‹ Place VentadourChapitre 2 sur 42 · JUNO · texte numérisé non relu

JUNO

Tu dis cela. Cornaline, parce que M. Ballon, le maître de danse, t'a parlé mariage, depuis qu'il t'a vue valser en deux temps... mais, ma chère, si la nature t'a douée d'un pied léger et d'une jambe va|)oreuse, c'est une fortune pour le maître do danse... tu lui serviras de prévôt... Eh ! mon Dieu, vous pouvez vous fier à mes lumières, mesdemoiselles ; je vais me marier, c'est vrai... mais je suis veuve, et je sais de quoi il retourne.

BICHETTE, bas à Cornaline.

Est-ce que c'est vrai que madame Passelacet est veuve'/

CORNALINE

Pourquoi donc pas?... elle en a le droit.

JUNON

Ensuite, je ne prétcnds-nullement dire que les attraits et l'esprit glissent sur le cœur des hom : es comme un wagon dans un tunnel... Oh! non,

grâce au ciel! ces messie iir.? cnm|itoiil aussi cela pour quelque chose.

COIINAUNE.

Enfin, Junon, voilà ton amie Atnlanle, la lingère, qui n'a pasencorerle magasin parce qu'elle n'a pas le spu, et qui a trouve un futur... M. Boursicot, un littérateur... qui fait des feuilletons en 18 volumes, dans un journal quotidien à 30 sous par an... et qui donne des primes.

JUNON, se levant.

Ah ! laissez-moi donc tranquille, mesdemoiselles... Esl-ce que je donne la-dedans! Atalante fait un embarras avec son II. Boursicot!... Oh! c'est un jeune homme qui a du babil... du bagou e , qui fait de la poussière, j'en conviens... mais pour des sonnettes, c'est différent. Entré nous, je le crois fort peu calé... Et tenez, depuis qu'il fait la cour à Alalanle, savez-vous ce qu'il lui a payé':* Je vais vous le dire :

Air : du Cliâleait perdu.

Atalante ayant reçu des bécasses.

Chez elle , un jour, il Ht un bon repas. Puis d'I'Odcon comme elle avait des places. Il consentit a lui donner le bras ; l'endaul la pièce, il l'ut près de sa belle Aux petits soins, en paroles, en regards , Et l'soir enfin, en la ram'nant chez elle, 11 lui paya... l'passagc du Pont-dcs-Aris !

TOUTES

Ah! quelle horreur !

Ji:no.\.

Oui... voilà jusqu'à présent tout ce que ce petit monsieur lui a payé... Il no se ruine pas avec les fcmiTics, celui-là... Oh! certainement, je ne pousse point un homme à la consommation ; mais si Tibulle Maronnard, le bijoutier en faux, qui m'aime pour de vrai, n'avait pas été plus galant !... Fi donc! jamais je n'aurais convolé avec lui pour un lis conjugal.

COnNALlNE.

Depuis que M. Ballon m'a parlé hyménéo, il est aussi fort généreux... il me fait une foule de petits présents...

JUNON

C'est qu'il connaît le proverbe : Les petits présents... font les grandes rivières... D'ailleurs, mesdemoiselles, ça se doit... On ne prend pas les mouches avec du citron.

COIIN.VLINE.

Mais M. Boursicot ,sc conduit pcut-élrc ainsi pour éprouver l'amour d'Alalanlc.

JUNON

éprouver!... D'abord, on ne doit jamais nous éprouver. C'c-l fort impertinent... .lo voudrais bien voir qu'un homme m'éprouvasse... mais ensuite, si Alalanle en écoutait un autre... qu'est-ce que ce inon.-ieur aurait a dire? El certainement,

ce ne sont pas les soupirants qui lui manqueraient... Vu (pie nous devons en convenir, elle est jolie... N'est-ce pas? mesdemoiselles.

TOUTES

Oui... Oh! elle est jolie!

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