‹ Pierre Olivaint, prêtre de la Compagnie de JésusChapitre 84 sur 306 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

aimer Dieu par-dessus tout, il n'en aimait que mieux ses frères. Il répondit :

« Tu as cru un instant que la religion m'éloignait

ie toi. Tu n'as plus cette pensée, n'est-ce pas? La re-

igion ordonne l'amour ; mon amitié pour toi n'a fait

\ue s'accroître depuis que je suis entré dans la foi'

it plus j'aime Dieu, plus je t'aime. C'est à cause de

œla que je serais prêt, avec le secours de la grâce, à

lonner ma vie pour sauver ton corps, à donner vingt

ois ma vie pour sauver ton âme. Vois, cher ami, ce

{ue c'est que la religion catholique! L'amitié perd,

n quelque sorte, son privilège: ce que je serais prêt,

e me semble, à faire pour toi, Jésus-Christ nous or-

lonne d'être prêts à le faire à chaque instant pour

hacun de nos frères, pour nos ennemis, comme pour

ios amis. »

Et dans une autre lettre :

« Quand tu seras revenu à Dieu, mon bon ami, ious nous trouverons unis, non pas seulement par le harme de cette amitié humaine qui nous lie depuis ix ans, non pas seulement par la convenance de nos sprits et le choix de nos cœurs, mais par la même spérance, le même dévouement au service de Dieu ; ous n'aurons plus véritablement qu'une seule âme, ous ne serons qu'un en Jésus-Christ, et dans l'éterité nous resterons unis encore. »

....Je t'aime bien, mon cher ami, notre vieille mitié m'est toujours bien précieuse et bien chère. i nos esprits ne s'accordent pas encore en tout, nos œurs ne s'en confondent pas moins dans l'amour u Bien, de la Vérité, de la Vertu, c'est-à-dire dans

146 PIERRE OLIVAIXT.

l'amour de Dieu qui passe pour nous, n'est-ce pas avant toute chose. Oh ! tu avanceras, j'en suis sûr je l'ai encore demandé à Dieu pour toi ce matin, ej recevant le Corps et le Sang deNotre-Seigneur. »

Quelque temps après, Pierre se croyait en droit d'é crire à son cher Xavier :

« Depuis le collège, tu as pu trouver de nouveau; amis; mais, j'ose le dire, aucun d'eux ne t'est plui dévoué que moi. qui m'étais mis avant eux dans toi cœur.... Dans cette lettre que j'ai précieusement con servée, tu me demandais si mes convictions nouvelles changeraient quelque chose à nos rapports J'espère, mon ami. que le temps t'a apporté la réponse que tu désirais; tu as vu que la foi ne romp pas les amitiés, quand, comme la nôtre, elles on eu dès le commencement des sentiments purs et nobles pour base. Mais tu allais plus loin dans ta lettre mon cher Xavier, et tu me priais en quelque sorte de faire tous mes efforts pour gagner mes amis aux principes que je venais d'embrasser, plutôt que de nvéloigner d'eux, parce que nous n'avions plus les mêmes idées en toute chose.

« Tu me rendras celte justice, que opportune, importune, j'ai tâché de suivre sur ce point l'impulsion que tu donnais toi-même à mon zèle. Je ne suis pas lassé de ce rôle, et je ne m'en lasserai jamais; ej quand mes amis me repousseraient, je reviendrais toujours à la charge : ils auront, en vérité, bien de la peine à se débarrasser de moi. C'est que je pense que Dieu n'a pas formé eu vain les liens qui nous unis sent; et s'il devait arriver que ta résistance fûthiJ

Page 1