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explicati ns; vous dire pourquoi il n en avait pas parler plus tôt. C’est un homme qui n'avait pas l'usage de la loi ; qui n’est jamais venu en cour, il n’est pas instruit, C’est par timidité qu'il n’en parlait pas. Il vous a dit : ‘“ Le dimanche précédent le crime j'ai vendu du lait à la femme qui reste en haut chez Deguise, et, comme je cherchais à avoir une clientèle pour vendre mon lait, j'ai cherché à avoir la sienne, J'avais déjà une pratique en madame Chartrand qui demeurait à côté, en bas. Je lui ai vendu du lait, le dimanche ; je lui ai offert de venir lui livrer du lait, Je lui ai demandé si eile avait son laitier régulier. Elle m'a dit : “non, je n’en ai pas besoin, c'est M. Cantin qui me vend du lait.” Et c'était vrai, c'était M. Cantin qui lui vendait du lait ; il a été examiné ici comme témoin, Tru. deau vous dit “Je l’ai revue le jeudi suivant, le jour de la Fête Dieu.” Ce jour-là je suis parti en retard, et, puis rendu chez M. Chartrand, j'ai regardé l'heure, il était six heures et vingt. J’ai regardé l’heure parce qu'il fallait que je sois rendu chez un nommé Marcotte, sur la rue Napoléon, pour six heures et vingt. Il vient vous donner les raisons pour lesquelles, rendu chez Chartrand, il a regardé l'heure à sa montre, Il vous dit c'est parce qu’il me fallait être rendu à six heures et vingt.” Il faut que je me dépêche pour me rendre sur la rue Napoléon. En tournant son cheval qui était du côté de l’ouest, il a regardé à la fenêtre au-dessus, alors qu'il était dans sa voiture et, il vous dit : ‘là j'ai vu cette personne qu: j'avais vue le diman- ‘“ che précédent et à laquelle j'avais vendu du lait sur le trottoir. Cette “ femme était accoudée dans la fenêtre ; cette femme regardait vers l’est, ‘“ cette femme n'a salué,” et lui, le témoin, l’a saluée.
Ce n’était pas un fantôme, ce n'était pas un revenant,;cz n'était pas de l'imagination. Cet homme vous dit qu’alors il était six heures et vingt dn matin ! La femme Chartrand, entendue comme témoin, vous dit que c'était bien ce jeudi-là que Trudeau avait regardé à sa montre, disant qu'il était six heures et vingt et qu’il était en retard ! Le témoin Trudeau nous dit qu’il ne peut pas y avoir d'erreur ; c’est cette femme là qu’il a vu le dimanche matin ; c’est cette femme qui a acheté du lait de lui le dimanche matin, et ceci était le jeudi suivant. Il n’est pas possible que ce soit une autre personne ; que ce soit chez d'autre; personnes que chez madame Chartrand qu’il soit allé ; c’est la première pratique qu’il a dans l’ouest, C’est cette même dame qu’il a vue le dimanche matin, il l’a reconnue ; il vous dit qu’il l’a vue dans la fenêtre !
Cependant Trudeau avait raconté ce fait-là à plusieurs témoins, au curé Decary et à madame Chartrand. Il leur en avait parlé. C'était connu par plusieurs personnes depuis longtemps dans Saint-Henri, et, cependant il n’a pas été entendu à l'enquête du coroner lui non plus. Aussitôt le jury assermenté, le premier témoin entendu a été Demers, et ceci avant qu’il ait été arrêté ; le lendemain du crime il a été interrogé au‘si !
Le coroner MacMahon nous dit : ‘* Demers dit que le matin il est parti ‘ à six heures et quart et a ajouté : quand je suis parti, ma femme s’est ‘“ mise à la fenêtre pour me regarder aller.” Eh bien ! savait-il dans le temps que Trudeau serait son témoin ? Savait-il que Trudeau avait vue sa femme le matin, qu’il l’avait vue regarder dans le chassis le matin, vers l’heure de son départ. Trudeau est venu dire cela ; il l’a dit dans le temps et, il n’a pas varié depuis.
Trudeau n’a pas donné sa déposition devant le coroner ! mais pourquoi ? Il vous l’a avoué, messieurs ; c’est par timidité ; il n’a pas pensé d’abord que son témoignage serait importaut ; il voyait bien qu’il se faisait uae enquête
par le coroner ; mais il ne savait pas que Demers serait accusé ; et que cette accusation reposait sur l'heure probuble de la mort ; mais à tous les gens à qui il en à parlé depuis le matin même, comme le lendemain ; jamais il n’a varié ; et, ce qu’il disait à été parfaitement connu dans Saint-Heuri. Et on ne l’a pas fait venir devant le coruner, messieurs !..
Alors il est établi, d’une manière indiscutable, que la défunte, à six heures et vingt, vivait. A six heures et vingc, la femme de Demers vivait ! C’est une preuve que vous ne pouvez pas mettre de côté. Qu'estce que l’on a établi pour la faire mettre de côté? La fille Deguise et Charles Deguise vous disent que ce matinlà il ne pleuvait pas ! Je vous demande comment ces témoins peuvent dire aujourd'hui que le 13 juin au matin il ne pleuvait pas ? Ceci est une chose assez difficile. Trudeau lorsqu'il à été entendu comme témoiu vous dit incidemment que ce matin il avait plu. C'est un fait de peu d'importance, çn n’est pas la partie essentielle de son témoignage. Il est en preuve qu’il 4 plu, entre onze heures du soir et sept heures du matin.
Pour contredire le témoignage de Trudeau on a amener le professeur M:Leod, de l'Université McGill, C’est un témoin désintéressé, c’est un honnête homme ; il parle le langage de la vérité. Le témoin McLeod nous dit qu’à six heures et vingt il ne Eleuvait pas ; mais que plus à bonne heure, le matin, 1] avait plu. Est-ce que l’on va se bâser sur ceci pour dire que Trudeau a menti sous serment, qu'il à fait erreur sur le jour et les circonstances. Vous ne pouvez pas dire cela. Le témoin Trudeau vou: dit qu'il a plu ce matin-.à ; avant son départ mais il ne vient pas affirmer qu’à ce moment la, précisément à six heures et vingt, il pleuvait. Et, ce témoignage du professeur McLeod ne peut pas amoindrir la force du témoignage de Trudeau.
Messieurs, remarquez ce qui est arrivé au moment même de la découverte du cadavre : Madame Bergeron se rend là et de suite s’écrie en s'adressant au curé Décarie : “ Cette pauvre madame Demers, mon Dieu ! mon Dieu ! je l'ai vue passer à midi, vers midi vingt.” C’est une exclamation ; c’est spont»é, et encore là, on ne sait pas que l'heure va jouer un rôle aussi important dans la tragédie. Le coroner arrive, madame Bergeron répéte ce qu’elle vient de dire. Mademoiselle Berg ron dit la même chose. L'enfant Bergeron fait la même déclaration, en l'absence des autres. Le coroner le questionne daus l'après-midi ; il corrobore ce que sa mère et sa sœur ont dit,
Messieurs, voilà trois personnes qui viennent dire qu'ils ont vu cette femme, qu’ils la connaissaient ; ils vous donnent les circonstances ; ces circonstances sont les mêmes, quant à l’heure, à la minute et au jour. Messieurs, il n’est pas possible qu’il y ait erreur. Eh bien, messieurs, ces témoignages sont irréfutables ; il faut les admettre complètement. L'on ne pouvait pas les mettre de côté; et, malgré tous les efforts de la couronne, essayant à démontrer que cela pouvait être la fille Sauvé aulieu de Mde Demers, ces témoins viennent vous dire qu’ils ont aussi vu la fille Sauvé dans la cour ; mais seulementqu’après avoir vu madame Demers. On ne pouvait pas nier ces faits ; il n’yarcit pas d'erreur possible à cette distance Nulle autre que madame Demers ne pouvait être dans la cour. Ne pouvant renverser cette preuve, on à amené les médecins de la couronne afin d'établir qu’il y avait trop longtemps que cette personne était morte, pour être sortie après midi. Les savants médecins ne peuvent détruire les témoignages positifs des Bergeron. corroborer par Mignault. Non messieurs, ces témoignages restent inattaqua-
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J'arrive à la preuve des médecins, Je viens de vous dire que la couronne, malgré l'argent dont elle disposait ne pouvant pas se procurer des témoi. gnages positifs et ne pouvant pas détruire les témoignages des Bergeron, s’est dit : ‘“ nous allons faire venir des experts. Pour tacher de détruire les té ‘# moignages de ces témoins, nous allons faire venir des savants ! ”
Messieurs, l’on pourrait vous faire remarquer que la défense, pour rencontre: ces médecins, n’en a fait venir que deux ; deux seulement ! C’est vrai.
C’est pour cela que je faisais remarquer la différence de la position. Pendant que la couronne pouvait avoir ici et, garder durant quinze jours, six à huit experts et payer leur temps, la défense était obligée de s'en remettre, de s'adresser à la générosité de quelques médecins, et de leur demunder leurs services gratuits, [L'on n'osait pas s'adresser à un grand nombre ; la défense ne pouvait, dans de telles conditions avoir un aussi grand nombre d'experts que la couronne, Te nombre en x été moindre ; mais nous avons eu deux médecins MM. Lamarche et Joyal qui se sont dévoués, deux médecins qui sont venus par charité, qui sont venus perdre leur temps pour aider la défense ; ils ne sont venus rien que deux ; mais nous n’en avions pas besoin d’un plus grand nombre.
Qu'est-ce que la couronne a prouvé par ses médecins ? Elle à prouvé quoi ?... Messieurs, je ne suis pas pour entrer dans tous les détails, muis je vais vous démontrer la position aussi clairement que possible. Nous avons entendu de longues théories, des dissertations que vous n'avez pas comprises (les médecins entre eux ne se comprennent pas toujours.) On a dit aux médecins : ‘ étant donné qu’une femme de trente à trente cinq ans, est trouvé morte, le sang sec, complètement refroidie, par une température de 60 à 78 degrés, complètement rigide, à quelle heure feriez-vous rernonter la mort ? Les médecins répondent : ‘“ à six ou huit heures.”
C'est vrai. C'est pourquoi lorsqu'on pose cette même question aux experts de la défense, ils donnent la même réponse. Muis, messieurs, ce n'est pas la question qui peut se présenter ici. Le docteur Lamarche dit que cela pourrait remonter à quatre ou cinq heures, après la découvertedu cadavre d’autres vous disent encore : cinq ou six heures ; d’autres vous disent : six ou sept heures. On ne peut indiquer un temps régulier ; cela n’est pas toujours régulier. Je n'ai pas de doute, qu’étant admis que la rigidité fut complète et le refroidissement complet, la mort pourrait remonter à cinq ou six heures. Les médecins viennent nous dire : ‘ étant donné qu’à cette heure la rigidité était complète, (au moment de la découverte du cadavre), nous affirmons, en supposant toujours que cette rigidité fut complète, que la mort remontait de sept à huit heures.
Messieurs, nous ne nions pas cela ; même les médecins de la défense l’établissent. Je pourrais vous citer le docteur Girdwood qui a répondu à toutes les questions comme un homme qui veut dire la vérité. Il ne cherche pas à faire condamner un homme ; il a répondu exactement la même chose qne nos experts. Quand on lui a montré le rapport de l’autopsie, il a parlé franchement, il vient nous dire que le refroidissement pouvait commencer avant la mort ; qu’il pouvait en être de même pour la :. ’idité et que la mort pouvait remonter à une heure auparavant. Il vous a établi que, dans certains cas, la rigidité pouvait être instantanée. Il vous a dit aussi que dans ce) tains cas le refroidissement s'opère rapidement ; il vous a dit que la perte de sang amènait le refroidissement.
Vous avez eu le témoignage du docteur Draper. Comme expert, il est venu vous dire la même chose, C’est un témoin que la couronne a amené à
grands frais, pour venir vous dire comme les autres médecins. Quand le sang est sorti du corps, le refroidissement s'opère plus tôt parce que le sang produit une certaine chaleur, et cette chaleur étant disparue du corps, le refroidissement vieut plus vite.
J’attire votre attention sur ce que tous ces témoins ont dit, le docteur Draper, le docteur Girwood, et tous les médecins de la Couronnes, au sujet de la rigidité. Je veux attirer votre attention plus spécialement sur cette par: tie cependant. C'est que, quand la rigidité est détruite, avant d’être complète, elle réapparait : C'est-à-dire que quand on prend le corps, qu'on le déplace, qu’on prend les membres rigides qu’on les place dans une nouvelle position ; si, quand le déplacement à lieu, la rigidité est complète, elle ne réapparait plus. Mais si la rigidité réapparait, c’est que lors du déplacement des membres, la rigidité n’était pas complête. La rigidité complête ne parait qu'une fois, et, si par exemple après avoir déplacé un bras, il redevient rigide, c’est que la rigidité n’était pas complète. Tous les médecins "ntendus de la part de ia Couronne et de la part de la défense vous ont établi ce fait. La Couronne à prétendu, dans les questions posées aux témoins que la rigidité était complète et que le refroidissement était complet. En tel cas tous les auteurs et tous les médecins, comme l’a déclaré le docteur Lamarche, seront unanimes à faire remonter la mort à plusieurs heures avant la découverte. Le docteur Lamarche auqwel on a posé cette question a répondu : “ En prenant les faits que vous supposez comme vrai ; “mais je ne puis admettre cela, il est impossible que larigiditéfut complète, “ & utefois en prenant pour admis que les membres ont été remués et que “ la rigidité ait réapparu, il est impossible que la rigidité ait été complète ‘et ait réapparu. Je ne voudrais pas répondre à cette question, mais tout ‘“ de même, malgré que cela soit impossible, si vous l’exigez je répondrai.i’ On lui demande de répondre et il répond comme les autres médecins. ‘“ Oui, “ dit-il, en supposant que cette femme fut complètemens rigide et complète- “ ment froide, alors la mort remonterait à plusieurs heures ; mais moi, je “ ne puis admettre cela ; vous vous appuyez sur des faits qui sont impossi- “ bles. Je ne puis admettre les faits que vous supposez ! Il est possible que ‘“ cette femme ait été tuée par le choc de la moëlle épinière ; et, dans ce “ cas, la rigidité peut être instantanée. Cependant je ne le crois pas parce “ que la rigidsté n’était pas complète !”
Et, messieurs, vous avez entendu les témoignages. On vous à dit dans quelle position le corps avait été trouvé ; une jambe relevée, un bras étendu, l’autre replié, la main en l’air. Monsieur le curé Décarie dit : ‘“ Les deux bras étaient arqués, près de la hauteur de la tête l'étudiant Boucher dit qu'il y en avait un d’étendu et l’autre plié en avant et appuyer sur le bord du lit ; qu'il a pris un des bras, qu’il l’a remué et qu’il a vu que c’étaitraide. Il a cru que c'était une rigidité complète, mais cela n’est pas scientifiquement prouvé. Il est seulement prouvé qu'il y avait alors rigidité ; qu’on a touché au bras et qn'il était raide ; mais au bout de une, deux cu trois heures la rigidité apparait. Et le premier témoin qui a découvert le cadavre, madame Nartel, l’a vu vers trois heures. Nous prétendons qu'il était peut-être trois heures et demie et tous les médecins sont unanimes à dire que la rigidité quoique non complète apparait au bout de très peu de temps. C’est un point très important. Tout le monde ne peut établir si la rigidité est complète ; il faut une grande expérience. Les témoins qui sont allés là ont semblé constaté de la rigidité. Admettons qu'il fut alors deux heures et trois quarts, il était trois heures, au moins quand le curé s’est rendu là. On ne peut éta-
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blir l'heure exacte, mais il était à peu près trois heures. Eh bien ! madame Nantel n’était certainement pas en étatdedire si la rigidité était complète ; il pouvait y avoir une certaine rigidité voilà tout. Mais voici ce qui est parfaitement établi par la preuve même de la Couronne ; à six heures, quand l'entrepreneur des pompes funèbres, M. Ritchot et son assistant, sont allés pour ensevelir le corps, il était alors six heures et quelques minutes ou six heures moins quelques minutes ; il est établi qu’à cette heure-là, l’entrepreneur de pompes funèbres à remué les bras, les jambes et le corps pour le placer sur le lit et qu’il y avait alors de la rigidité ; qu’à six heures il à brisé eette rigidité à plusieurs endroits ; qu’il a plié les bras pour les mettre sur la poitrine ; qu’il à rabattu le genou qui était relevé, qu'il a redressé l’un des bras qui était arqué puis l’a seplié sur la poitrine. M. le curé Décarie dit que les deux bras étaient arqués. A tout événement, il y en avait certainement un dans la position indiquée et, dans tel cas il y avait une rigidité apparente ; il y avait de la rigidité dans le bras mais elle n’était pas complète. Quand on a lavé le corps on l’a plié ; on a donc détruit la rigidité quand on l’a lavé et habillé.
Alors si la rigidité était complète à trois heures, détruite à six heures, elle ne pouvait réapparaître. C’est admis par les médecins de la Couronne qu’elle ne pouvait pas réapparaître ! Eh bien, nous voyons par le rapport du médecin fait à dix heures du soir : ‘* La rigidité était complete.” (fully developped). ‘ A dix heures du soir la rigidité était complète ! Si la rigidité était complète à dix heures, et que cette rigidité ait été détruite à six heures elle n’était donc pas complète à trois heures ! Tout ce qu’on peut dire, e*est qu’à trois heures il y avait de la rigidité ; et, sila rigidité n’était pas complète à trois heures, alors la mort pouvait remonter à deux heures où à une heure de l’après-midi.
Maintenant la rigidité, messieurs, peut apparaître en moins d’une heure; c’est arrivé dans un grand nomdre de cas. On a discuté beaucoup de questions qui n'étaient d'aucun intérêt. Les médecins parlent d’après les auteurs ; ils ne parlent pas toujours d’après leurs connaissances personnelles. J'ai demandé au docteur Brennan, au docteur Girdwood, si la perte du sang pouvait pouvait amener le refroidissement et la rigidité plus tôt. Ils ont dit que la perte de sang amenait le refroidissement plus tôt, les uns parce que le volume de sang était moins grand, les autres parce que le sang était un foyer de chaleur. Quelquefois les médecins ne s’accordaient pas ; les auteurs ne s'accordent pas ensemble, les médecins non plus ; c’est toujours eomme cela.
Les experts ne venaient pas ici pour dire ce qu’ils connaissaient personnellement ; ils venaient vous parler d’après les faits qu’on lour à soumis et donner une théorie. Etan£$ admis telle et telle chose, ils disent : d’après telle et telle chose, voilà l'expérience. Mais à ceci il y a deux objections ; ‘Il faut prendre pour admis des faits qui sont allégv<: 26 ne sont pas admis et, le seraient-ils, qu’ils ne représentaient pas tous 1es faits de la cause et ses derniers détruisent la force probante des premiers.
Or, messieurs, c’est aux jurés à décider cela. Les médecins viennent ici se prononcer comme juges, se mettre à votre place ? Vous pouvez juger eela somme eux, peut-être mieux qu'eux, parce vous savez ce qui a été prouvé. Vous êtes sous serment, vous êtes à même d'apprécier les témoignages qui qui sont amenés devant vous. Alors le médecin n’a pas le droit de s'appuyer
sur des témoignages, de juger ce qui peut être admis ou prouvé ; ou ne pas l'être. Il ne peut appécier les faits ; cela c’est aux jurés à le faire, ee n’est pas aux médecins.
Je pourrais discuter d’autres témoignages, celui de monsieur Vendette, par exemple, qui est venu affirmer que le sang sentait mauvais. Comme les docteurs vous l'ont dit, le sang généralement, ne sent pas bon. Le sang a une odeur particulière et, comme il y avait du sang la, Vendette a senti une odeur ; mais il vient affirmer que le sang sentait mauvais. Or si le sang etait en putréfaction, s’il sentait mauvais,, la mort pouvait remonter à cinq ou six heures, au-delà de six heures de la découverte du cadavre. Mais personne ne pouvait dire s’il sentait mauvais, si ce n’est un médecin. Et le Dr. Archambault le contredit.
Bien, messieurs, ce témoignage vous démontre quelle foi il faut accorder aux témoignages qui affirment la rigidité complète en se basant sur la putréfaction du sang. Vendette et l'étudiant Boucher viennent dire que le sang sentait mauvais ; les autres témoins ne s’en sont pas aperçus, et la médeeine constate qu’il n’y avait pas putréfaction parce qu’il faut alors que le sang redevienne liquide; et tous les témoins vous dise.t que le sang était sec. D'ailleurs, Ritchot vous a dit ce qui sentait mauvais : le steak sur la ta blette de l’évier !
Ceci vous démontre que nous ne pouvons, en aucune façon, en venir à la conclusion que les témoignages des experts apportés devant vous sont des témoignages sur lesquels on peut s'appuyer. Parce que leur opinion est basée sur l’assertion de témoins, qui ne connaissent rien, quant à la rigidité complète et au refroidissement complet. Et, l’on ne peut certainement pas se servir de cette preuve pour détruire des témoignages positifs de personnes qui ont vu la défunte quelques heures avant la mort,
Messieurs, nous avons la preuve que cette femme vivait à six heures et vingt et à midi et vingt : nous avons ici les témoignages des Bergeron et l'on ne peut les mettre de côté. Nous avons là une preuve qui n’est pas contestable. Est-ce que l’on peut prétendre qu’il y a eu erreur? Ce n’était pas la première fois qu’ils la voyaient: c'était leur voisine; ils la voyaient souvent sur le trottoir, dans la cour, depuis un mois et demi. Peut-on croire qu’ils font erreur quand l’on considère que nulle autre femme ne pouvait aller dans cette cour que la défunte? Je dis non: les témoignages des Bergeron restent inattaquables; le témoignage de Trudeau reste inattaquable!
Et les Bergeron, messieurs, on n’a même pas essayé à les attaquer. Pourtant, je me trompe, l’on a essayé; l’on a amené dans la boîte le vieux Charles Deguise qui dit...
Je vous démontrerai tout à l’heure quelle position le père Deguise occupe dans cette cause. Bien, messieurs, le père Charles Deguise dit qu’il ne croirait pas la femme Bergeron, parce que cette dernière a eu avec lui une petite difficulté à propos d’une clôture. Elle avait arraché deux planches de la clôture pour pouvoir passer plus facilement ses meubles, et, à ce propos, le père Deguise lui a fait une scène. Il lui a dit qu’il la prendrait sous serment et, à cela, elle aurait répondu qu’elle ne s’occupait pas d’un serment.
Madame Bergeron jure le contraire.
On a amené des témoins pour prouver que madame Bergeron était une femme respectable; qu’elle était croyable sous serment. J’ai demandé au père Deguise s’il avait eu connaissance qu’elle n'avait pas juré la vérité ; il
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n’en à pas eu connaissance. On a amené aussi mademoiselle Deguise qui
vient nous dire, comme son vieux père, qu’elle ne la croirait pas sous serment, pour les mêmes raisons. On lui demande: ‘“ Croiriez-vous madame Bergeron sous serment?” Elle dit: ‘ Non. ” Elle ne connaît rien, absolument rien contre madame Bergeron: elle n’était pas présente quend la difficulté a eu lieu avec son père. J'ai demandé à mademoiselle Deguise si elle croirait mademoiselle Bergeron sous serment. Elle ne la croirait pas. Quand je lui demande pourquoi, elle dit qu’elle ne la croirait pas parce que c’est la fille de sa mère. Elle ne connaît rien contre elle; elle n’a rien à dire contre mademoiselle Bergeron, mais elle croit que tout le monde peut se parjurer! Elle est bien elle-même la digne fille de son père, comme vous l'avez vu.
Voilà la position, messieurs les jurés.
Vous avez entendu ici environ quatre-vingt témoins que vous ne connaissiez pas; et, d'après les prétentions de mademoiselle Deguise, vous ne devriez pas les croire sous serment, parce que vous ne les connaissez pas. Vous ne seriez pas capables de les croire sous serment. C’est ce que mademoiselle Deguise pense de tout le monde: elle ne les croirait pas sous serment!
J'aurai l’occasion de vous expliquer, dans un instant, pour quel motif, pourquoi elle insiste pour venir dire la raison pour laquelle elle ne les croirait pas sous serment,
Encore une fois, les témoignages des Bergeron, de Migneault restent pleins et entiers!
Pour le moment, messieurs, je m’arréterai-là. Je regrette de n'avoir pu terminer cette après midi, mais je ne serai pas long, à la reprise de l'an dience.
La séance est alors ajournée à deux heures de l'après-midi.