‹ Pierrot amoureux; acte en versChapitre 7 sur 8 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

PIERROT, ALBANINE

evtmm brusque

A cette heure, ô Pierrot l je t'aime, je t'adore ... Et ton souvenir seul mon existence dore ! . . .

PIERROT, à part Que pourrait être donc ce changement subit ?

Oui, je t'aime, Pierrot ! Et mon être subit Tant de charme à te voir. . .

PIERROT, indifférent

\ Serait-il bien possible ?

Comment ! tu restes froid, tu restes impassible ? N'aurais-je maintenant plus d'empire sur toi ?

PIERROT, ironique

Que non ! A Dieu ne plaise '.... Eh ! MacTame, ma foi, L'amour si beau qu'il soit ne me dit rien qui vaille. Pour gagner de l'argent, à présent je travaille...

Mais Et vous-même, au fait, — dites-moi donc un peu

Ce qui vous fit changer, car vraiment on ne peut

Ainsi se dégager des plus belles idées

Pour en prendre soudain d'autres si décidées !....

ALBANINE, boissant Ics ycux

J'ai... trouvé le bourgeois qu'il me faut en chemin.

Il voulut acheter au prix coûtant ma main !

Mais l'amour à présent m'envahit tout entière ;

Autant humble je suis qu'avant je n'étais fière.

Sois Pierrot, dis, — veux-tu ? — mon bel amant de cœur !

PIERROT

Vous avez donc perdu votre rire moqueur ? Votre raisonnement n'était donc qu'éphémère?

ALBANINE

Ah ! ta méchanceté. Pierrot, est fort amère !

PIERROT

Je suis un peu pressé, Madame, et dois partir

Avant de m'en aller je veux faire sentir

Un conseil cependant qui pourra, ce me semble.

Nous mettre enfin d'accord parfaitement ensemble :

Ici bas il n'est rien qui détrône l'argent

Et de tous les bonheurs il est le seul agent.

Allez donc à la bourse, ou faites- vous ministre ,

Prêteur à la semaine, usurier sinistre.

Tout ce que voudrez, en un mot, mais laissez

Tous vos beaux seiitimeuts qui sont fort malaisés. Enfermez au loquet la douce poésie Qui n'est plus aujourd'hui que vulgaire hérésie ; Amassez des écus. Madame, c'est plus beau : L'argent c'est le bonheur, et l'Amour le tombeau.

ALBANINE, à pOlt

Il était mérité, ma foi, ce persiflage !...

Méditez bien cela, vous avez assez d'âge Que pour en convenir...

Adieu, Madame....

(// s'apprête à sortir, puis revient sur ses pas)

Mais Il serait malheureux, vraiment, si je fermais Ainsi toute rintriguc... Il faut que sa morale Soit dite pour le moins par la masse chorale ; Selon l'antique usage et la tradition De ceux qui, les premiers, mirent la Passion,

— La grande Passion, belle et noble, ou malsaine, — Sur la planche artistique, aux clartés de la scène,

— Comme les vieux auteurs, bref, mais sans leur talent, J'irai donc rechercher, là-bas, au premier plan. L'artiste qui s'y trouve à coup sur dans l'attente.

C'est Madame Bellet, qu'on trouve si charmante !... (1) Puis à trois nous dirons, si vous le voulez bien, Quelques tout derniers mots... Cela ne vous fait rien ?...

ALBANINE

Faites donc, mon ami, c'est moi qui vous en prie !

(1) C'est Madatno Valère.aiméo et si charmante !..

{Bruxelles, tO mars, 01 )

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