‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 73 sur 306 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

charmes, d'une intelligence remarquable, d'un caractère doux et d'une vertu au-dessus de son âge. Aussi, quoique des milliers d'enfants aient passé depuis sous nos yeux, le souvenir de Nathalie n'est pas effacé. La mère infirmière qui l'a soignée, — car elle était presque toujours souffrante, — se la rappelle parfaitement malgré son grand âge; il est vrai que sa mémoire est aussi fraîche, aussi fidèle qu'à vingt ans. Cette enfant l'a tellement frappée, qu'il a suffi de prononcer son nom pour que sa physionomie même lui revînt à l'esprit.

« Déjà atteinte de la terrible maladie de poitrine dont elle mourut à seize ans, Nathalie fut en proie à de continuelles douleurs pendant ses trois années et demie de pension, mais à l'infirmerie comme dans les classes elle édifia tout le monde. Ses compagnes dont elle était le modèle, l'aimaient comme une sœur, et ses maîtresses voyaient avec consolation se développer tous les jours dans son âme les précieux germes que la grâce divine y avait déposés.

« Douce et patiente durant la maladie, elle ne laissa jamais échapper une plainte, ne manifesta jamais aucun de ces caprices, aucune de ces petites exigences si ordinaires en pareil cas à des enfants de douze à quatorze ans. Le médecin lui-même, M. le docteur Gaillard, ne la visitait jamais sans en être édifié. »

Avant de partir pour Grenoble, Pierre Olivaint avait constaté déjà l'état de langueur et de mélancolie auquel sa jeune sœur était réduite. Mais il l'attribuait moins à la maladie qu'à une sorte de nos-

talgie, éprouvée par l'enfant à chaque séparation d'avec les siens. Il vint donc au couvent afin de se mieux renseigner sur la santé de celle qu'il appelait « sa petite religieuse. » La bonne mère infirmière dut le désabuser et lui fit comprendre, avec tous les ménagements possibles, que Nathalie était frappée d'un mal qui ne pardonne pas. Pierre était parti pour son poste, plein des plus tristes pressentiments. Bientôt on lui apprit que sa sœur avait quitté la pension; puis, qu'elle respirait l'air de la campagne à Corbeil, qu'elle souffrait, elle aussi, de la grippe, que sa mère était inquiète. Aussitôt il écrivait à son ami : « Parlemoi de Nathalie.... J'espère bien que tu ne manqueras pas de me dire la vérité : crois bien que je pourrai la supporter, et ne t'impose pas comme un devoir de me cacher ce qui me ferait de la peine. Comment la trouves-tu et qu'en pense le docteur? Il y a là encore bien des larmes et bien des douleurs que je n'ai pas connues, et je riais ici peut-être, et j'étonnais par ma gaieté ceux qui me voient, pendant que ma pauvre mère passait les jours et les nuits à soigner sa petite malade et à se rendre malade elle-même. »

Vers le mois de juillet, le mal fit d'effrayants progrès. Mme Olivaint ne prenait plus aucun repos et passait, en effet, les jours et les nuits au chevet de sa fille. Trois ou quatre amis intimes, ceux-là même qui avaient promis à Olivaint de le remplacer auprès de sa mère, se constituèrent gardes-malade, et tour à tour, chacun deux fois la semaine, ils venaient veiller auprès de la pauvre veuve, dans la maison solitaire.

Une nuit que l'un d'eux était là, Mme Olivaint.

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