‹ Pierrot sceptiqueChapitre 10 sur 15 · PIERROT, LA SIDONIE · texte numérisé non relu

PIERROT, LA SIDONIE

Tous deux montent dans la chambre. A tâtons Pierrot allume une bougie, puis se pince le nez comme si une puañteur terrible le suffoquait.

« Les parfums de feue ma femme, pense-t-il. » Et il asperge d’eau de cologne le parquet. La sidonie tire son mouchoir; elle en désire un peu.

(Ici on entendra le tailleur se débattre dans l'armoire.)

Aussitot Pierrot impose silence au placard à l’aide de ses poings, et les mains en avant, sans plus long préambule, furieusement il marche sur la sidonie. Elle étend son bras de cire; un bruit sec retentit et Pierrot s'étale, les quatre fers en l'air. Ses manières deviennent plus douces. Le but immédiat serait de la violer, mais l'attaque est périlleuse, les biceps de la sidonie très durs. Donc il faudrait la déshabiller, le reste deviendrait facile.

La sidonie témoigne qu'elle a faim.

— Trés bien, répond Pierrot; alors mettonsnous à l'aise, l'appétit me manquerait sans cela. Je vais vous décoiffer.

(Il enlève son habit).

Habituée par les exigences du métier à se laisser peigner et dépeigner, la sidonie s’assied avec tranquillité. Pierrot commence par lui cueillir les fleurs d’oranger de sa coiffure et va les piquer dans un pot de fleurs, sur la cheminée. Mécaniquement, elles s’épanouissent sous ses doigts ; les fleurs se transforment en oranges. Il les arrache, les dépose au fond d’un tiroir, puis revient à la sidonie. Sa belle coiffure lui reste dans les mains, et son crâne bombe, dénudé, pareil à un dôme de

sucre rose. Pierrot l'épousséte, y découvre une boite, en soulève le couvercle, y prend une écrevisse, l’épluche et la gobe. Il s’assure que la boite est vide et, mécontent, rajuste la perruque. Cependant l'écrevisse l’a mis en goût.

Il apporte une table chargée d’un litre, d’une miche de pain, d’une lune de brie coulant.

La sidonie se sent heureuse. Enfin! elle va manger... Mais Pierrot escamote le litre, jongle avec le pain et se coiffe du brie, comme d'un béret. |

— Pas d'amour, pas de nourriture!

Elle lui dépose un baiser sonore sur la joue; il lui sert à boire.

— Du pain, fait la sidonie.

Pierrot tend son autre joue.

Et il se prépare à réclamer un troisième baiser contre un morceau de fromage, quand un nouveau vacarme du tailleur éclate dans l'armoire. Pierrot se retourne, sourit. On frappe à la porte du corridor. Un homme est là, dans la nuit, qui désirerait entrer.

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