SCÈNE XIV
Les mômes, Pierrot, Arlequin; puis, la Lune, les Étoiles, Léandre, Polichinelle, les petits Pierrots.
Sur ces entrefaites, Pierrot et Arlequin viennent à passer.
Tout réjouis de voir conspuer Léandre qui, par dévouement, s’avouait l’aureurdu petit polichinelle, ils s’avancent vers Colombine, se précipitent à ses
genoux et supplient le père Cassandre de leur accorder la main de sa fille.
— Oh ! oh ! voilà de la chance ! se dit le bonhomme. Deux gendres pour un !... quand j’allais désespérer.... Je vais pouvoir choisir . .
Et s’adressant aux deux rivaux :
— Quel est le plus riche de vous deux ?... Voyons. . . montrez-moi votre argent. . .
Pierrot, piteusement, retourne ses poches, déclarant ainsi qu’il n’a pas un rouge liard ; mais Arlequin, profitant de ce répit, plonge adroitement la main dans le gousset de Cassandre à qui il dérobe sa bourse. Et lorsque son tour est venu de répondre, il la présente et croit déjà triompher.
Par malheur, le père de Colombine s’aperçoit de la fourberie et reprend vivement ses écus.
Pierrot saute sur Arlequin. Ils se chamaillent.
Le Bailli, alors, leur remet deux pistolets et les invite à trancher leur différend en combat singulier.
Duel cocasse.
Pierrot tombe, blessé à mort.
Mais, soudain, le théâtre s’emplit d’une surnaturelle clarté et, parmi des nuages constellés d’or et d’argent, on voit la Lune qui tient par ,1a main Léandre et Polichinelle et que suivent les Etoiles et les petits Pierrots.
Sur un geste de la reine des nuits, Pierrot ressuscite, le Bailli pardonne à Polichinelle, et Cassandre, de son côté, consent au mariage de Léandre avec Colombine dont le petit Polichinelle s’est évanoui par miracle.
La foule, changeante comme à l’ordinaire, approuve ces dénouements et les célébré par de générales réjouissances.
Grand ballabile.
Au tableau final, Pierrot et îa Lune, enfin réconciliés, s’embrassent aux applaudissements des petits Pierrots et de mesdemoiselles les Étoiles.
( Rideau )
Nota. — A la représentation, pour être agréable à pudique dame censure, le symbolique petit polichinelle sera remplacé par un grand accroc au tablier de Colombine.
Cet accroc, d’abord dissimulé par Polichinelle, permettra à celui-ci de couronner, lors de son retour en bailli, celle qu’il a séduite ; puis, découvert par les candidates-rosières, provoquera les récriminations de toute la foule.
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