‹ Pierrot sceptique; pantomimeChapitre 9 sur 16 · SCÈNE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE SEPTIÈME

LA SIDONIE, PIERROT puis LES PORTEURS d'uNE CHAISE

La porte du cabaret s'ouvre et dans le jet d'une flamme de lycopode, vomit Pierrot dont le nez

devenu rouge flamboie au centre de sa peau blême.

Sa main agite une bouteille; la sidonie le regarde curieusement. Lui, après avoir tourné de ci, de là, trébuché un peu partout, finit par l'apercevoir et demeure fi'appé d'admiration.

Il la salue, la resalue, lui présente le goulot de sa bouteille. Elle la repousse; il achève la fiole.

— \''oulez-vous me suivre au cabaret, lui demande-t-il ?

Elle foit signe que non. Stupeur de Pierrot. Que lui oftrirait-il bien? — Les femmes sont corruptibles, il ne le sait que trop... Une robe, peut-être ! . . . Oui, pourquoi pas ?. . . Une robe ! une de ces robes soyeuses, à traîne toute couverte de dentelles... Il la gratifierait aussi d'un chapeau, d'un chapeau hérissé de plumes..., et de mules décolletées, longues comme la main..., et d'une cravate !

La sidonie refuse.

Il lui propose cent sous qu'il tire de sa poche et se campe devant l'œil.

Elle refuse encore.

Il lui propose des promenades à cheval, une tournée en barque, une partie de chasse, les plaisirs de la pêche, un enlèvement en ballon, le bal public.

Elle refuse toujours.

ÇUii silence. — L'orchestre joue l'air des bijoux de Faust.)

PIERROT SCEPTI Q.U E

L'inspiration descend en Pierrot.

— Que penserait la sidonie d'un souper fin ?

Il se bourre de mets imaginaires, d'indigestes gibelottes, de veaux mareno:o mous et fades.

Le visage de la sidonie s'illumine d'une joie manifeste. Au bruit que lance le pétard d'une bouteille de Champagne, la voilà qui godille... elle est vaincue !

Pierrot hèle une chaise à porteurs.

La vitrine du coiffeur s'ouvre et la sidonie en sort légèrement fripée. Elle foit bouffer sa jupe blanche.

La chaise démarre. En avant ! les porteurs galopent sur la place comme s'ils accomplissaient un voyage.

On s'arrête devant la maison de Pierrot. Celui-ci paie les frais, offre sa main à la sidonie et monte vers sa chambre, après avoir arrosé d'eau bénite la place ou précédemment se dressait le cercueil et offert à sa compagne un bouquet »- d'immortelles oublié par terre.

(Les porteurs et leur chaise s'enfoucent dans nue ruelle).

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