‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 5 sur 306 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

se décourager, s'acharnait à l'étude, et comme faire vite n'était pas l'idéal de cet écolier, si actif cependant et si éveillé, il redoubla la classe de rhétorique. A partir de ce moment, comme en font foi les Palmarès de ce temps-la, il obtint des succès chèrement achetés, dans les principales facultés: discours français, vers latins, version latine, version grecque, dissertation latine et dissertation française de philosophie. En face de tant d'émulés distingués qui lui disputaient la victoire, son humeur guerrière se réveillait; la classe se transformait pour lui en champ de bataille, et il écrivait à un ami, dans un transport d'enthousiasme tout romain '.«Mars communis, utrinque ferrum, dit le Conciones. »

Ainsi fut laborieusement acquise cette merveilleuse facilité de composition, jointe à cette correction élégante de parole dont il donna plus tard tant de preuves, dans l'enseignement et clans la prédication.

Pierre avait d'autant plus de mérite à ce travail opiniâtre, que dès lors sa santé était fort délicate. A. dix-sept ans, ses yeux sont déjà faibles et souffrent d'une lumière trop vive. Dans une lettre écrite à cette époque ', il se peint lui-même comme « un original, le nez chargé de lunettes vertes. » Il faudrait au pau-

général de l'enseignement supérieur; M. Emmery de Sept-Fontaines, ingénieur en chef, inspecteur de l'École des ponts et chaussées; M. Saint-René Taillandier, de l'Académie française, professeur à la Faculté des lettres de Paris; M. Ambroise Tardieu, professeur à la Faculté de médecine; M. Garsonnet, mort naguère inspecteur général de l'Université. M. Buffet, sénateur, M. Ilousset. avocat au Conseil d'État. 1. 4 septembre 1833.

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vre enfant de la grande ville la campagne et l'air pur.

« Cest de Paris que je t'écris, de Paris, toujours de Paris qui m'obsède, qui m'étourdit du roulement désespérant de ses mille voitures et des cris de ses marchands ; qui me fatigue de ses pavés mal taillés, de sa cohue, de ses coudoiements, de ses badauds. Tu dois voir que Paris m'est bien insipide, à moi obligé de patauger dans ses rues boueuses ou de m'enfermer dans ses maisons où l'on ne voit qu'un pâle soleil. Tandis que toi à la campagne.... Mais n'en parlons plus! Chasse, mon ami, chasse; pour moi, je ne chasse pas, je ne peux pas même chasser l'ennui. »

L'aveu de cet ennui se retrouve souvent dans ses intimes confidences : « ïl est inutile de te dire que je m'ennuie toujours ; tu sais qu'il n'en peut être autrement. »

Il signe ainsi une autre lettre : « Ton ami peu content, peu joyeux, peu heureux, peu tout ce qui est bien, beaucoup tout ce qui ne l'est pas.... »

Est-ce seulement à cette mauvaise humeur qu'il faut attribuer les sentiments peu affectueux qu'il témoigne à ses maîtres de pension? Le premier auquel il avait été confié, étant mort subitement du choléra, avait légué sa jeune et turbulente clientèle à un successeur qu'on n'aimait point, et qu'on ne respectait pas davantage, à en juger au moins par l'adieu assez étrange que lui adresse notre rhétoricien. « Je vais quitter la pension, » écrit-il à un ami, « je ne puis plus supporter notre jésuite] auquel il ne manque

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qu'une soutane. » On voit qu'il était loin de se douter du sort que Dieu lui réservait!

prit railleur et léger du Parisien affectait alors chez lui les allures d'un petit Voltaire, combattues bien lût par de nobles sentiments et par une vague tristesse. Le sarcasme irréligieux se mêlait aisément, dans ses entretiens d'écolier, à des tirades révolutionnaires, apprises dans les livres qui lui tombaient plus souvent sous la main. C'était la lultede ce double instinct dont parle le poëte sceptique :

Près du besoin de croire un désir de nier,

Et l'esprit qui ricane auprès du cœur qui pleure1.

Plus tard, faisant allusion à ces idées folles, à ces préjugés irréfléchis contre la foi chrétienne, Pierre laissera échapper ce douloureux aveu, digne de Paul et d'Augustin : « Je me rappelle mon éducation, mes passions antireligieuses à la sortie du collège, combien j'étais plongé dans ce nouveau paganisme, comme ça m'aurait bien été de combattre par l'épée, par la parole, contre Jésus-Christ et son Église!... Et j'aurais cru par là rendre service à Dieu : Obsequium prwstare Deo i. »

Ce que prouve surtout cette confession sincère, c'est le grand amour du converti pour son divin maître, et l'humilité profonde qui exagère à ses yeux les torts de sa première jeunesse.

Ses amis de collège le jugeaient autrement et dé-

J. Victor Hugo. Chants du crépuscule.

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