PIERROT, LE COIFFEUR
Celui-ci sort précipitamment de sa boutique; Pierrot le renverse d'un coup de balai.
Le coiffeur est un petit homme jaune comme un coing et velu comme un ours. 11 croit à son métier; aussi, à peine debout, encore très ahuri, prend-t-il à pleine main les poils du balai, et s'apprête-t-il à leur faire subir une coupe raisonnée. Mais Pierrot retire son balai. Il salue froidement le coiffeur.
— Montez.
— A vos ordres.
— Avez-vous votre trousse?
— Toujours.
Le coiffeur file le long du cadavre qu'il salue , monte et se trouve en face de Pierrot dont la mine l'impressionne.
— Oui, je comprends. ,., gesticule le coiffeur. . . , cette pauvre madame Pierrot!... mes sympathies douloureuses vous sont acquises.
Cette phrase blesse Pierrot. Il n'a besoin des sympathies douloureuses de personne. Si sa
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femme a commis la bêtise de mourir, il n'en est en aucune foçon responsable. D'autres femmes errent, en quête du Monsieur qui acceptera leurs amoureuses exigences, il saura choisir parmi elles, voilà! et vive la ligne!
— Très-bien, affirme le coiffeur.
— A'otre opinion m'importe fort peu, et quant à vos condoléances, elles m'exaspèrent. Un mot de plus et je vous giffle. Dépêchons, il s'agirait de m'arranger la tête.
Le coiffeur approche une chaise ; Pierrot s'assied et pour la première fois peut-être, cet artiste découvre que son client est chauve.
■ — Comment faire ?
Il passe devant Pierrot et simule le geste d'un homme qui pousse une boule de billard. Pierrot sourit, doucement flatté. « Q.ue de gens voudraient être à sa place !... car enfin à quoi sen-ent les cheveux quand l'heure du déduit sonne?... Les baisers ne courent-ils pas mieux sur l'ivoire des crânes ?
— C'est vrai!... mais comment fliire?
— Coiffez, ça m'est égal.
— J'ai justement sur moi de la pommade.
— Oui, mais quelle pommade? (/e coiffeur la lui inoutre).
— De la blanche? jamais.
Pierrot sait ce que l'on doit aux morts. C'est de la pommade noire qu'il lui faut..., de la pommade de deuil!
— Il n'en existe pas, répond le coiffeur.
— Qu'importe!... on en invente.
Et Pierrot menace le coiffeur de le rosser comme plâtre.
Alors , affolé , celui - ci s'arrache plusieurs poignées de cheveux qu'il éparpille. Mais voici que passe un décrotteur. Se frapper le front, rattrapper quelques-uns des cheveux qui volent et se les remettre sur la tète, empoigner les brosses et le cirage de l'auvergnat, remonter vers Pierrot comme une flèche, tout cela pour le merlan est l'affaire d'une seconde.
Cependant Pierrot s'est endormi.
Le coiffeur trempe son doigt dans la boîte à cirage, frotte l'une contre l'autre en un mouvement circulaire les paumes de ses mains et dépose l'enduit ainsi fondu sur le crâne glabre de Pierrot, puis il prend ses brosses et se met à lui cirer le sinciput, à tour de bras comme une paire de bottes.
Pierrot s'est réveillé. D'abord satisfait par le chatouillement, il a manifesté son plaisir par des grimaces presque lascives, mais peu à peu une intolérable cuisson transforme le cours de ses idées, et soudain , menaçant de prendre feu, sa tête déjà semblable à du cuir verni , il bondit sur le coiffeur qui, battu et roué, tombe dans la rue et se sauve.
(-4 ce moment les premiers iui'ités paraissent).
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