II. — La Somme aux Pandectes
Il ne faut pas croire que Placentin ait songé à faire pour les Pandectes, ce qu'il avait fait pour le Gode et les Instituts, c'est-à-dire une analyse complète de cet ouvrage. Un tel travail eût été d'une longueur prodigieuse et, pour la plus grande part, eût fait double emploi avec les travaux antérieurs. Notre jurisconsulte explique d'ailleurs assez clairement son intention : « Ibi que mihi cordi fuit trium librorum Godicis titulos utiles, et Digestorum quos nostrse summse primae non complectuntur, sub summulis comprehendere : novasque summas veteribus aggregare. » Il voulait donc rechercher dans le Digeste, les matières non traitées dans le Gode ou les Instituts, en faire de petites Sommes pour compléter ses travaux antérieurs.
G'est en ce sens qu'il faut comprendre l'expression Summa ad Pandectas pendant tout le xii® siècle. Dans
1. Azo en rapporte un grand nombre, dont il attribue la traduction à Placentin. Lect. Az. sup. Cod., loi 1, X, 69, verb. Logographis : « Hi sunt qui grafant, id est scribunt, logos, id est rationes publicas secundum P. » Loi « id. verb. Boethos : « Bœthus enim grece, latine dicitur adjutor secundum P. » Loi 1, X, 64, verb. Architecti. « Ab archos quod est princeps vel major. Tamen dicuntur architecti qui majores sunt inter eos qui tecta edificant secundum P. » J'aurai Toccasion d'établir que Uattribution des désinences latines aux termes grecs no provient pas de Placentin.
ce sens, il est parfaitement juste dédire que Bulgarus a écrit des Sommes aux Pandectes, son De régula Caioniana n'est pas autre chose ; il a pu traiter encore quelques titres perdus pour nous. Le projet de Placentin avait donc été en partie réalisé avant lui. Un traité ainsi conçu ne saurait avoir de délimitation précise ; le cadre en est toujours élastique, puisque chaque jurisconsulte choisit à son gré et au fur et à mesure parmi les titres du Digeste, ceux qu'il a l'intention d'exposer. C'est une œuvre qui n'ayant pas de limites précises ne peut jamais être considérée comme complète.
Aucun glossateur proprement dit n'a écrit de Somme aux Pandectes. L'école entière n'en a produit qu'une seule, qui fait suite à la Summa Codicis d'Azo. La rubrique porte le nom de Johannes Bassianus ; Savigny attribuait l'œuvre entière à Hugolinus. C'est en réalité un travail collectif ou plutôt une collection d'écrits indépendants, appartenant à divers jurisconsultes, juxtaposés par un professeur ou un copiste pour former un travail complet. La préface en est certainement de Johannes Bassianus ainsi que la plupart des titres du Digestum vêtus; un très grand nombre de titres de l'ïnfortiat appartiennent à Hugolinus. Quant aux autres, il est difficile d'en déterminer l'origine. Cela est d'autant plus difficile que chaque titre a été retouché pour donner à l'ensemble une certaine harmonie (1).
1. Le manuscrit de Paris 4543, facilite la répartition en ce qu'elle paraît donner l'œuvre de Johannes Bassianus en deliors de toute addition postérieure. Il comprend, à la suite de la préface, 36 titres du Digestum vêtus, 7 titres de l'ïnfortiat, 8 du Digestum novum. Séparé de ce travail, suivent sans ordre une dizaine de titres n'appartenant ni à Johannes Bassianus, ni à Hugolinus. On les retrouve dans les ms. Paris, 4542 ; ils sont alors englobés dans le travail d'ensemble et placés selon leur ordre. Les fragments
276 ŒUVRES DE PLACENTIN
De la Somme aux Pandectes annoncée par Placentin, nous n'avons aucune trace. En a-t-il écrit un certain nombre de titres ou est-il mort avant d'avoir pu le faire ? J'inclinerai vers la première opinion; je crois également qu'on pourra en retrouver des fragments dans la collection précitée, sans avoir pu cependant déterminer ce qui lui appartient.