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QUAND JE SUIS SEUL

A Paul Viardot.

L'isolement point ne m'ennuie Ni son silence, si au long Mon âme comme un violon Y chante un thème et le varie.

Pour y bercer ma rêverie N'ai-je pas Verlaine et Villon !

L'isolement point ne m'ennuie Ni son silence si au long.

Tant des vers ai mélomanie Chantés en mémoire et selon L'exemple divin d'Apollon Pour que vilaine humeur s'enfuie, Qu'isolement point ne m'ennuie.

A Henri Heugel.

— « Hé ! poète, bonsoir ! Si nous causions, ce soir?

Veux-tu ? je vais m'asseoir Dans Fâtre

Et te conter, bien bleu, Un vieux conte. » — Et le feu, Ayant dit, flambe un peu Bleuâtre :

— a II était une fois, Eclose au fond d'un bois, Une fée à la voix D'oiselle.

Pour l'ouïr un tantet Alors qu'elle chantait, De loin, vite, on trottait Vers elle.

Un jour, c'était l'oiseau, Un autre le ruisseau Avec son vert roseau Qui flûte ;

Des grillons négrillons, Et puis des papillons, Des fleurs et des rayons En lutte,

La brise, qui passait Son chemin sans lacet, S'arrêtait et faisait Silence

Pour entendre, aussi, l'air Qui montait frais et clair Comme un jet d'eau dans l'air S'élance.

0 sous la feuillaison La si douce chanson, Facile et sans façon Charmante !

Brune à la nuit, soudain Rose et bleue au matin, Et sentant bon le thym, La menthe ;

Et, tandis que l'été Rayonne de beauté, Oh ! l'exquis andanté !...

Si tendre

Que l'automne jaloux Se vêt d'or et de roux Et vient, à pas de loups, L'entendre.

Mais c'est un virelai En cadence perlé, Ou, voix plaintive, un lai Qui pleure :

Il annonce le froid, La neige, et, par surcroit, Le noir repos, effroi De l'heure.

Puis, quand revient l'Avril, Le bel Avril, d'exil Revient le gai babil Aux branches ;

Et la fée à la voix D'oiselle d'autrefois Qui, joyeuse en ce mois, Epanche

L'arriéré de son cœur Dans le cœur de la fleur, Clame un hymne vainqueur Et pâme.

Salut, verte chanson !

Ecoutons son zon-zon, Et chante, à l'unisson, Notre âme.

Charme du vert décor, L'invisible voix d'or, Tu peux l'entendre encor, Poète !...

Muse chère, aux hautbois Elle mêle sa voix ; Elle est l'âme des bois, Leur fête ! » —

Feu, tu parles au mieux; Après toi, mes aïeux Auraient tiré, mon vieux, L'échelle ;

Mais, vraiment, comme feu, Tu n'es pas merveilleux !

Cause inoins, chauffe mieux ; Je gèle !

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