‹ Piquillo Alliaga; ou, Les maures sous Philippe III (volume 2)Chapitre 20 sur 62 · LA REINE ET LE MINISTRE · texte numérisé non relu

LA REINE ET LE MINISTRE

Le lendemain, après la messe de midi, il se passa au palais un événement qui mit toute la cour en émoi, et ouvrit le plus vaste champ aux conjectures.

Les politiques de Madrid en causèrent pendant toute une semaine à la Puerta del Sol ; les valeurs publiques et commerciales s'élevèrent considérablement, et les ambassadeurs écrivirent le jour même à leurs cours respectives.

La reine, qui depuis plusieurs années ne voyait pas le duc de Lerma, lui avait fait dire par la comtesse d'Altamira, sa première dame d'honneur, qu'elle désirait lui parler.

Le duc, étonné et presque effrayé d'une faveur dont il ne pouvait comprendre le motif, se hâta de se rendre auprès de sa souveraine, et quand ils furent seuls, quand les portes furent doses, la reine, avec sa voix douce et calme, lui dit :

— Monsieur le duc, depuis plusieurs années vous jouissez en Espagne du règne le plus paisible.

Le ministre, surpris d'une attaque aussi franche et aussi hardie, se levait pour s'incliner et réclamer. La reine lui fit signe de rester assis et continua avec la même tranquillité :

— J e ne vous en fais pas reproche ; que la volonté de mon époux soit faite. Il vous a fait roi par sa grâce, comme il Test lui-même par

H celle de Dieu, et vous exercez par intérim. On pouvait gouverner mieux, on pouvait gouverner

plus mal ; d'autres que moi vous demanderont compte de vosactes, ce soin-là ne me regarde pas.

Mais pendant que vous siégez au conseil, que vous administrez les finances, que vous dirigez les armées, que vous décidez de la paix et de la guerre, moi, monsieur le duc, séparée de mon mari, reléguée dans mes appartemens, éloignée de tout pouvoir, surveillée même par vous dans mes relations d'amitié ou de famille, j'ai Pair de céder comme tout le monde à votre ascendant, à votre empire, à votre habile politique. Détrompez- vous : ce que vous croyez devoir à votre adresse, vous ne le devez qu'à ma volonté ou à mon influence, parce que peu m'importe qu'il en soit ainsi.

Le duc voulut balbutier quelques mots ; la reine ne lui en laissa pas le temps et continua d'une voix forte et assurée :

— Vous vous croyez fort parce que je vous permets d'exploiter la faiblesse de votre maître. Vous vous croyez clairvoyant parce que je ferme les yeux, et puissant parce que je vous laisse faire ; mais j'ai voulu vous dire ceci, monsieur le duc, et vous me croirez sans peine, car vous connaissez le roi aussi bien que moi : dès ce soir, si je le veux, si je dis un mot, la porte de cette chambre sera ouverte au roi, et demain la sienne vous sera fermée.

Le duc tressaillit.

— De toute cette semaine vous ne pourrez arriver jusqu'à lui, et la semaine prochaine, vous serez renvoyé.

Le duc pâlit.

— Ce maître, qui vous adore et ne peut se passer de vous, ne vous donnera ni un regret ni un souvenir ; votre présence seule vous rendait nécessaire, votre absence vous rendra inutile : qui est loin de ses yeux est bientôt loin de son cœur, et, dans quelques jours, il ne saura même pas si vous existez !

Une sueur froide couvrait le front du duc...

et à chaque mot que disait la reine, il se répétait en lui-même : C'est vrai !... c'est vrai ! elle ne le connaît que trop bien !

— Votre Majesté me permettra-t-elle de lui répondre ? dit le duc en cherchant à cacher son émotion.

Le duc ne manquait pas d'adresse. Il avait d'un coup d'œil compris ou du moins cru comprendre sa position et deviner les intentions de la reine.

Avec une résolution dont on ne l'aurait peutêtre pas cru capable, il prit sur-le-champ un parti: c'était d'offrir de lui-même ce qu'on allait lui demander ou lui prendre.

— Tout ce que dit Votre Majesté est vrai ; mais en m'accusant, elle a pris, elle-même, soin de me défendre et de me justifier. Si le caractère du roi est tel que vous venez de le dépeindre, n'était-ce point alors le devoir de ses fidèles serviteurs d'aplanir pour lui le chemin et de le guider sur la route ?

Je conviens avec vous, madame, que le guide

2 d'il a choisi pouvait être, lui-même, plus claire, plus fort, plus habile, et que le roi avait, sans sortir de son palais et près de sa royale personne, un soutien, un appui préférable. Mais pourquoi cette intelligence supérieure s'est- elle jusqu'ici tenue à l'écart ? pourquoi a-t-elle craint de se montrer, et ne s'est-elle révélée qu'aujourd'hui, à nous, ses fidèles sujets, qui aurions été heureux de concourir avec elle a la prospérité et à la gloire du royaume? Si jusqu'à présent, avec nos faibles lumières nous avons pu marcher d'un pas assez ferme, que serait-ce si nous étions aidés et secondés parles siennes?...

— Je devine, monsieur le duc, dit la reine en l'interrompant, je devine où tend ce discours. Vous m'offrez de partager le pouvoir. Vous aimez mieux en céder une partie que de perdre le tout; ce qui serait encore un mauvais calcul; car si j'acceptais, c'est que je serais ambitieuse, et si j'étais ambitieuse, il me faudrait bientôt la puissance entière ; mais rassurez-vous, repritelle en souriant, je ne veux rien.

Le duc respira plus librement.

La reine continua :

— Je ne désire point le pouvoir, je le craindrais au contraire. C'est un fardeau trop pesant et trop lourd, surtout pour une femme, et Dieu me préserve d'assumer jamais sur moi une pareille responsabilité. Je vous la laisse tout entière, monsieur le duc, et peut-être serat-elle un jour terrible pour vous.

Mais en me retirant, en m'isolant du pouvoir, en vous laissant tous les droits de la couronne, il en est un cependant auquel je ne prétends pas renoncer entièrement, c'est celui de faire

du bien... toujours ! et d'empêcher le mal

quelquefois !.... toutes les fois du moins que je le pourrai.

— Votre Majesté, dit le duc de l'air le plus aimable et le plus gracieux, aurait-elle quelque infortuné à me recommander... ou plutôt quelques ordres à me donner ?

— Oui, monsieur, dit la reine d'un ton sévère. Puisque aujourd'hui, ce qui nous arrive rarement, nous causons politique, je vais, pour la première et pour la dernière fois de ma vie, vous dire mon opinion sur une affaire d'Etat, c'est la seule dont je me mêlerai jamais. Il s'agit des Maures.

— Ah ! s'écria le duc, toujours un peu déconcerté par la manière franche et brusque dont la reine abordait les questions... vous leur portez, madame, un bien grand intérêt.

— C'est votre faute. Quelques jours après mon mariage, j'ai traversé la province de Valence. J'ai reçu l'hospitalité la plus magnifique et la plus royale chez le Maure Delascar d'Albérique, et lorsque j'ai voulu, ainsi que je le lui avais promis, lui rendre à mon tour cette hospi-

talité en le recevant à l'Escurial ou à Aranjuez, vous vous y êtes opposé.

— Une pareille visite,... une manifestation aussi éclatante, aussi publique, aurait contrarié des idées... des projets que le conseil du roi avait déjà adoptés.

— - Ces idées et ces projets, nous en parlerons tout à l'heure ; mais il n'en est pas moins vrai que vous et le conseil avez empêché une reine d'Espagne de tenir sa promesse. Je suis donc restée débitrice envers le Maure Delascar d'Albérique et les siens. Voilà pourquoi, toutes les fois que l'occasion se présentera, je m'acquitterai envers eux. en les protégeant.

— Il me semble que Votre Majesté a déjà fait beaucoup. Lors de sa visite, elle a conféré la noblesse au Maure d'Albérique et à sa famille.

— C'était justice, après les services qu'ils ont rendus. Par eux, l'Espagne devient chaque jour plus riche et plus fertile.

— Mais ce qui se justifie difficilement, et ce qui annonce l'idée audacieuse de faire revivre les prétentions de leurs ancêtres, d'Albérique et son fils ont placé dans leurs nouvelles armes une fleur de grenade en champ d'azur.

— Ah! une fleur de grenade !... dit la reine en rougissant ; je ne crois pas qu'en prenant cet emblème, fort innocent du reste, ils aient pensé aux rois de Grenade leurs aïeux.

Et malgré elle ses yeux se baissèrent sur une turquoise fort simple qu'elle avait fait monter en bague et qu'elle portait toujours à son doigt; puis, comme si la vue de cette bague lui eût donné un nouveau courage, elle reprit avec fermeté :

Il paraît, du reste, monsieur le duc, que ma protection est loin de leur porter bonheur, et qu'il suffit que la reine d'Espagne s'intéresse à eux pour qu'on les proscrive !

— Comment... que veut dire Votre Majesté ?

— Que depuis long-temps, dans l'ombre et le silence, on médite un édit qui serait la ruine de l'Espagne et la honte de notre règne... ou plutôt du vôtre... mais écoutez bien ce que je vais vous dire, monsieur le duc : les Maures resteront en Espagne, et vous ne les en chasserez point tant que je vivrai !

Le duc, hors de lui, voulut en vain cacher son trouble.

— Après cela, le mot que je viens de dire est bien hardi... je le sais!... et pourrait peut-être, continua-t-elle avec un sourire ironique, abréger mes jours.

— O ciel ! s'écria le ministre en pâlissant, Votre Majesté pourrait me croire capable d'une telle pensée, d'un tel crime !

— Non... non, ce n'est point un crime que cela s'appelle, mais un coup d'état.

Le duc de Lerma, quoi qu'on ait pu dire depuis était par ses mœurs et par son caractère fort loin d'une pareille combinaison politique !

P1QUILLO ALLIAGA.

Aussi la reine le regardant d'un air plus doux, lui dit :

— Je ne vous en soupçonne pas, monsieur, mais vous avez des amis qui sont si bien avec le ciel que tout leur est permis sur terre ; n'importe, je ne les crains point. Je vous autorise a dire à l'inquisition et à ses ministres ce que je viens de vous apprendre.

— Mais que Votre Majesté daigne réfléchir...

et elle comprendra comme moi...

— Que cela les gênera un peu et les forcera d'attendre ! 11 n'y a pas de mal.

— Madame, daignez m'écouter pour vous, pour vous-même...

— Pour moi, s'écria la courageuse reine, ne craignez-vous pas déjà, comme je vous le disais, le fer, le poison ou la flamme des bûchers?.... Est-ce pour cela qu'on les rallume ! Et l'autoda-fé de mardi prochain n'est-il qu'un prélude? On s'est abusé. Je déclare, monsieur le duc, je déclare, moi, la reine, qu'il n'aura pas lieu !

— Ce n'est pas possible ! il a été solennellement annoncé et promis... Le peuple murmurerait.

— C'est au grand inquisiteur Sandoval y Koyas, votre frère, à lui faire entendre raison. Celui qui sait soulever la multitude doit connaître les moyens de l'apaiser.

La cour de Rome n'est pas si avare de jubilés et d'indulgences, qu'on n'en puisse distribuer de manière à contenter tout le monde !

Du reste, monsieur le duc, c'est pour cela que j'ai désiré vous parler. Vous n'avez pas oublié le commencement de notre conversation?

— Je jure à Votre Majesté que si cela ne dépendait que de moi...

— Quoi ! le pouvoir que vous donne le roi est insuffisant! Ministre tout puissant, vous vous laissez mener et gouverner aussi ! Vous faites le roi... jusque-là!... Ah ! c'est trop fort !

Il y avait dans la voix de Marguerite un accent d'ironie et de mépris dont le duc fut accablé, et toutes ses craintes le reprirent quand la reine ajouta:

— Si vous n'osez braver votre frère de Sandoval et faire droit aux prières de votre reine, il faudra bien alors qu'elle se charge d'exécuter elle-même ce qu'elle aura ordonné.

Dès ce soir je serai réconciliée avec Philippe, dès demain je lui demande votre renvoi, et quant au grand inquisiteur Sandoval, votre frère, nous verrons plus tard !

La reine s'exprimait d'une voix si décidée et si ferme, sa menace était si facile à réaliser, que tout autre à sa place n'eût pas parlé, mais à l'instant même eût agi.

Le ministre, peu habitué à rencontrer des volontés, redoutait ceux qui osaient en avoir.. Accoutumé à voguer, sans danger, en pleine mer, un écueil aperçu même de loin suffisait

pour l'effrayer. Il craignait de s'y heurter et d'y briser le vaisseau de sa fortune.

Le ministre eut peur, s'inclina, promit de donner à la reine toute satisfaction, et celle-ci, à cette condition, promit désormais de ne plus se mêler des affaires d'Etat.

A cette parole, le duc de Lerma protesta de son dévoûment, suppliant Sa Majesté de U mettre à l'épreuve.

— Soit, dit Marguerite, en souriant, pour vous, monsieur le duc et non pour moi, car je ne doute pas de votre sincérité. Et pour vous donner l'occasion que vous paraissez désirer de m 'être agréable, je vous demanderai, puisque décidément l'auto-da-fé n'a plus lieu, de faire remettre à l'instant même en liberté un pauvre homme, un Maure nommé Gongarello, qui, je crois, est barbier de sa profession, et sa nièce Juanita, une jeune fille que l'on destinait au bûcher, et qui maintenant ne peuvent plus vous servir à rien !

— J'avoue, dit le ministre, que j'ignorak complètement ces détails.

— C'est un tort ! vous qui dirigez tout, voue devriez tout savoir. Moi qui ne me mêle de rien.. je sais bien ! jugez si je m'en mêlais ! je vous apprendrai donc, que ce pauvre diable et sa nièce ont été baptisés. Ainsi ils sont à l'abri de vos nouvelles ordonnances.

Le seul crime du barbier, c'est d'avoir perlé un peu haut, de s'être permis quelques plaisanteries sur votre frère Sandoval, sur vous peutêtre... je vous dis cela parce que je vous sais généreux, et que maintenant, monsieur le duc, vous voilà engagé d'honneur à le protéger.

— Votre Majesté a raison ! ses ordres seront dès aujourd'hui exécutés. Mais cet homme ne peut cependant, sans braver l'inquisition, revenir ouvertement et aux yeux de tout à Madrid, dans sa boutique.

— C'est juste ! il faudra qu'il s'établisse a quelques lieues de Madrid.

— Et quant à sa nièce...

— Une jeune fille ! que l'on dit charmante, ne vous en inquiétez pas, monsieur le duc, je me chargerai de la placer.

Le duc prit congé de la reine, et courut encore tout effrayé chez son frère Sandoval.

Celui-ci voulait soutenir la lutte ; il ne craignait rien ; le ministre craignait tout. Le grand inquisiteur qui, ainsi que nous l'avons dit, était le plus entêté des sots, ne voulait rien céder de ses droits et prérogatives.

Mais un de leurs affiliés, grand seigneur, car l'inquisition avait des affiliés partout, le comte de Lémos, beau frère du duc, vint leur apprendre en grand secret que la veille et l'avant-veille le père Jérôme, de la société de Jésus, avait causé pendant une heure et plus avec Sa Majesté.

Le duc trembla; l'inquisiteur pâlit.

La reine, prête à exécuter ses menaces, au-

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imit-elle préparé un traité d'alliance avec leurs ennemis ?

Si le père Jérôme, le Florentin, prédicateur du roi et prédicateur renommé, venait à renverser Fray Gaspard de Cordova, confesseur de Sa Majesté, homme nul et qui ne pouvait ee défendre, c'en était fait de l'influence du duc et même de celle de Sandoval.

La société de Jésus, protégée par la reine, et une fois maîtresse du roi et de sa conscience, ne lâcherait point sa proie ! Les suites d'une pareille révolution devenaient incalculables pour l'Espagne et surtout pour Tordre de Saint-Dominique !

A l'instant même, le fier inquisiteur sentit ee fondre son opiniâtreté ordinaire. Elle devint toupie, malléable et flexible ; Sandoval comprit sur-le-champ toute la justesse des raisonnemens et la haute politique du duc de Lerma !

Le résultat de cette conférence fut qu'on ne ee brouillerait point avec la reine; qu'on lui tiendrait parole cette fois, sans que cela tirât à conséquence, quitte, en attendant mieux, à redoubler, en secret, de persécutions contre les Maures.

L'auto-da-fé retardé d'abord, a cause du jubilé que venait de proclamer le pape, fut ajourné indéfiniment, et d'autres affaires plus importantes le firent, plus tard, tout à fait oublier.

xxrx.

SCÈNES D'iNTÉRIKUR.

Le soir même de ce jour mémorable, Piquillo était à l'hôtel d'Albayda, dans le cabinet de don Fernand, assis près d'une large cheminée et plongé dans ses réflexions, quand l'intendant de la maison vint lui dire mystérieusement qu'une dame demandait à lui parler.

Quoique occupant l'hôtel et la place d'un grand seigneur, Piquillo n'en était pas plus Her. Il fit entrer sans faire attendre... et la eenora Cas i Ida, la parfumeuse, les yeux rayonnai» de joie, s'avança sur la pointe du pied, lui disant à demi-voix :

— Pouvez-vous les recevoir?..., ils sont en bas... dans la rue,

— Qui donc ?

— Là, sous votre fenêtre !

— Mais qui donc ? s'écria Piquillo.

— Nos amis... ceux qui vous doivent tout!

Gongarello et sa nièce.

Piquillo poussa un cri et resta immobile de surprise ; puis revenant à lui.

— Qu'ils viennent!... qu'ils viennent!

La Casilda ouvrit la fenêtre, fit, dans la rue, on signe de la main, sortit en courant, et quelques minutes après elle rentra avec le barbier et sa nièce.

Gongarello et Juanita étaient aux pieds de Piquillo, qui s'efforçait en vain de les relever,

et qui ne pouvait se rassasier du plaisir de les voir et de les embrasser.

— Notre sauveur! toujours notre sauveur!

s'écriait Juanita.

— C'est magique ! c'est incompréhensible !

répétait le barbier, surtout cette pétition que, sans le savoir, je me trouve avoir écrite....

— Silence ! dit Piquillo.

— Et remise à ce brave jeune homme... sans l'avoir vu... Voilà qui est étonnant, voilà une histoire comme je n'en ai jamais lue ni racontée .....

— Et vous ne la conterez pas ! et vous n'en direz jamais rien à personne ! s'écria Piquillo, à moins que vous ne préfériez rentrer dans les prisons de l'inquisition.

— Je suis muet... muet ! dit le barbier ; je ne parlerai plus que par gestes !

— Et vous aussi, Casilda, le plus grand secret sur cette aventure !

— Ne craignez rien,

— Pour les vôtres et pour vous-même... pas un mot sur cette pétition.

— Ah ! je l'ai bien vu ! car ce matin, lorsque la reine était à sa toilette, j'ai saisi un instant où la comtesse d'Altamira et une autre dame étaient au fond de l'appartement, j'ai placé respectueusement et sans dire un mot des gants et de nouveaux éventails devant Sa Majesté, et je tremblais tellement en lui présentant ses jarretières renfermées dans un sachet parfumé, qu'elle a sur-le-champ entr'ouvert ce sachet et a vu la pétition...

— Que j'avais écrite, dit Gongarello...

— J'ai fait un geste de prière en joignant les mains, continua Casilda, rien de plus ! La reine a refermé vivement le sachet et m'a fait des yeux un geste si rapide et si expressif que j'ai deviné tout de suite, sans rien comprendre cependant, qu'il fallait se taire ou que quelque grand danger me menaçait. Aussi, sans en rien dire à mon mari, toute cette journée je tremblais chez moi toute seule, lorsqu'à la nuit tombante... j'ai vu arriver...

— Moi... moi ! dit le barbier ravi ; moi et ma nièce, qui nous croyions pour jamais rayés du nombre des vivans ; et nous avions, ma foi, déjà commencé, parce que cinq ans dans les prisons de l'inquisition, c'est un à-compte. Oui... mes amis, s'écria-t-il, c'est une horreur ! c'est un enfer !... c'est un séjour...

Casilda et sa nièce firent un geste d'épouvante, et le barbier, qui déjà s'oubliait, reprit en regardant avec effroi autour de lui et à voix haute:

— C'est un séjour... fort agréable... pour un cachot ! Il n'y en a pas certainement de mieux disposés !

Puis il reprit à demi-voix : Vous préserve le ciel d'y entrer! Quant à moi, m'en voilà dehors. 11 est vrai qu'on m'exile de Madrid. On m'envoie à cinq lieues d'ici, à une jolie ville, à

Alcala d'Hénarès... Je trouverai toujours à exercer mon rasoir, il y a des barbes partout. Et à propos de cela, notre ami et notre bienfaiteur, dit-il en regardant Piquillo... moi qui, il y a quelques années, n'aurais pu faire la vôtre, même pour vous prouver ma reconnaissance, il semble qu'à présent je pourrais m'acqoitter, car vous êtes devenu un homme. Vous voilà bien changé, mon garçon, de figure, s'entend.

— Oui, dit Juanita, car le cœur est toujours resté le même.

— Et votre nièce, la gentille Juanita, me paraît bien plus gentille encore.

— Non, monsieur, rien ne mûrit à l'ombre, dit tristement le barbier. Mais, bast ! tout s'efface, tout s'oublie, reprit-il gaîment, et dans quelque temps, quand elle viendra me voir à Hénarès, je retrouverai ses joues fraîches et rebondies et ses belles couleurs d'autrefois.

— Comment ! dit Piquillo étonné, vous ne l'emmenez pas avec vous?

— Est-ce que c'est possible... est-ce que vous ne savez pas ?

— Eh ! non vraiment, je ne sais rien.

— J'ai cru que c'était encore à vous que nous devions ce bonheur-là !

— Et lequel ?

— Juanita a une place au palais.

— Ce n'est pas possible !

— C'est certain... femme de service auprès de la reine.

Piquillo poussa un cri de surprise.

— Oui, mon noble seigneur, la reine le veut.

Dès demain ma nièce entre en fonctions, et quand on a une nièce placée au palais et près de la reine, on se moque des médians et des envieux, on ne craint plus rien !... Eh mais, qu'avez-vous donc, mon bienfaiteur? dit-il à Piquillo, vous voilà immobile et silencieux.

— Et vous, cousin, vous parlez trop, dit Casilda, et sous ce rapport-là, il est très utile que vous quittiez Madrid au plus tôt.

— Oui, oui... continua Piquillo, tout cela ne vient pas de moi, mais d'un ange que j'ai promis de ne pas nommer... et que malheureusement vous ne connaîtrez pas ; car moi, dit-il en souriant et en regardant le barbier, je suis discret, mais, si un jour cela m'est permis, je vous apprendrai qui vous devez remercier.

— Et en attendant, nous prierons pour cette personne-là. dit Juanita, quelle qu'elle soit.

— Oui... Oui, reprit le barbier les larmes aux yeux.,, nous prierons pour elle ; mais c'est égal, j'aimerais mieux la connaître.

— A quoi bon, mon oncle? on ne connaît pas le bon Dieu et on le prie tout de même !

Le lendemain Piquillo était chez Aïxa, que par bonheur il trouva seule. Carmen était dans le cabinet de sa tante à écrire des lettres sous sa dictée. II lui rendit compte de tout ce qui était arrivé, du succès de sa lettre, de la liberté

de Gongarello et de la place obtenue par Juanita.

Aïxa leva les yeux avec reconnaissance et s'écria :

— Que Dieu protège la reine j que la reine soit heureuse !

Piquillo n'osait l'interroger, ni sur ces événemens, qui à chaque instant redoublaient ta surprise, ni sur la part qu'il avait prise luimême à ces mystérieuses aventures ; il se hasarda seulement à lui dire d'une voix timide :

— Vous connaissez Sa Majesté ?

— Non, Piquillo.

— Vous l'avez vue quelquefois ?

— Jamais ! répondit Aïxa.

— Mais du moins, dit le jeune homme, qui sentait redoubler sa curiosité, pour que vous ayez autant de crédit et que la reine vous aime à ce point-là, il faut, senora, que Sa Majesté vous ait vue quelquefois.

— Jamais ! répéta Aïxa. Je n'ai pas été à la cour, et ne pourrais y paraître, car je ne suis pas un grande dame, Piquillo, je ne suis qu'une pauvre fille!

Piquillo tressaillit de joie.

Aïxa lui tendit la main, et avec un accent enchanteur elle s'écria:

— Si je ne vous dis pas quel est mon sort, à vous, mon ami le plus fidèle et le plus dévoué, c'est que ce secret n'est pas le mien, qu'il ne m'appartient pas... S'il ne devait compromettre que moi, vous le sauriez déjà.

— Je ne veux rien, dit Piquillo au comble du bonheur, rien que vous servir !

— Je ne vous ai déjà que trop exposé en vous mêlant à une affaire pareille. Grâce au ciel, et à la bonté de la reine, la chance a bien tourné, mais il pouvait en être autrement.

Aussi, engagez vos amis à se taire, pour eux d'abord, et pour vous, qui risquez autant qu'eux si l'on venait à savoir qui vous êtes.

On prétend, continua-t-elle en baissant la voix, que les persécutions recommencent contre les Maures ; persécutions d'autant plus rigoureuses et terribles, qu'elles sont secrètes, qu'on ne les avoue pas, que les victimes n'ont pas même l'avantage de souffrir au grand jour, et de réclamer pitié pour elles et justice contre leurs bourreaux !

— Quel est le but de ces nouvelles cruautés?

— De convertir les Maures à la foi catholique, et pour cela tous les moyens sont bons! on emprisonne et on torture ceux qui ne peuvent pas prouver qu'ils ont été baptisés.

— Quelle horreur!

— Et vous. Piquillo... dit Aïxa après un instant d'hésitation et de crainte, avez-vous reçu le baptême ?

— Non pas que je sache !...

— Le recevriez-vous ?

— Si mon cœur et ma raison me le conseil-

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latent, peut-être; si on voulait m'y contraindre... jamais ! '

— C'est bien !

— Plutôt braver alors les bourreaux et le bâcher! je voua le jure !

Aïxa le regarda d'un œil où brillait le courage, et lui serra la main en répétant :

— C'est bien !

Piquillo ne pouvait trop se rendre compte de ton bonheur, mais il se sentait heureux et joyeux.

Il courut chez Carmen, et sans lui faire con-

par quels moyens Juanita avait été sau vée, il lui apprit sa merveilleuse délivrance.

Depuis ce jour Carmen désira vivement connaître la jeune fille, et elle lui fut amenée par la comtesse d'Altamira, qui la voyait quelquefois dans son service auprès de la reine.

Carmen et Aïxa accueillirent la nièce du barbier avec un intérêt si vif et si tendre, que oelle-ci se prit bien vite pour elles de reconnaisi et d'affection.

Mais quand Juanita eut appris que Piquillo n'avait pas lui-même d'autres protectrices ni de meilleures amies que les deux sœurs, Juanita redoubla pour elles de zèle et de dévoûment, et fi au fond du cœur elle se sentait un sentiment de préférence en faveur d'Aïxa, elle se l'expliquait en disant : C'est la faute de Piquillo, qui a l'air de l'aimer davantage !

Quant à Piquillo, plusieurs fois le soir, en reconduisant Juanita au palais, il lui parlait de leurs souvenirs d'enfance, de leur première rencontre devant l'hôtellerie du Soleil-d'Or, du souper qu'elle lui avait servi par le soupirail de la cave.

A tous ces souvenirs Juanita riait et soupirait encore plus souvent, et Piquillo se hasarda un jour à lui dire :

— Et Pedralvi ?

Dans ce moment le barbier n'aurait pas pu dire que les couleurs de sa nièce n'étaient pas revenues, car la pauvre fille devint toute vermeille.

-— Tu y penses donc toujours ?

— Eh ! que faire en prison ? s'écria-t-elle naïvement : que faire pendant cinq ans dans les cachots de l'inquisition ?... C'est là ce qui soutenait mon courage ; mais lui, depuis ce temps, il m'aura crue morte, et pour se consoler, il se sera hâté d'en aimer et peut-être d'en épouser use autre.

— Tu ne sais donc pas ce qu'il est devenu ?

— Impossible. Quand il est entré au service de l'hôtelier de Pampelune Ginès Pérès, mon ancien maître, c'était pour m'aimer, pas pour autre chose ; et on le voyait bien à la manière dont il faisait son ouvrage. Il n'y pensait guère et ne s'occupait que du mien.

Aussi, Ginès Pérès se fâchait, le battait N'importe, il prétendait que ça ne lui

faisait pas de mal, pourvu qu'il fut auprès de moi et me vit tous les jours.

Mais quand par suite de la méchanceté et des dénonciations de ses confrères, les barbiers de Pampelune, mon oncle a été obligé de quitter la ville, il fallait voir la désolation de ce pauvre Pedralvi ! il se repentait bien alors de n'avoir rien amassé et rien appris... pas même un état. Aussi, il me jura qu'il allait devenir actif et laborieux, qu'il était bien jeune encore, qu'il avait du temps devant lui, et que dès qu'il aurait fait une petite fortune, nous serions alors tous deux en âge de nous marier, et qu'il viendrait me demander à mon oncle.

Il est venu peut-être ! s'écria la jeune fille en pleurant, et ne m'aura pas trouvée.

— Puisque tu étais en prison!

— Il n'en aura rien su ! et m'aura crue infidèle! voilà ce qui me désespère, sans cela tout le reste ne me serait rien.

— Et tu> ne sais pas où il est ?

— Qui me l'aurait dit ? Pedralvi ne savait ni lire ni écrire, et quand même il aurait appris ce talent-là, quand même il m'aurait adressé des lettres à Madrid, voyant qu'elles restaient sans réponse, il se sera découragé. Les hommes ! ça se décourage si vite !... ça n'est pas comme nous!

Et la pauvre Juanita se remettait à pleurer, et Piquillo faisait tous ses efforts pour la consoler.

Il lui promettait qu'au retour de Fernand d'Albayda, il aurait par lui des renseignemens, qu'on s'informerait de ce que Pedralvi était devenu, et qu'on finirait bien par le découvrir.

Alors Juanita, les yeux encore en pleurs, se mettait à sourire, à faire des projets, des rêves de bonheur, pour elle, pour tout le monde, et surtout pour Piquillo, qui, grâce à Juanita, se trouvait en ce moment avoir pour amies et protectrices trois jeunes filles.

Mais l'amitié dont il était entouré, la douce vie qu'il menait alors, ne lui faisaient pas ou* blier sa mère, et il s'étonnait de n'en pas recevoir de nouvelles ; plusieurs fois il était passé à l'hôtellerie de Vendas-Novas, qu'il avait fait préparer pour elle ; elle n'était pas encore arrivée, et aucune lettre ne venait lui expliquer la cause de ce retard.

Enfin un matin on lui apporta un petit billet sans orthographe, dans lequel on le priait de se rendre à l'instant à l'hôtel de Vendas-Novas.

Piquillo y courut, et au lieu de la Giralda, qu'il s'attendait à embrasser, il ne vit que la senora Urraca.

— Ma mère ! s'écria-t-il avec émotion, ma mère !... où est-elle ? Pourquoi n'est-elle pas venue avec vous ?

La vieille femme ne répondit pas, elle était pâle et changée. Alors seulement Piquillo s'aperçut qu'elle £tait en deuil.

PIQUILLO ÀLL1ÀGÀ.

— > Ma mère est malade... morte... peut-être! morte!

La grand'mère se cacha la tête dans ses mains et se mit à sangloter.

Le seul sentiment réel qu'eût éprouvé la vieille femme, c'était son amour pour sa fille, amour maternel, qu'elle entendait, comme nous l'avons dit, à sa manière; c'est-à-dire qu'elle voulait donner à la Giralda le bien-être, l'aisance, la réputation, la fortune... n'importe à quel prix.

Le bonheur de sa fille entrait en première ligne dans sa vie ; le sien après ; et s'il se fut trouvé de la place pour les principes et pour la vertu, elle ne les eût certainement point repoussés, mais elle ne leur avait jamais fait aucune avance.

Les ennemis, les rivalités et les succès de la Giralda avaient été les siens ; elle avait vécu de sa vie de théâtre ; elle avait été reine de sa royauté, et se regardait comme décrue depuis que sa fille avait cessé de régner.

— Oui!... s'écria-t-elle; oui, la Giralda a succombé sous les chagrins dont on l'a abreuvée, et le jour de la justice est déjà arrivé pour elle! Les ingrats qui l'ont abandonnée comprennent maintenant ce qu'ils ont perdu...

Quelle âme !... quel feu ! et quelle voix !

— Ma mère n'est plus ! s'écria Piquillo en se laissant tomber sur un fauteuil.

— Oui, vous avez raison de pleurer, mon enfant! il n'y en aura jamaiscommeelle.il n'y en a plus pour jouer la Cléopâtre et la Didon abandonnée ! Si vous l'aviez entendue comme moi!... Quel enthousiasme! quel frémissement dans la salle à son grand air final : Ta pars, cruel! Il y avait surtout une note dans le haut...

La grand'mère essaya de la faire, la voix lui manqua, et elle se remit à pleurer en s'écriant:

— Et quel cœur!... quelle piété filiale!...

Ce n'est pas celle-là qui aurait abandonné sa mère!... Elle mettait toujours pour première condition que nous ne nous quitterions pas !... Sans cela elle aurait refusé les propositions les plus belles, les plus riches et les plus honorables...

— Eh ! senora!... s'écria Piquillo avec impatience, et cherchant vainement à la faire taire.

— Toutes les robes qu'elle ne mettait plus... c'était à moi qu'elle les donnait, continua la grand'mère en sanglotant ; elle était trop bonne et elle avait trop de talens pour être heureuse... les cabales l'ont tuée. Mais elle sera vengée !... Vous ne savez pas, dit-elle en s'interrompant et en essuyant ses larmes, j'ai vu Lazarilla à Burgos : elle est vieille, elle est affreuse, elle chante faux et elle joue les duègnes, mon cher ! poursuivit-elle avec un éclat de rire... oui, les duègnes, et elle n'y est pas bonne... on l'a même ftiiflée... Mais à quoi bon, reprit-elle en pleurant, ma fille n'était pas là pour en être témoin et

pour l'entendre!... Ah ! ma pauvre Giralda!... ma pauvre enfant !

Et ses sanglots recommencèrent. Tout ce que Piquillo put obtenir au milieu de ce déluge de larmes, de regrets, de retours sur le paseô et de complaintes sur le présent, c'est que la Giralda, déjà bien malade, avait été frappée au cœur en recevant la lettre de son fils.

Elle espérait pour lui la protection et la puissance du duc d'Uzède, elle le voyait déjà anr le chemin de la fortune et des honneurs, et en apprenant l'affront et l'humiliation qu'il venait de subir, et dont elle était la cause première, elle n'avait pu y résister.

La pauvre Giralda avait du cœur. Sans sa mère, qui avait pris à tâche d'étouffer en elle tous les bons mouvement, elle eût été une honnête fille; si l'on eût développé et encouragé ses noble instincts, elle eût été une femme supérieure. Presque toujours on nous donne nos vertus ou nos vices, et ceux qui ne doivent rien qu'à eux-mêmes sont, en bien comme en mal, d'une nature exceptionnelle.

La pauvre Giralda n'avait pas eu la force d'entreprendre le voyage de Madrid, quelque envie qu'elle eût de revoir et d'embrasser encore une fois son fils.

— Oui, mon enfant, s'écria Urraca, elle est morte la veille de notre départ, en me chargeant* pour vous, de sa bénédiction.

Piquillo ne vit que sa mère, et songeant à la bénédiction qu'elle lui envoyait, il oublia celle qu'elle en avait chargée.

— Je vous la donne pour elle ! s'écria la vieille, en étendant sa main décharnée sur le front de Piquillo... et de plus, voici deux lettres, l'une d'elles pour vous, et l'autre...

— Pour qui ? demanda Piquillo.

— Pour qui? reprit la vieille, en hésitant un peu... pour une personne qui doit vous tenir de très près. Pardonnez-moi, continua-t-elle avec embarras, ce que je vous ai dit d'abord au sujet du duc d'Uzède !... c'est le désir que j'en avais !... Il me semblait que cette famille-là devait vous être plus avantageuse, et le bonheur de mes enfans avant tout... Moi, je suis comme cela ! Mais s'il faut vous avouer la vérité, en mon âme et conscience, je crois que je m'abusais !

— Eh! qu'en savez-vous? s'écria Piquillo»

en retenant avec peine sa colère.

— Je n'en sais rien... c'est vrai ! puisqu'il y a doute !... mais ce doute n'en est plus un pour moi. Oui, oui! quand je rappelle mes souvenirs» comme il y a quelqu'un que la Giralda a toujours aimé, comme, malgré mes avis et mes remontrances, ce fut sa première et seule inclination...

— Eh ! qu'importe 1

— Il importe qu'elle vous l'a dit elle-même!... Rappelez- vous ses dernières paroles : c Celui qui aura pour toi le cœur et l'amitié d'un père»*

SEMAINE LITTÉRAIRE

c*e*t celui-là et non pas moi qu'il faut croire... > C'est ce qu'elle vous répète encore dans sa lettre. Lises plutôt.

En effet la Gira^t à son lit de mort demandait encore grâce et pardon à son fils, et le suppliait à mains jointes de porter lui-même à son adresse la lettre qu'elle* lui envoyait. L'idée que Piquillo serait reconnu et adopté, poua seule adoucir ses derniers moments, et 'elle rait persuadée que son fils exécuterait ses ordres et que Dieu exaucerait ses vœux.

- Maigre la répugnance qu'il éprouvait à tenter de nouveau une démarche pareille, il ne

voulut point que la prière de sa mère fût repoussée par lui ; il jura d'obéir.

Il veilla d'abord a ce que la vieille Urraca ne manquât de rien. Grâce aux libéralités du vice-roi, ou plutôt d'Aïxa, il lui fut facile de lui assurer pour ses derniers jours une existence modesfe

Sansnnquiétude désormais de ce côté, il songea à remplir au plus vite le devoir qu'on lui imposait.

La lettre qui lui avait été remise portait pour suscription :

9 « A Dcla&car d' Albinque^ commerçant et manufacturier dans le royaume de Valence. »

BETITXE3EM3S JPJLKTIffi,

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