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NOTICE

En 1881 , l’amusement de représentations théâtrales, à la campagne, un succès imprévu dans le rôle de Pierrot, sous le masque blanc et les vêtements flottants de Deburau, me faisaient brusquement m’éprendre de pantomime, et entre autres scénarios, écrire et jouer celui-ci : Pierrot assassin de

N’ayant vu aucun mime, Paul Le-

grand ou Rouffe, n’ayant rien lu sur cet art sp.écial, j’ignorais toutes les traditions. J’imaginai donc un Pierrot personnel, conforme à mon moi intime et esthétique. Tel que je le sentais, et que je le traduisis, paraît-il, ce fut un être moderne, névrosé, tragique, fantômal.

Le manque de tréteaux funambulesques m’empêcha de pousser cette vocation excentrique , vraie folie d’art qui m’avait agrippée, et à laquelle j’ai dû des dépouillements de personnalité singuliers, d’étranges sensations nerveuses, et le lendemain des griseries cérébrales, comme celles du haschich.

Inconnu, débutant de lettres, sans comparses ni Colombine, je jouai, modestement, quelques monomimes dans

les salons et en public. Des poètes et des artistes jugèrent ma tentative curieuse et neuve : MM. Léon Cladel, Stéphane Mallarmé, J. -K. Huysmans et M. Théodore de Banville, qui, dans une lettre étincelante d’esprit, me dissuadait, alléguant le public mondain trop... spirituel, et les beaux jours de la pantomime envolés.

Amen.

S’il reste quelque chose de mon essai mimique, c’est la conception littéraire d’un Pierrot moderne et suggestif, revêtant, à son gré, l’ample costume classique ou l’étriqué habit noir, et se mouvant dans le malaise et la peur.

Cette idée, marquée dans ma petite

pantomime (1), je la développai plus tard dans un roman (2) et je compte y toucher encore dans deux volumes qui seront : une étude de sensations d’art, et un recueil de pantomimes.

Dès lors , on me permettra de prendre date.

Petit est mon verre, mais j’y bois.

Il serait injuste que mes prochains livres parussent s’inspirer d’un autre, et qu’on m’accusât d’imitation ou de plagiat.

Les idées sont à tout le monde. C’est, j’en suis persuadé, une concordance

fortuite, qui ht succéder à Pierrot

assassin de sa femme, une œuvre au

(1) Pierrot assassin de sa femme . 1882. Schmidt, imprimeur.

(2) Tous Quatre y roman. 1885. Giraud, éditeur.

titre similaire, et au personnage de Paul Violas , de Tous Quatre , un Pierrot qui le rappelle.

Je constate seulement ma priorité, et la réserve pour l’avenir.

Ceci dit, la sympathie que j’ai pour ce joli art de la pantomime, pour les Pierrot-Album de "Willette, le Pierrot sceptique d’Huysmans et Hennique , m’induit à applaudir toute tentative qui ressuscitera, sur la scène ou dans un livre, notre ami Pierrot.

Paul Margueritte.

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