Baptême de Clovis
Sur toile. IL, l'",58; L. 88 cent. —Peints de 1652 à 1654, pour la conirérie de Corpus Domini de la cathédrale de Marseille, et payés 140 livres. — Voir, page 26, le piix l'ait, extrait des minutes de M'' Giraud, notnire à Marseille, on se trouvent aussi les deux quittances. — Le
Baptême de Clovis est signé P. Puget Inv. — Musée de Marseille, n"^ 56 et 57.
8. Le Sauveur du moinde, Salvator mundi. — Sur toile. II., 2'", 40; L., l'",85. — Peint eu 1655 pour la même confrérie, et payé 200 livres. Le prix fait et les quitlauces existent aux minutes de M'^ Bouteille, notaire à Marseille. — Musée de Marseille, u" 55. — Voir page 28.
L'histoire de ces trois tableaux est des plus singulières. Le Sai^ vator mundi se dressait en retable sur l'autel du Saint-Sacrement de Téglise de la Major. Les deux Baptêmes, placés de chaque côté des fonts baptismaux, se trouvaient à portée de la main. Pour les préserver des dégradations populaires, on fut obligé de les couvrir d'un grillage en fil de fer, fermé par un cadenas dont les prieurs de la confrérie gardaient la clef avec un soin jaloux. En 1725, le duc d'Orléans, régent du royaume , qui faisait rechercher en Provence les ouvrages de peinture de Puget, témoigna "a l'archevêque d'Aix le désir de voir entrer dans sa galerie les tableaux de la Major. L'archevêque s'empressa d'écrire, non pas aux prieuis de la confrérie, mais au chapitre de la cathédrale, et le chapitre, assemblé le 14 août, prit la délibération suivante, conservée dans ses registres :
« Son Altesse Mgr le duc d'Orléans ayant eu cognoissanco qu'il y avoit dans nostre église trois tableaux de la main de M. de Puget, l'un qui est à l'autel de Corpus Doniini , représentant le Sauveur, et les deux autres plus petits aux fonts baptismaux, représentant les baptêmes de Constantin et de Clovis, il désirerait de les avoir. Sur quoy il a esté unanimement délibéré de lesscr -Mgr le duc d'Orléans maître des tableaux et del'indenmilé qu'il jugera convenable pour nostre église, et à ces lins le chapitre aura l'honneur d'écrire à Son Altesse Royale et d'adresser la Icltic à M. l'arciievèque d'Aix, en le priant de l'assurer de la vénération et du zèle respectueux du chapitre qu'il a si justement présumé par la lettre qu'il lui a fait l'honneur de luy écrire. Le tout a été délibéré sous le bon plaisir de Mgr l'évesque de Marseille, en conséquence do (piov le chapitre se réserve de luy en cscrire incessamment.
M Sii/iie : FoRKST.v-CoLoxGE, prévost. — Rolakd. archidiacre. — RruNAun, chanoine et adniiiiislniteur. i>
Les prieurs ouroiit le courage de résister. Mais le chajiitre passa outre et fit enlever les tal)leaux. Fje 10 novembre, l'un des prieurs, Se rendant à lY'i^lise « pour les fonctions de sa charge, » put constater leur disparution. Aussitôt il court cliercher ses collègues, et tons trois se présentaient, dès neuf heures du matin, chez le lieuicnant criminel. Leur déclaration porte qu'ils ont trouvé les cadenas des grilles forcés et les tableaux enlevés par violence, et « comme ils se trouvent soumis par le dû de leur charge de veiller à la conservation des biens, effets et droits de ladite confrérie, que, d'ailleurs, cet enlèvement est des plus criminels, soit par l'endroit où l'enlèvemeiit a été fait, soit enfin h cause de la chose sacrée, et que, pour le moins, les autheurs, fauteurs et complices, méritent une punition exemplaire, lesdits sieurs Cotta, Bertrand et D'hoiu'det, pour se tirer de tout reproche à l'avenir, requéraient acte de leur déclaration et demandaient qu'il fût informé contre les autbeurs, fauteurs et complices desdits vols, larcin et enlèvement, pour l'information prise communiquer à M. le Procureur du Roi. » Ils requéraient le lieutenant criminel de venir « faire une descente pour dresser procès-verbal de l'état des lieux et faire descriptions desdites fractions et enlèvements, » et demandaient « qu'il leur fût permis de faire saisir les trois tableaux partout où ils se trouveraient, etiam manu militari... »
En effet, la descente eut lieu, mais le chapitre était prévenu. Un chanoine se présenta, appuyé d'un procureur. Aux réclamations des prieurs il opposa des ordres supérieurs qu'il communiqua , à voix basse, au lieutenant criminel, et celui-ci, atténuant autant que possible les termes du procès-verbal, au lieu d'autoriser les prieurs à faire saisir les tableaux chez le prévôt du chapitre qui les détenait encore, se contenta de renvoyer les parties en jugement.
Le procès s'engagea devant le parlement d'Aix, pendant que les tableaux prenaient tranquillement la route de Paris. Ils y seraient arrivés sans encombre, si la mort du duc d'Orléans, survenue le 25 décembre , n'avait rendu la liberté au chapitre. On rejoignit les tableaux à Orléans, et on s'empressa de les faire revenir. Mais le procès ne pouvait se terminer aussi vite. Il y eut contredits, .sommations, réponses, expédients, plaidoiries. Toutes les pièces sont conservées aux archives de la préfecture des Bouches-du-Iîhône dans un sac poudreux, digne de Chicaneau. Enfin, le 20 juin 1 724, l'arrêt fut rendu. Il ordonnait la réparation des tableaux et leur rétablissement aux places qu'ils occupaient, avec inhibition d'en disposer à l'avenir; le tout aux frais de l'économe du chapitre.
Une (lélil)('ratinii, on dalo du 19 juillet, nous apprend que le chapitre accorda « à M. de Serre, peintre de cette ville de Marseille la somme de cent vingt livres pour avoir donné ses soins, ]tour remetlre en place et bon estât le grand tableau du Salvator du grand Piiget, peintre, à Tbautel de la chapelle du Corpus Domini, comme aussi les deux autres tableaux aux fonts baptismaux, Tun représentant le baptême de Constantin, et l'autre le baptême de Ck)vis, roy de France, fait aussy par le grand Puget. »
Le chiffre élevé de l'indemnité indique assez la gravité des dommages. Les réparations de Serre n'empêchent pas qu'ils ne se voient encore aujourd'hui. On dirait que ces tableaux ont été non-seulemant rouk's, mais plies en plusieurs doidiles. (Juelques parties, entièrement refaites, et à la hâte, ne gardent plus rien de Puget. Les bords surtout paraissent avoir souffert. Des deux baptêmes, l'un a été raccourci par le bas, l'autre par le haut; car le plan principal, qui, dans ces deux pendants, se trouvait évidemment à la même hauteur, offre de l'un à l'autre une différence de 20 centimètres au moins. Enfin les trous, les gerçures plus ou moins bien bouchées ne se comptent plus, et en maint endroit la peinture enlevée laisse voir l'impression rouge du fond. Le Salvator mundi a éprouvé moins de dégradations. Cependant une tache énorme, mal raccordée, forme sur la tunique rouge du Christ un pâté jaune, et le dessin incorrect d'un des petits anges prouve qu'il a été repris presque en entier.
En 1795, une main plus puissante que celle du chapitre arracha de leur place les trois tableaux de Puget, et cette fois ils n'y devaient plus retourner. Au miUeu du naufrage révolutionnaire, le docteur Achard en opéra le sauvetage. Il les réunit aux nombreuses épaves que recueillait son courageux dévouement. Depuis cette époque le musée de la ville de Marseille en est devenu possesseur. S'ils n'ont pas quitté la Provence, c'est grâce aux prieurs de la Luminaire du Corpus Domini. Sans leur énergie quelque peu tracassière, les deux Baptêmes et le Salvator mundi, après avoir figuré dans la galerie du duc d'Orléans, seraient passés en Angleterre avec le reste de la collection.
0. Le SoMîiEiL DE Jésus. — Sur toile, ovale en largeur. Comme le portrait de Puget, ce tableau a })assé y^y les mêmes vicissitudes que le cliàteau Borély. Après avoir appartenu à M. de Panisse, il fait aujouid'iuii partie des collections du musée de Marseille. — Je l'ai dé-rit page 55.
7)()4 CATALOGlIFl.
Lo fiiilrc (1(1 So)ni)teil de Jésim iii(''riU! une altontioti particulière. Sculj)t(!! en liaut relief et Aoré, il l'cprésenlc un portifjuc (rarchitcc- (ure coriiilliieniic croulard de toutes parts. Colonnes, diapiteaux, corniches, vont s"al)iiner (ians le n(onceau de ruines rpii jonche le sol. Une gloire rayonne au sommet, et un groupe de chérubins regarde dormir le petit Jésus. Le sculpteur a voulu symboliser ainsi la ruine du paganisme, conséquence de la naissance du Messie. Le cadre a donc été fait exprès pour le tableau, par un ami de l'uget et sur sa demande. Or, (et ami ne peut être que le sculpteiu' en bois, François Garavaque, Tun des témoins de sa dernière heure. Dans le Sommeil de Jésus il faudrait donc reconnaître la Nativilé de Notre-Seiçpieur, mentionnée par 17?ii;e»toire et citée par Bougerel comme un des tableaux de la succession de l'uget qui a()partenaient à son petit-fils. C'est de Paul Puget que Borély l'aura acquis avec le Faune.
lu. ÂNiNONCIATION.
1 1 . Visitation.
Tableaux cités par de Haitze, en 1679, comme décorant, la chapelle des congréganistes, chez les pères jésuites d'Âix : — ((Le principal tableau du maître-autel qui est V Annonciation, est du brave M. Puget de Marseille; c'est tout dire, en disant qu'il sort de la main d'un si soavanl homme, qui n'excelle pas seulement dans la peinture, mais encore dans la sculpture et l'architecture. Aussi c'est un élève du fameux peintre Pietro da Cortone, qui prit soin de le former, ayant reconnu en luy un génie pyrticulier pour le dessin. Le premier, du côté de rÉvaugile, est la visite que la Vierge rendit à sainte Elisabeth ; rcluy-cy qui est fort beau est du même M. Puget.» — V Annonciation., sur toile, en hauteur, existe encore dans la chapelle du grand séminaire d'Aix. Mariette nous apl)rend qu'elle fut estimée 2,000 livres, et qu'elle lit l'objet d'un procès entre les congréganistes et les Jésuites. — Gravée sur bois dans la Gazette des beaux-arts. — Voir pages r.O, 51, o2.
12. VocATiOiN DE SAINT Matthieu. — Sur toilc. H., 4 mètres environ; L., o mètres. Dans l'église de Chàteau-Gomberl,
près de Marseille. Citée par Guys, auteur de Mii.rseille ancienne et moderne, eu 1786; par Papou, Voyage littéraire de Provence, 1787; par Émeric David. — Voir pages 56-57.
15. Saikte Famille. — Sur toile. II., 6 pieds 4 pouces; L., 4 pieds a pouces \j'i. — Citée par Bougerel, cliez M. lîoyer de Fouscolombe, à Aix. — Vente Boycr de Fouscolombe en 1780, n" 75. —Exposition de Marseille en 1861, n° 795. — Elle se trouve actuellement chez M. le marquis 'de Saporta, à Aix. — Voir pages 50 et 51,
li. Saime Cécile. — Exposition de Marseille en 1801, 11" 797. — Chez M. Malcor, à Toulon. — Gravée sur bois dans la Gazette des beaux-arts. — Voir page 55.
J5. Portrait de la mère de Pdget. — Cité par Émeric David. — Exposé à Nîmes en 1865. — Chez madame la iiaronne de Lisleroi, à Nîmes. — Voir pages 57-58.
16. Portrait d'homme. — Cité par M. de Chennevières dans la collection Topin. — Chez M. Viel, à Aix.
17. Adoration" des Mages, esquisse. — Cité par M. de Chennevières dans la collection Clérian, à Aix. — Acquise par M. de Suleau, dont la coUeclion s'est vendue à Paris.
18. I.\tériei:r n'rxE chapelle. — Cité par Kmcric David, dans la collection Magnan de la Roquette, à Aix; par M. de Chennevières, dans la collection de Sinéty. — La collection de Sinéty a été transportée à Paris.
19. Flite en Egypte, paysage. — H., 5 pieds 7 pouces; L., 2 pieds 11 pouces. — Collection Doyer d'Égnilles, à Aix. — Gravé par Coelemans.en 1709, pour le recueil du Cabinet d'Égidlles. — Vente Crozat, en 1755. — Voir page 59.
"iO. La Vierge montrant a lire a l'E.xfaxt Jésus. — Même collection. Gravé parCoelemans en 1705. — Voir page 59.
21. Portrait de Pcget dessinant. — Mèmecollcclioa. Gravé })ar Coussin jiour la 1"' édition du Cabinet d' Kg ailles, \10\). — Cité par Emeric David. — Voir pa^e 40.
366 CATALOGIii:.
22. Bacciiakalk. — Menlioiuiée dans VInventaire. — Citée par Bougerel, chez le pelit-fils Paul Pngcl.
25. Jacoi! et sa famille. — hiveutaire. Bougerel dit une Baclitl, ce qui revient au même.
24. Bamême de Notre-Seignelk, paysage. — Inventaire. Bougerel dit un Saint Jean-Baptiste.