Pierrot sceptique; pantomime
Oesi dans une ville, sur uue petite place arrondie en demi-lune ci qu'enferment, à droite un cabaret, le porche d'un église, à gauche une boutique de mercerie, un éventaire d'immortelles , au fond, Ventrée de la maison de Pierrot, Vofficine d'un coiffeur.
Le cabaret est roiioe. mrni de barreaux autour desquels festonnent des pampres en tôle avec des grappes de raisins tout bleus. Les joies furieuses des pochardiscs ont saccagé les vitres.
La boutique du mercier possède la friperie des marmailles : leurs tabliers, leurs bourrelets, leurs
PIERROT SCEPTIQ.UE
coilt\<;, iVcloiiuaiits Uilmas pour uouvcaux-ucs, de courtes lauges, quatre paulaloiis iiùx fentes lu'cessaires.
Le magasin du fleuriste étale tous les ridicules cmhlcmes des douleurs humaines : des cerceaux d'iinnwrtclles, des couronnes en perle avec des mains de plâtre enlacées au centre, des feuillages de taffetas, des médaillons oh les initiales des défunts, fabriquées avec des cheveux, semblent encore assouplies et poissées par les philocomes.
Des tentures noires, écussonnées d'un P d'argent, encadrent l'entrée de la maison où gît, sur un tréteau, dans sa boîte éclairée par six chandelles, le corps de dame Pierrot, morte à la fleur de l'âge; cependant que, à côté, dans la devanture vert pomme d'un perruquier, toute blanche sous ses cheveux orange, tourne, tourne, comme eu un mouvement ralenti de valse, une chcrissahlc et silencieuse sidonie.
Au-dessus du cercueil de sa femme, dans sa chambre à coucher tendue de papier clair, Pierrot se vêt de noir pour la cérémonie. Des mendiants, fleuris d'ulcères et damassés de dartres, ca usent devant réoTisc. Les cloches sonnent à toute volée.
SCKNE PREMIERE