hautement et de les défendre contre les opinions adverses. Une foi commune et chère, la puissance des sympathies religieuses, une sorte de fraternité d'armes contractée par l'habitude de combattre sous la même bannière, les eurent promptement liés de cœur et d'àme, et ils étaient devenus amis avant même d'avoir échangé une parole d'amitié. Ils ne tardèrent pas à se demander si cette foi qu'ils avaient le bonheur de posséder ne devait pas cimenter leur union par quelque œuvre plus consolante que des controverses nécessaires, mais quelquefois passionnées et contristantes pour la piété. Ils comprirent qu'il était bon d'établir une autre espèce d'association exclusivement chrétienne, où la charité seule présidât, et dont l'objet pacifique fût le culte de Notre Seigneur Jésus-Christ dans la personne de quelques pauvres. «Telle fut la pensée ou plutôt l'instinct et le besoin d'association d*où sortit notre première Conférence. Elle garda cette dernière dénomination, qui est consacrée à Paris, dans le quartier des Écoles, pour désigner les réunions studieuses déjeunes gens, mais qui

Page 1