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Plaidoyer pour le Collège Monnoir

DISCOURS PRONONCE PAR MONSIEUR LE JUGE D. MONET, A SAINT-JEAN, LE 16 JUILLET 1912.

(Sténographié par M. L. Choqucttc, E. E. D. )

Monsieur le maire,

Mesldames,

Messieurs,

A ceux qui se demandent pourquoi je suis ici, ce soir, je déclare que je suis ici pour essayer d'empêcher, avec le concours de Ja. population li^ bre et intelligente d'Iberville et de St-Jean, la consommation d'une des plus grandes injustices que j'aie encore connues depuis quarante ans que je sais lire. (Appl. )"; je su'ls ici pour essayer avec vous d'empêcher que l'on jette sur le pavé, comme s'ils étaient des renégats, dix-huit prêtres persécutés, à qui on ne^ laisse que la perspective d'être jetés en prison pour mépris de cour ; je suis ici au nom du "fair play". Pour montrer le revers de la médaille dont on ne vous a fait \oir qu'un côté jusqu'à ce jour, et pour dire toute la vérité, puisque ceux qui ont reçu de Dieu, le devoir de la dire nous en ont caché la moitié. Je sjiis ici, enfin, pour essayer avec vous d'empêcher la ^mortjdu collège de Monnoir, auquel les citoyens de St-Jean et d'Iberville' ont le devoir d'être reconnaissants.

Hier soir, sans qu'on m'en eût parlé auparavant, une quinzaine des itioyens les plus' influents de St-Joan sont venus me demander si je consentirais venir faire l'historique de la question du collège de Monnoir, que je connais dansi tous ses détails.

Les circulaires publiées dans les égliées des diocèses de St-Hyacinthe ri de Montréal cons-ti tuent, à mon sens, une 'telle injustice pour ces pauvres prêtres du Monnoir, que je me serais cru un lâche si ij'avaiis refusé l'invitation qui m'était faite. ( App.i)"

Ces deux circulaires ont été interprétées bien différemment' par le pu-

blic de St-Jean et d'Iberville. Les amis du Monnoir ont accable de maiedictions la personne même de Mgr ,Bruché£'I et criblé sa circulaire des épithètes les ,plus cinglantes et des imprécations les plus violentes. Les autres se sont écriés : "Ah ! vous l'avez entendu du haut de la chaire de vérité, ces prêtres ne sont que des rebelles, ce ne sont que 'des révoltés conl'rc TauitoL'ité de Rome, comme nous vous le disions dep.u'ls si longtemps".

Mesdames et Messieurs, dans le cours de ma carrière politique de quinze ans, j'ai .subi bien des déïaites et j'ai connu certains triomphes. Mais, ni dans l'hum'ilialion de la défaite, ni dans l'enivrement du succès, je n'ai ressenti d'émotion comme celle qui .me domine en ce moment. Kn voyant dix-huit prêtres, à qui on rciuse même le droit de se défendre ; en voyant d'ix-huit prêtres, depuis trois ans, mais surtout depuis un an, être l'objet de .critiques acerbes et de machin^ationss dont ils ne connaissent que les résultats et dont ils sont obligés de deviner la plus grande partie... en les voyant, dis-je, être l'objet et les vfictimes de ces machinations, j'ai considéré qu'il pouvait m'être permis, à moi qui connais tous les détails de la cause, de venir vous communiquer ces détails, et c'est ce que je suis venu faire, ce soir.

Les tables que je vois à côté de moi sont entourées des reporters do presque tous les journaux de Montréal. Qu'ils me permettent de dii aux représentants des journaux français— non pas tant à .eux, car je le leur pardonne, mais aux journaux qu'ils représentent— ce n'est pas même à leurs journaux que j'en ferai le plus grand blâme, c'est à Monseigneur l'archevêque que je radres'se^Oui, il me faut le dire à la honte de ma race : pour tuut ce qui touche au Monnoir, on a bâillonné la presse) de langue frajiça'lse au point... pouvez-vous le. croire, Messieurs ? d'empê- \-her que la distribution des prix qui a été faite, cette année, dans c^ collège, ne soit pul^liéc dans les journaux. (Cris de Honte ! Honte) ![)!

La presse française a refusé de pubKer un seul mot de défense du collège Monnoir. Et pourtant, vous lisez comme moi, vous savez quelles colonnes de presque tous les journaux sont ouvertes quotidiennement ; tous les scandales, à toutes les saletés qui ont leur dénouement à, l.^ cour du recorder et' de police. Mais nour la distribution des prix diUis un collège qui arrive le second dans la province de Québec, éclipsant tous

ceux qui viennent après lui, pas de permission de publier quoi que œ soit (Honte ! Honte ! )'

Mais je réponds : La lumière a drclt de briller. Les nuages qui montent de noti^e sale planète peuvent bien, empêcher, pour un instant, le soleil de paraître, mais ces nuages finissent toujours par se dissiper pour laisser le soleil briller en souverain sur n;)s tC'les. Car la lumière esté un don du Créateur, un don inaliénable à toute riiuiimiii ! é, à toute la nature. (A,pp.)

Mesdames et Messieurs, on, a f^i^it lire vV publier dans les (''f;lis('s de Montréal et de StrIIyacinthe, deux ciixuhtires ; une, dimanche dernier, par Mgr Bernard ; l'autre, le dimanche précédent, par Mgr Bruchcyi.

Dans la circulaire de Mgr Bernard— que je ne lirai pas en entier, puisque vous la connaissez déjà, niais dont je lirai certains extraits pour y ctayer mes arguments — je vois ce qui suit : "Depuis cinq ans— nous Pouvons nous en rendre le témoignage pubMc—, c'est avec une tendresse toute paternelle et une indulgence toujours renouvelée dans la prière, que nous avons traité les prêtres du Petit Séminaire de Ste-Marie de Monnoir. Ce sontë nos enfants, ce sont nos prêtres ! A la seule pensée de sévir contre eux;, notre cœur se brisait.' Hélas ! la bonté que nous leur avons témoignée et 'que l'on a taxée en certains lieux de faiblesse, (Ça prend un barbare pour traiter Mcmseigncur 13e;nard de faiblesse!) (Rires et appl.') La bonté, dont notre âme est encore toute pleine et qui Voudrait toujours se répandre en indulgence, a été inutile. Nos conseils, nos exhortations, nos supplications n'ont produit aucun résultat. "Aujourd'hui, nous devons à notre conscience d'évéque, à l'autorité dont "nous sommes revêtus par r'Espi'it-Sa'Mt pour régir l'Eglise qui m^us a "été confiée, surtout à l'aut'orité souveraine du Pape jusqu'ici méprisée, *'à notre amour même de père pour des enfants égarés, de faire connaître "à tous la conduite de ces prêtres et les devoirs qui s'imposent."

'•'■En 19G7, après l'incendie de leur collège, les prêtres du Petit Séminaire de Ste-Marie de Monnoir nous demandèrent la permission de trans- "porter leur maison à St-Jean. Conscient du serment, prêté au jour de •"notre consécration, de défendre et de garder intacts les biens de notre "diocèse, nous avons dû. refuser cette permission. Seul le Saint-^iègo "pouvait l'accorder. Ils en appelèrent donc à Rome ; et Rome, comme

"nous, repoussa leur demande, nous enjoignant même de les frapper de "suspense, s'ils osaient passer outre. Hélas ! malgré notre défense, mal- "gré l'opposition de Mgr l'archevêque de Montréal, malgré les "ordres "formels de la S. C. de la ProPagandel, — il y a maintenant trois ans, — ils "se transportaient à St-Jcan et y instial'^aient leur maison."

Ainsi, le résuir:.3 de ce que ]e viens de vqus lire de la circulaire de Mgr Bern,ard es-t ceci : c'est que les prôtres du Monnoir se sont réivoltés contre Rome,— c'est que, pour lui, il a été guidé par l'Esprit^aint,!— c'est que s'il a dû sévir contre ces prêtres, c'est à cause de son serment d'évêque,~et, comme il est le père d'un grand nombre d'enfants, il dit que son cœur a toujours saigné d'avoir à sévir contre eux.

Mgr Bruchésd, dans la lettre qu'il a fait lire avant celle de Mg|r Bernard, a dit à peu près la même cJiose, et j'en cite cet extrait : "Nous "ne pouvons que gém'ir sur , cette douloureuse situation que ces prêtres se "sont faite, et Dieu siait les efforts que nous avons tentés .afin de la leur "épargner. Nos actes, nos paroles et nos lettres personnelles sont là "pour le prouver ; ils ne pourront ni les nier ni les oublier." — Non, Monseigneur, nous ne les oublierons pas.

Mais. ;je reprends, maintenant l'histoire du conflit, à son début. Le collège de Monnoir a été fondé à Marieville en 1853. En 1906, la bâtisse était tellement vieillie, tellement détériorée que le personnel décida de reconstruire.

Où devait-on reconstruire le collège ? A Marieville ou ailleurs ?

A Marieville, trois objections se présentaient : l'insuffisance de l'aqueduc, la mauvaise qualité du sol et la défectuosité des égoûts. Donc, trois objections à ce qu'on reconstruisit le collège de Monnoir à Marieville. C'est de 1906 quejevous parle.

Monseigneur Bernard: tenait pour Marieville; et il avait le droit d'y tenir jusque-là, parce que le collège étant établi à Marieville depuis un grand nombre d'années , il y avait des droits acquis pour cette paroisse ; et je comprends paxfaitement les raisons données pour inviter les prêtres du collège de Monnoir à reconstruire à Marieville.

Mais des expertises eurent lieu à propos de l'eau, du sol et des égoûts. Les. deux ingénieurs civils choisis déclarèrent, sur les trois chefs, que le personnel de la maison avait raison, et qu'il n'était pas à propos de reconstruire à Marieville.

J'ai ici la lettre de Mgr Bernard lui-même dans laquelle il dit qu'il admet les raisons données par les ingénieurs qui ont fait les sondages

pour éprouver la solidité du sol, M. Mauiice Perreault et M. ITaynes. Il trouve ces raisons si bonnes qu'il dit ceci : ")En conséquence, vu les témoignages pérenipto'ires des experts ci-dessus mentionnés, ^vu aussi "les sages délibérations des membres du Chapitre de ma cathédrale, je reconnais la parfaite exactitude ,des motifs allégués dans les susdites résolutions de la corporation de votre séminaire, et j'accorde la permission Pa^ elle sollicitée, savoir : Que le Pertit Séminaire de Ste-Marie de Monnoir NiE SOIT, PAS RECONSTRUIT A MARLEVILLE..."

Ainsi, puisque Mgr Bernard nous dit que c'est l' Esprit-Saint qui le guide dans toute cette affaire, l'Esprit-Saint' l'a guidé dans ce sens que le collège de Monnoir ne doit pas être reconstruit à Marieville. (Rires et appl.) Suivez-moi, maintenant.

Avant que l'on, pût s'entendre sur le site de la reconstruction projetée, le Petit Séminaire de Ste-Marie de Monnoir pasisa au feu le 23 iéh vrier 1907. Ji la suite de cet incendie, le personnel déclare que l'endroit qui leuir paraît le plus favora'blo dans le voisinage, c'est la ville de St- Jean, sur les limites du diocèse de St-Hyacinthe et il demande humblement à Mgr Bernard la permission de venir s'installer ici dans notre ville. Mgr Bernard refusa cette permission.

Je comprends que Mgr Bernard ait pu logiquement refuser à ces prêtres de les laisser venir à St-Jeon ; c'était sortir de son diocèse.

Mais chose étonnante que je vous den^ande d'expliquer si vous le pouvez,—non seulement Mgr Bernard refusa aux prêtres du Monnoir de s'étaiblir à St-Jean, mais il leur ordonna de reconstruire à Marieville. (Lettre du 4 avril 1907... "Mais où devez-vous reconstruire votre séminaire? "A Marieville même.") Le Saint-Esprit avait changé d'idée ! (Rires et app.).

Monseigneur Bruchési, voyant le conflit .regrettable— car je veuxi ici, ce soir, faire la part des responsajbilitésf comme la part des éloges aussi lôngteimps qu'on les mérite^ — Monseigneur Bruchési, dont le commencement de carrière avait donné tant d'espérances à tous ceux qui le connaissaient, voyant l'importance, la gravité, l'énormrité du conflit qui allait se présentér, tendit la branche d'olivier à Mgr Bernard et aux prêtres de Monnoir. Il consentit à sacrifier una partie— et puisque je suis à St- Jcan, je puis bien dire la plus belle partie de son diocèse, à part Montséal— il Consentit à ce que St-Jcçin fit partie du diocèse de St-Hyacinthe. Honneur à lui jusqu'à cette date !

Monseigneur Bernard fut le seul à refuser.

Mais vo'us allQZ me demander : Est-t'c que Rome n'a pas ou son mot à dire là-dedans ? Le Saint-Siège, par îa plume de Son EniBnenoo le cardinal Gotti, préfet de la S. C. de la Propagande, offrait à Monseigneur l'iEvêque de St-Hyacinthe, au commencement de juin 19€7,— après l'avoir proposé à M. le chanoine J. A. (Lemieux, qui avait accepté, le compromjis suivant :

A— La ville de St-Jcan serait annexée au diocèse de St-Hyacinthe i;

B — Six dcinii-b,ours('s seraient mises à la disposition de Monseigneur Bernard, en faveiir des enfants pauvres de Marieville et des para isses) environnantes ;

C— Quinze mille piastres seraient payées à Marieville, en compensation... ^

'Et Son Eminenee ajoutait : Veuillez consfulter votre Chapitre avant

(]p rne j-éixindit'.

Et le croirez-vous.— La réponse ^ celle-ci : ''Quelle que soit l'opinion de mon Chapitre, je refuse ;"

VA \ ()ici (k> pauvres prêtres qui sont bâ'illonnés et -qui ne peuvent pas dire aujoiird'liui ce qu'ils auraient à dire, sans. être taxés d'être des re>belles, de se révolter contre Rome,— et quand Rome, par la bouche du cardinal Gotti, offre à l'évêque de SHIyacinthe .de régler toute la ques^ tiion, en lui disant : Voici ce que vous devez faire, Mgr Bernard, le S0UM1S,L'E PERE DE FAMiLLiE DONT DE COEUR SE .BRISE QUAND IL DOIT SEVIR CONTRE SES ENFANTS, l'homme inspiré parle Saint-Esprit, dit: - 'Je refuse". Le Saint-Esprit, au Canada, n'était pas le même que celui qu'i, à Rome, inspirait le cardinal Gotti. (Rirets et app].)i

Connaissant tous ces détails, comprenant l'humiliation qui doit accabler l'intelligence et le cœur de ces pauvres persécutés, aurais-je été justifiable de ne pas venir dire ce que je suis venu vous dire ce soin?

(Appl.i):

M'OnseigncAir Bruchési, comme je viens de le mentionner, faisait le sacrifice de la ville de St-Jean, Ma'is comme je ne veux rien avancer que je ne puisse prouver, i:oici ses propres paroles. Dans sa lettre du 12 mai 1907 : "Je ne repousse pas la perspective d'un sacrifice (annexion de St- Jean); qui pourrait favoriser la solution du présent problème et SERAIT LA RECONNAISSANCE .DES SERVICES RENDUS A L'EGLISE ET AU PAYS PAR UNE IMPORTANTE INSTITUTION DE , NOTRE PRO- VINCE."

Ainsi, le collège Monnoir était une importante inslituHon qui rendait des services à l'Eglise, qui rendait des services au pays ; ma'ls, aujourd'hui, il faut absolument l'étouffer, comme si on craignait qu'elle ne rendit vraiment trop de services au pays ! ( Appl.)

Dans une réunion plénière de la S. C. de la Propagande, tenue le 2 décembre 1907, Rome de nouveau, et d'une manière non équivoque, exprime le dé-S'ir que le Collège Monnoir soit tran-sferé à St-Jean. Je traduis du, latin, : "Pour ce qui a rapport an susdit transfert (à St-Jean) , eu égard à l'utilité et au bien des âme», qui paraîtrait en découler, que Votre Grandeur veuille bien reconsidérer la chose et voir si Elle ne pourrait pas proposer à cette Sacrée Congrégation une solution, accepte! l)le de cette affaire."

Monseigneur Bernard, au mois de mars, répondit par un nouveau refus.

A.a mois de décembre 1908, Mgr Sbaretti, délégué apostoli(ine au Canada, le représentant du Pape, annonça aux pr^Ures du Collège Monnoiir qu'il était chargé d'examiiner leur cause.

Et remarquez bien que cela se i)assait après un jugement de Hume que l'on dit avoir été définitif. Dans ■ lesdcux ciiculaires qu'on vous a l'it-'s, on dit : "Il n/y a pas d'appel à Rome, Rome a décidé," Messieurs, je le d*is à l'honneur du catholicisme, il y a toujours un appel à Rome aussi longtemps que justice n'a pas été rendue (appl. prolonges) . Ce n'est pas moi qui ai inventé la maxime, elle a été émise bien a^'^^-'^^' aujourd'hui, et c'eSit depuis des sièciles que nous disons : "Nous en appelons de Rome, à Kome mieux informée." Nouk, les Cat'noliques, nous ne pouvons i)as siipi)oser que Rome puisse se tromper quand (die est bien, informée. îMais tous les hommes ne demeurent pas au Vatican, quel que ce so'lt l'habit qu'ils portent.! Et comme Rome peut être trompée, sur des quesiifioiis de tait, nous avons le droit d'en appeler à Rouie mieux informée. Si nous n'aAions pas ce droit-là, je ne serais pas ici, ce soir, puisque toute lutte deviendra'it stérile.

Mgr Sbaretti avertit donc' les prêtres du Monnoir, en décembre 1908, qu'il est' chargé par Rome d'examiner leur cause. Il leur écrit ceci : '"Quelles concessions êtes-vous prêts à faire?"

Et que répondent les prêtres du Monnoir, ces rebelles, ces révoltés ! Ils répondent ceci : "Nous acceptons Iberville, avec ,1e droit de nous installer temporairement à St-Jean, jusqu'à ce que le collège soit construit à Iberville."

En effet, à St-Jcan, il y avait une maison assez spacieuse pour recevoir le personnel du collège. Ils demandent de s'installer temporairement à St-Joan, et ils iront ensuite à Ibcrville. Par conséquent, c'est en 11)08 que la question d'Iberville, comme site du nouveau collège a été d'abord agitée. ^

En janvier 1909, c'est-à-dire un mois et demi après, la lettre que le supérieur du collège venait d'écrire, Mgr Sbaretti déclare qu'il a fait, son l'apport à Rome.

Les mois .se passent, les prêt'res du Monnoir demandent des nouvelles, on ne peut pas en avoir. Silence complet s:ur toute la ligne. .En août, -ils câblent au cardinal Merry del V.al. • L'on n'a pas même de réponse*

Avec le 1 septembre arrive l'ouverture, des classes pour tous les collèges de la i)roV':nce de Québec. Le collège de Monnoir a été obligé de fermer ses portes, en 1908-09. D'après sa charte, s'il n'enseigne pas pendant deux années de suite, il perd ses droits.

C'était donc une question de vie ou de mort pour le collège de Monnoir de S''établir quelque part.

Le 4 septembre 19109, donc, le personnel du Monnoir, pour éviter la mort, décide de se transporter à St-Jean. Je veux dire les faits tels qu'ils sont et tels que je les comprends'. C'éta;it un, acte d'indiscipline ; car si je comprends bien les règlements qui président aux rapports du personnel du collège de NMoimoir avec Mgr l'éviêque de St-Hyacin,the, si ce dernier dit : "Tu dois mourjr parce que je te défends de manger", le collège doit obéir et n'a qu'à mourir (Mouvements dans l'auditoirei);. Les prêtres du Monnoir n'avaient alors qu'un endroit où ils pouvaient subs^ter, c'était St-Jean.

Ils sont doi'i.c venus s'établir à St-Jean, le 4 septembre, pour éviter Ig. mort, comme je l'ai dit. J'admets qu'ils se sont rendus coupables d'un acte d'indiscipline. Je me suis laissé dire qu'en droit canon'lquo il y sJdes circonstances aîténuantes dans une question de * diseipline et que, lorsqu'on peut dire : c'est une questioTi de vie ou de mort, on a le droit d'enfreindre la discipline. Maia je ne suis pas théologien, encore moins docteur en droit canonique, et j'admets, pour les fins de l'argument que le collège Monnoir a manqué alors à la discipline. D'ailleurs, s'ils doivent mourir en 1912 à St-Jean, il valait aussi bien m^ourir à Marieville en 1908 ! (Mouvementsi) .

A tout événement, ils se sont transportés ici, pour bien faire. lEt c'est le grand crime, c'est le seul qu'on leur impute aujourd'hui : '•'Vous

êtes sortis du diocèse do St-Hyacinthe !" Mais, Mesdames et Messieurs', si Mgr Bernard avait accepte l'offre' de Mgr Bruchcsi qii'i lui ^disait- : ''Je Vous donne St-Jean dans votre diocèse", la question, de discipline a^ii'ait été réglée, St-Jean aurait fait partie 'de St-Hyacinthe. A qui la faute si la question d'indiscipline se présente encore aujourd'-hui ? Certainement p^si aux prêtres de Monnoir, puisque c'est à cause \ du refus de Mgr Bernard que St-Jean ne fait pas partie du diocèse de St-Hyacinthe ? Monseig'neiur Bernard nous dit qu'il avait fa^it serment de garder intact son diocèsef ; mais il n.'avait pas fait serment de ne pas le laisser grandir ! (Appl.)

Il refuse l'agrandissejnent de son diocèse pour pouvoir ni'Ieux étouffer SE'S ENFANTS que , Rome et Mgr Bruchési voulaient alors sauver.

Le 4 septembre donc les prêtres de Monnoir partent de St-Mathias et viennent s'établir à St-Jean. Le même jour, Mgr Bruchési envoie une défense ^ aux prêtres de dire la messe dans son diocèse ; Mgr Bernard édicté des suspenses contre le personnel du Monnoir! ; et après certains pourparlers de part et d'autre, après certaines promesses de la part de ces prêtres, ces suspenses sont retirées.

Nous en arrivons maintenant au 21 octobre. Le délégué papal annonce aux prêtres qu'il a reçu du Saint-Siège la mission de régler la question du collège de Monnoir et qu'il est prêt à procéder.

Mais avant de leur communiquer le décret de Rome lui donn^ant ses Pouvoirs, il demanda aux prêtres du collège de Monnoir de signer un écrit^t remarquez bien cela, messieurs,— un écrit par lequel, quel que ce • soit le jugement à être, rendu, ils s'engagent à ne pas le porter en appel.

Avant de prendre un tel engagement qui leur paraissait si extraordinaire, les prêtres consultèrent d'abord des laïques et ensuite des religieux. Chose assez étonnante, les religieux consultés dirent : "Ne signez pas cela." Les laïques consultes leur répondirent : "Mais il n'y a pas de sens ! Si c'était votre arrêt de mort, on n'oserait pas vous demander de ne pas aller en, appel. On va demander la môme chose de l'autre côté pour que ce solit définitif. Vous n'avez pas besoin de craindre si vous signez cet écrit. C'est que le litige évidemment va être décidé en votre faveur". Ils ont signé, et c''Jtait leur arrêt de mort qu''ils signaient. ( Mouvements ) .

Ils donnent avis d'appel du jugement, mais lorsqu'ils , se présentent après le jugement rendu par Mgr Sbaretti, le 10 mars 1910, lorsqu'ils se présentant à Rome pour en appeler, on oppose à celai qui porte l'appel

celle fin de non recevoir : "Messieurs, vous avez accepte d'avance le jugement, quel qu'il pût être."

Et c'est avec ces manœuvres que je n'hésite pâ:s à tîaxer du terme de machinations, (appl.) que l'on est a^^^ivé au problème plus grave qui nous occupe aujourd'hui même. S,'il y avait eu appel à Rome sur la question, de faits, il n'y a aucun douite que Rome aurait donné raison au collège de Monnoir. Mais on avait pris des pré-cautions, on connaissait le côté faible de la .question telle que présentée par l'autorité épisicopale, et connaissant cette faiblesse, on a P^i^ les moyens de pouvoir dire aux prêfres de Monnoir : ^'On va vous égorger, mais vous n'avez plus le droit deë Vous plaindre". ( Mouvements^. )

. Arrivons maintenant à l'examen de ce jugement de Mgr Sbaretti. Et d'abord, remarquons que Son Excellence ne s'est pas contentée de juger la question qui lui a été présentée, mais elle en a ju§3 deux ou trois qui ne lui ont jamais été soumises du consentement .des deux partîies..

En effet, la grande question que posait Mgr Bernard, c'était de Savoir si les prêtres devaient rester à Marieville. C'est la première question, la principale : "Les prStres doivent-ils reconstruire à Mari-eville ?"

Les prêtres répondaient à cela oe qu'ils disaient en 1906 : "Le sol n'est pas assez solide ; l'eau est insuffisante, et les égoûts sont tellement dcfectiueux que l'hyg'lène en est menacé. " ,

Monseigneur Sbaretti fit faire une expertise de son choix i; M. Marteau, iuL:énieur de Montréal, fut nommé sous l'autorité du légat aPostblJque pour faire l'examen des lu'ux. Et sur les trois chefs, sur les trois raisons invoquées par les prêttes du Monnoir pour ne pas reconstruire à Marieville, M. Marceau leur donna, raison. Il répondit : "Il n'y a pas d'égoût ; le sol n'est pas convena'bile pour une construction telle que celle que , vous proposez, à moins de dépenser $45,000 rien .flue .pour solidifier le sol et faire des fondations, en ciment, (ce qui était rendre \la chose impossible); l'eau qui vient de la montagne ,est bonne, mais il n'en peut venir a^sez pour subvenir aux besoins de la communauté ; quant à l'eau du lac, elle es! de qualité trop suspecte pour que je puisse consedller aui col- Ihgv de la ri-squer pour les enfants."

Sur les trois chefs, le personnel du collège de Monnoir avait donc raison de refuser de reconstruire à Marieville. Le délégué apostolique admet les trois raisons et dit : "Vous ne reconstruirez pas à Marieville", "bie^ que Mgr Bernard, inspiré par le Saint-Esprit, eût dit : "Vous reconstruirez à Marieville."

Mais ce qu'il y de plus (H«tiiiia,it dans ( (M te. l)hasc de la quesliou, c'est que les frais de l'expertise, dans laquelle le collège ^^de Monnoir avait touit-à-fait raison, les- frais de l'expertise ont été taxés contre ceux qui avaient raison. (Mouvements) . Je me demande, si un juge laïque rendait un tel .lugement, combien il pourrait rester de temps dans son district : (Rires et appl.).- I^e délégué apostolique d'it : "Vous avez invoqué trois Taisons pour ne pas reconstruire à Marieville. Je nomme un expert de mon choix. L'expert de mon^ choix dit que vous avez raison ^ m ais Po"r avoir raison cK)ntre Mgr Bernard, vous allez payer $58ï) de fr ais" (Mouvem.cn,tisi) .

Mais il y a nne chose encore plus étonnante dans ce jugement. C'est qu'on a voulu dégrader le supérieur de ce collège, un homme de sacrifice s'il en fut jamais, tête intellig«?nte, pondérée, mesurée autant que modeste et humble s'il en fut jam.a'lsi ; un homme qui, s'il fut resté laiïque, aurait eu une carrière des plus brillantes dans le monde, ;un homme qui s'est dévoué à raison de $100 par année pour réducation, le progrès et l'avance^ment de la jeunesse, un homme qui, à cause des règlements du collège de Monnoir, a le droit, comme tous les a^itres professeurs, d'être pensionné, logé, vêtu et nourri par le collège de Monnoir, quand il ne lui sera plus possible de travailler, et on a dit à cet hommes-là : "Sur le pavé ! Vous n'avez plus le droit d'être supérieur, nous nommons un tel Pour vous remplacer, ainsi que votre collègue en dévouement, M. Bergeron.' C^ant aux autres prêtres, du collège, nous vous ordonnons de réintégrer le domicile du diocèse de St-Hyaclnthe à l'endroit" que vous désignera Mgr Bernard."

Mgr Bernard s'est-il empressé do leur dire : '''Venez vous établir à tel endroit" ? — on. Les prêtrcvs ne pouvaient pas choisir eux-mêmes uni endroit d'étaibliS'Siement, puisqu'ils étiaient mis ■ à la discrétion de l'évêque ; et Mgr Bernard n'a pas voulu fixer, môme dans sa dernière circulaire, d'en.droit définitif, en exécution du jugement de Son Excellence le délégué apostolique, au printemps de ,1910.

La fin de l'année arriva et l'on se sépara comme de coutume §ans; savoir si on pourrait réouvrir le collège de Monnoir. Pendant la vacance, il y eut certains pourparlers d'entenl-s qui tous tombèrent à Vmu et n'eurent ^aucn résultat. Le 2 septembre 1910, alors qu'aucun endroit n'avait été fixé par Mgr Bern,ard pour l'installatiion définitive du collège de Monnoir, un bref de "quo .warranto" était pris contre les prêtres par M. Chandler Edwards, de la Colombie Britannique.

Il faut que j'entre ici dans des détails assez nombreux, parce queî c'est là une des ra'Isons, et la principale pour laquelle les prêtres- de Monnoir jie. peuvent pas sortiir de St-Jean.

Edwards avait acheté du collège de Monnoir un certain lopin de terres dans les Territoires du Nord-Ouest, qui avait été concédé au collège par le gouvernement d'Ottawa. Et il avait payé au collège de Monnoir la somme de $100,000.

Mgr Sbaretti, en rendant son jugement, le 10 mars 1910, ordonna Que si la corporation venait à se dissoudre, (faute d'enseignement^)';, ces biens retomberaient dans la caisse épiscopale de Mgr Bernard. (Mouvements) Oh ! je ne veux pas dire que c'est pour, cela que Mgr Bernard tient tant àTexécuter. (Quelques voix : Oui ! Oui !.) Je sais bfen qu'il y a de mauvaises langues qui le diront (rircsi) , mais remarquez bien qu'il n'entre ipas dans mon intention, de faire aucune allusion de cette sorte. Seulement, voici ce M.. Edwards qui dit aux prêtres du Monnoir : ''Vous me devez $100,000 parce que le lopjln de terre, que vous m'avez; vendu, vous ne me l'avez jamais livré." 5b?s prêtres du Monnoir riépondent : "Le gouverment qui nous l'avait cédé ne nous l'a Jamais livré, et nous n'avons pas pu livrer à M. Edwards ce que nous avions, vendu." C'est donc um procès entre les deux parties, un procès d'une grande importance, basé sur une rcclamation de $100,000 qui me paraît, au premier abord, bien fondée. Et je pu'ls dire cela à mon aise,, puisque je me suis récusé dans la cause, que je n'ai pas vo;ulu 4uger... parce que je me sentais trop ami des prctresj du Monnoir. (Rires.)

A tout événement, M. Edwards, en homme ' d'affaire, voyant que le délégué apostolique ordonnait que les bticns du collège Monnoir retomberaient dans la caisse épiscopale du diocèse de St-Hyac*inthe au cas de dissolution, s'est trouvé, menacé dans ses droits. Il s'est dit : ''Je n'a/i Pias à \m'adresiser à Mgr Bernard pour mes $100,000 ; c'est avec le collège Monnoir que j'ai à trânL'iger." 'Et il a eu recours à la loi pour se protéger en prenant ce qu'on appelle en termes léigal un bref de "'quo warranto".

"Quo warranto" veuit dire : "en^ vertu de quoi faites^vous telle chose?" Et cette procédure' a pour but d'empêcher que la chose se fasse aussii longtrmps que les droits des parties n'ont pas "été reconnus.

Ce bref de "quo warranto" ^étê accordé par la cour supérieure à Montréal, district auquel Vavais renvoyé la cause. Non seulement il a ^^é

accordé, mais il n'a jamais été ' soumîs à un appel. Par conséquent, il est dans toute sa vigueur.

Quel est l'effet d'un bref de "quo warranto " ? c'est de rendre passibles d'emprisonnement pour mépris de cour tous ceux qui ne lui obéissent pas, à part certaines corporations qui ne peuvent être cmprisonnoes.

Ainsi, d'un, côté, le pouvoir civil dit aux prêtres de Monnoir : "Vous n'exécutere:^ pas le jugement de Mgr Sbaretti"- Et 'que disait, entr 'autres choses, le jugement de Mgr vSbaretti? "''Vous partirez de St-Jean." En défendant d'exécuter le jugement de Mgr Sbaretti, la cour civile dit donc aux prêtres de Monnoir.: "Vous ne Partirez pas .'de St-Jean".

Ces choses furent rcprcsxnlécs à . Mgr Bernard, .qui avait écrit : "Mais, exécutez donc le jugement de Mgr Sbaretti. J'ai consulté mon avocat, M. Gendron, et il dit qu'iln'y a pas besoin d'avoir peur de rcmprîsonnemcnt ; car ça ne fait rien, cette injonction de la cour" civile.

Quand les prêtres de Monnoir reçurent cette nouvelle de Mgr Bernard, ils consultèrent leur propre avocat, M. Perron. . M. Perron donna son opinion par écrit, très^bien motivée, et que j'ai lue, par laquelle il déclare que si les prêtres, de Monnoir partent de St-Jean, dans, les circonstances, ils seront coupables de mépris de cour et que la conséquence pour eux .sera l'emprisionnemcnt.

Ainsi, d'un côté, l'autorité civile dit : "Ne partez pas de St-Jean, sous peine d'emprisonnement." Mgr Bernard leur dit : "Partez de St-Je an, il n'y a pas de danger."

A,u cours de cette controverse, les prêtres du Monnoir demandèren,t à Mgr Bernard de leur communiquer l'opinion légale de M. Gendron. Ils n'ont jamais vu ni reçu cette opinion. (Mouvements). Remarquez bien que je ne dis paa qu'elle n'a jamais été donnée, Mais placez-vous au point de vup des prêtres du Monnoir. Votre avocat vous dit : • "Ne faites pas. telle chose, vous risquez la prisbn." De l'autre côté, je vous dis; : "Moi aussi, j'ai une opinion d'avocat qui dit le contraire", Vous ne savez pas à quoi Vous en tenir, vous me dites : "tSi vous avez une opinion, voulez-vous; me la montrer ? Moi, voici la mtienne. On ne vous montre pas cette opinion ; la seule conclusion qui s'impose c'est qu'on, n'en a pas. ( Appl.O . 'Et Sri on en. a une qu'on ne veut pas montrer, vous avez droit de me dire : "Cest que votre avocat doit être joliment du môme avis que le mien. (Appl. ) 'Et s'il est du mtoe avis que le mien, je suis à peuf pr€^ certain d'aller en prison sans avoir lachance de traverser même le Iliche/li&u.

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Et c'est la situation dans laquelle se trouvent ces prêtres entre le pouvoir civil et. une autorité que }e ne crains pas, dans les circonstances, de taxer d'arbitraire et d'oppressive. (Appl.) Mais le pouvoir civil n'a-til pas le droit de se faire respecter ici dans les limites de sa juridiction ; et le juge qui d'ItV: > "Vous ne. partirez pas de St-Jean", n'a-t^il p as le droit d'être respecté avant l'évêque qui dit : "Vous allez partir ?" Nous sommes tous citoyens, avant 'd'être des prêtres et des évêq.ues ; et je ne crains pas d'exposer cett-e doctrine parce que je sais que personne ne peut la contredire. (Appl.)" Et, Messieurs, ce sont des rebelles' ceux qui, par respect pour le pouvoir civil ne comprennent pas l' Esprit-Saint comme les deux autres évêques le comprennent. (Appl.)

Ce siont ces gens que l'on t'raite de révoltés et à qui on vient dirêl : '■'Nous ne sommes que tendresse pour vous,, notre cœur se brise quand il faut dire quelque chose contre vous, nous ne pouvons comprendre comment Vous n'êtes pas plus agneaux et moutons»," En face d'une telle situation, il •me faudrarlt doutcT' du cœur et de la force de compréheAsjcn de mes concitoyens s'il n'y avait pas une indignation et une poussée du sentiment public pour tâcher de réagir immédiatement contre un tel état de choses. (Appl.)

Donc, manace d'emprisonnement d'un côté, menace des pein?s ecclésiastiques de l'autre. Savez-vous ce .que Rome fit avec tout cela ? )Est-ce que Rome mieux informée cette fois a dit": "Risquez la prison?" Laissez-moi vous raconter ici un petit .épisode qui m'est personnel.

A la fin de juin 1911, l'année dernière, je reçus la visite d'un cJitoyen des plus respectables de la ville de\ St-Jean. Vous ne le reconnaîtrez pas, il y on a tant ici,— qui vinjt me Voir èt dit ceci : "Je viens d'êt're appeh> par M. le chanoine Roy, à Montréal, avec M. untel— que je ne vous iioinjiie pas non plus— et voici réellement l'orage qui se prépare. Mgr Bi uchési, qui était alors au Congrès de Madrid, a laissé avant, son départ sous pli cacheté, une lettre dans laquelle k^s pères de famille qui enverront leurs enfants au collège de Monnoir, s'il ouivre ses portes, seront excommuniés". Naturellement, moi qui avais l'intention d'envoyer les miens, je lui dis : "Excommunies ! "—"Oui."— "Mais tu badines! On ne fait pas des péchés comme cela. ,Qu'est-ce qu'on a à dire contre l'enseignement de ce collège-là ? On ne pourrait tou^jours pas m'excommunier parce qu(^ w planteiais mes oignons d'une manière diîfcrentei que mon voisin plante les siens. (Riresi) T'a badines, on n'est. pas pour exécuter # contre nous des peines que l'Eglise n'impose .que dans les cas graves que

tu connaisM " Il dit : "Je sa:is cela, mais c'est ce qu'on va faire."— "Eh bien ! si c'est vrai, on va tâcher de le savoir ; si on a décidé cela, à Montréal, j'ai trop de confiance danS la, raison de ceux qui dirigent l'Eglise pour que l'on tolère un,e chose pareille". Je fais donc nia valise, et je me rends à Ottawa, en compagnie d'un autre citoyen de St-Jean que je ne vous nomme pas non plus.— Mais sii vous doutez de ce que je vous dis, .venez me voir et je vous donnerai leurs noms." Je me présente devant Son 'Exoellence Mgr le délégué apostolique. C'était la première fois que je le voyais. Il nous reçut très-bien. Eh arrivant, je lui dis l'objet de naâ visitie : "Voici ce que l'on prépare, et voici de quelle personne j'en tiens le témoignage. Maintenant, vo ci la cause. Ces prêtres ne peuvent pas fermer leur collège ; ils ne peuvent, pas s'en aller de St-Jean ; ils we peuvent pas exécuter les jugements de votre prédécesseur et voici pourquoi."— Et je lui explique la théorie du "quo warranto", comme je l'ai fait ce sojr. Alors Mgr Stagni se gratta la tête à la place du cerveau et comprit que c'était parfaitement raisonnable.

•La lettre qui nous frappait d'excommunication a été déchirée à ma demande et voici par quoi elle a étéremplacée. Remarquez hien que, lorsque je dis q^u'elle a été déchirée, je prends pour vrai ce que M. le chanoine a dit )à ces deux personnes de St-Jean, car il leur avait dit que nous seTions excommuniés. Si elle n'a Pas été déchirée, c'est' qu'elle n'avait jamais existé. Au lieu de la let re laissée par Mgr Bruchési avani son départ, car ,11 était alors au Congrès eucharistique de Madi'ld, on nous lut une lettre, du 9 juillet, dans laquelle on ne disait pasi : ^'Vous serez excommuniés, si vous envoyez vos enfants au collège de Monno r", mais voici ce que la lettre dis'^it en résumé : :

Après avoir exposé la désobéissance des prêtres et annoncé qu'il fondait un collège ici, à St-Jean, Mgr disait : "J'espère que les calhuliq,ues feront leur devoir." — Mais pas d'excommunication î — ^Eh bien/ ! oui, M.gr, nous l'avons fait, notre devoir. dAppl. )".,Nous avons envoyé de la ville de St-Jean au collège de Monnoir, 65 élèves. 'Vous- êtes venu en personnes mendier la sympathie des citoyens de St-Jean pour votre nouveau collège, et vous avez reçu 18 élèves. (Appl.) Nous avons fait no tre devoir d'hommes chevaleresques ; nous sommes des descendants de la race française, et ce n'est pas par des offres, des promesses, ou par l'appât des faveurs que nous pourrions obtenir en nous courbant comme d'3s valets, que nous avons l'hab'i.ude d'être conduits dans St-Jean. (App.y Nous avons fait notre devoir de reconnaissance en encourageant

le collège de Monnoir. Car à qui le deVons-nous, si no^s avons un collèjge dans St-Jean< ?

. Est-ce à Monseigneur Brudiési ? Non, mille fois non. Jamais ije ne laisserai consacrer dans l'hisitoire une calomnie comme celle-là au profit de Mgr Bruchési. Si nous avons un collège dans ' St^Jean, nous le devons au collège de Monnoir, même quand il sera disparu (Appl.,)' et vioioi Pourquoi.

Encore un épisode qui m'est personnel— vous me pardonnerez bien de Vous parler aussi souvent de moi, mais c'est que j'ai été mêlé assez intimement cette question...

Après que le collège de Monnoir fut rendu ici, constatant comme vous le comprenez que l'on finirait par l'étouffer, je me suis présenté, à la tète d'une délégation, d'une vingtaine des principaux citoyens de St-Jean, à l'archevêché de Montréal, et demandai humblement à Mgr BruohéL'l— non pas de nous construire un collège de $1 00, 000— mais de vouloir bien nous AIDER A OONSTRUIRE UN CO'LiLEGE .A ST-JEAN. Savez-vous quelle ^ été la réponse de Mgr Bruchési à votre humMe serviteur ? "Te^ nez, regardez le geste^je m'en rappellerai toujours. Il me pi'lt par Ite bras comme ceci, et me faisant faire le tour de son salon : "Qu'est-ce que vous d'ites, monsieur le juge, de tels murs pour le palaisf d'un^ arche^vêque ? Trouvez-vous cela convenable?" Je répondis à Sa Grandeur : ''Je ne suis pas très-fort sur les questions de convenance, voudriez-vous avoir la bonté de m'expliqjuer ce que vous entendez dire, Monseigneur ?" —"Cela veut dire, monsieur le juge, que je n'ai pas un sou à dép.'nsir pour un collège à St-Jean. Avant de dépenser pour un collège à St-Jean, je ferai reconstruire les murs d'un palais épiscopal digne de l'archevêque de Mon tréal . " ( Mouvements et aP]) ) i

Et six mois après le jour où Moaseigneur ne voulait même pas délieu Sa bourse Pour nous dor\ner le denier du pauvre et nous a»ider à construire un collège, il nous arrivait ici en disant, : "Je vous donne un collège malgré vous. Vous en avez un, mais je veux le mien, moi." Et le 9 juillet, oofnme je vous le disais tout à l'he'ure, monsieur le chanoine Roy .arrivait à St-Jean, non pas avec la lettre que Mgr Bruchési avait écrite pour nous excommunier, elle aVait été déiohirée, celle-là ; miais le chanoine Roy qui, en l'absence de son archevêque, s'était revêtu de toute l'autorité épiscopale et archiépiscopale, est venu nous dire, dans nos deux, églises de la ville et de la paroisse de St-Jean, que si les citoyens de

celte ville avaient des représentations à lui faire, ils pourraient aller le rencontrer au presbytère aP^^« messe.

On est venu me demander d'être le représentant des vœux unanimes de la population de St-Jean. Je me suis cru obligé h'accepter par connaissance pour les sacrifices quer les prêtres du Monnoir avaient faits pour nous, et je suis allé demander à M. le chanoine Roy de vouloir bien suspendre l'exécution d'un tel décret, que cola allait soulever l'indigiiatiion^ du public. On a dit de moi : "Vous faites cela pour du chantage, vous croyez nous' intimider, Monseigneuir ^^ura, scn collège et vous perdrez le vôtre.

C'est alors que je me suis servi d'une expression qui n'a été juste qu'à mc'ltié, et je dis à M. le chanoine Roy : "Puisque vous persistez à construire un collège ici maintenant, il sera vide et le collège de Monnoir sera rempli d'élèves. Nous allons ri-lmer les prêtres du Monnoir autant que nous allons vous haïr, car vous faites cela par entêtement et pour tuer l'autre collège. Je me suiss trompé à demi : Les deux collèges ont été remplis, et j'en suis enchanté.

Mais c'est qu'il y a place pour deux collèges ici, un à Iberville, dans le diocèse de Saint-Hyacinthe, et l'autre à St-Jean, dans le diocèse de Montréal. Cent quinze élèves, je crois, son,t' venus s'inscrire au collège de Mgr Bruchési. Le collège de Monnoir a reçu deux cents sept élèves. Messieurs, je le dis dans toute la sincéirilé de mon âme, je connais assez la mentalité do notre population, je sais qu'il y a un grand nombre de Canadiens-français des Etats-Unis qui désirent faire «Instruire leurs enfants dans les collèges de la province de Québec ; St-Jean et Iberville soht à proximité des débouchés des 'Etats» de l'Est, plus il y aura ,de collèges, ici, plus il y aura de nos jeunes .con>patriotes des ïEtats-Unis qui vicndrcnt ici snoer le lait de' la reWgion catholique et recevoir l'enseignement français tel que nous l'entendons dans notre province. (appL). Il y aurait des élèves pour les deux collèges, celui du Monnpir à Iberville, et celui de Mgr Bruchésii à St-Jean ;— qu'on laisse ces deux collèges s'établir, et dans quelques années . les deux seront remplis.

Et c'est parce que je crois en l'efficacité et la justice de cette soluti on que je su'is ici ce soir.

J'en Miens mai|ntenant au clou de mon argumentation. Veuillez me continuer votre attention.

Quelque temps après la fondation du collège de Mgr Bruchési, telle qu'ordonnée le 9 juillet comme je viens.de Vqus le dire, une offre est ve-

nue de Romo, le 2G juillet, disant : •'Pour réglvi la difficulté, nous vous offrons- Iberviile comme siie de votre coUègo". J'a'i ici, messieurs, l'orig')ial, le textte même de la lettre -de Mgr Stagni, le délégué papal actuel à Ottawa. C'est intitulé ''*Delegatio Apostolica", St-Jean de Terreneuve". Et remarquez cet en-têtb. C'était tellement pressé que le délégué apostor^que, qui était alors en promenade à St-Jean de Terreneuve, ne croit pas devoir attendre s»on retour à Oit*tawa pour annoncer la nouvelle aux prêtres du Monnoir. Et je vous prie, messieurs, au nom ; de ,1a justice et de l'équité, de graver dans votre mémoire chacun des mots de cette lettre, qui nv vient pas de Mgr Bernard, qui ne vient pas non plus de Mgr Bruchési, mais qui vient du représentant du pape, c'est l'écho des instructions mêmes reçues de Rome :— "Suivant des instructions que j'ai re- ''çues de Rome, je viens vous offrirencore une fois la ville d'Itserville, "dans le diocèse de St-Hyacinthe, comme site de votre collège de Ste- "Marie de Monnoir. Il est absolument inutile de penser à St-Jean. Il est définitivement décidé que vqus ne pourrez pas y rester. En vous of- "frant Iberviile, j'ai la confiance qu'on pourra arriver au règlement fi- "Hial de cette pénible quesliori.

"Vous aurez quelques jours à examiner la proposition que je viens de "vous faire. Je serrai à Montréal vers le 4 ou 5 août, de retour de ma vi- "site à Terre-Neuve. Aussitôt après j'attendrai vous voir et recevoir vo- "tre réponse définitive.

"Je prie le bon Dieu de vous accorder ses grâces et ses lumières, et "je demeure,

"Votre dévoué serviteur en N. S.

(Signé)' V "Fr. PEREGRIN FRANÇOIS, O.S. M.

"Archevêque d'Aquila, Del. ap.

Donc, malgré les jugements rendus, malgré les colères de Mgr Bernard, malgré la fondation du collège de Mgr Bruchési à St-Jean, dix-se,pt jours après cette fondation du collège de Mgr Bruchési, Rome, connaissant tous ces détails, dit au délégué apostoliquet : "Offrez Iberviile comme site du npuveauv collège en règlement de la question définitive.

Maintenant, on sait ou sont les rebelles d'après les deux circulaires qu'on a liifs, c'est au collège de Monnoir. On sait où sont les hommesë de tendresse et d'immilité, c'est à Saint-Hyacinthe ; c'est là qu'est le père de famille dont le cœur se brise quand il s'ag'it de sévir contre ses enfajits. On sait où l'on respire le respect pour les ordonnances de Rome, c'esit chez Mgr Bruchési,, c'est dans le palais de l'archevêque que l'on

connaît les égards dus' aux offres de lloiiic. l>u iiioiiicut (luc c'est Rome qui fait l'offre, naturelleiiU'nt les i)rcties du Moiinoir, ces rebelles, ces révoltés, Vont rofus<3r cette offre-là, et :\ra,r BL-rnard et Mgr Bruchési vont se hâter de d'ire : "Mais n^ous acceptons les avances faites par Rome".

Erreur, messieurs ! J'ai le pressant devoir de vous dire— et je ne serais pas ici si je n'étais pas en mesure de vous le dire— que les prêtres de Monii'oir, dès le lendemain de l'arrivée de Mgr 'Slagni à Montréal— il avait écrit qu'il serait de retour ver^'le 1 ou le 5— dès le G août, écrivaient à Mgr Stagni la lettre suivan^te : " I':xeellenee, dans votre lettre *''du 2'6 ju'lllet dernier, vous^ nous informe/, ({ue d'après des instructions re- "çues de Rome, vous mettez à notre disposition Ibervillc comme site de n,otre collège.

'''Cette offre ne saurait faire autrement' que nous satisfaire, attendu "que nous avons . toujours pensé qu'Iberville était le seul endroit dans le "diocèse de Saint-Hyacinthe ou notre maison puisse vivre. Nous' sommes 'Monc heureux de nous rendre à votre désir.

"Cependant, vu l'injonction qui nous a été faite par le pouvoir civil, '''nous allons incessamment' fa^re des démarches pour obtenir la permis- "sion d'aller à Iberville. Du moment que la cour civile nous aura donné une autorisation à cet effet, nous sommesë prêts à nous rendre à Iberville.

'^Nous ne croyons pas qu'il soit dans l'intention de Rome, en nous "fixant Iberville coimiie site de notre collège, d'autoriser la fondation d'un collège à St-Jean. C'est ce que uo^s exposons à Rome en lui expri- ^'mant les sentiments de notre reconnaissance."

Vous comprenez la logique de la position que prenaient les prêtres du Monnoir. 'Le' jugement sur le '''q,uo warrant o" leur avait défendu de traverser même le Richelieu, aussi bien c'était Mgr Stagni ou Rome qui le leur offrait que si c'était Mgr Bernard qui le leur ordoimait. Il fallait a»bisolument obtenir la permission de M. Edwards ou de la cour civile. Aussi les prêtres de Monnoir demandcnt^ïls un délai pour s'adresser h la cour et demander à M. lE^dwards de ne pas s'opposei 'a leur requête. Et pour cela i^S' demiandèrent un délaà que je considère beaucoup trop considérable,, (Pour exposer les choses absolument telles qu'elles sont), en demandant un terme de trois ans pour se construire un collège à Iberville. J'admets que c'était trop long, mais dans une lettre subséquente, on demandait seulement un an. Et à cela il ne pouvait pas raisonnab)Lement y

avoir d'objeclion ; on était au mois d'août; si Mgr Stagni avait accordé un délai de trcis ou de six mois, il aurait toujours fallu terrciiner l'année scolaire à St-Jean.

D'ailleurs, le délégué apostolique n'a pas^ trouvé que le terme était trop long, il n^'a pas même répondu à la lettre d'acceptation que lui envoyèrent les prêtires du Monnoir. Quarante-six jours après avoir accepté l'offre de Rome, les prêtres du Monnoir écrivent de nouveau au délégué apostolique lui disant : "lEh bien ! nous nous sommes mis en frais d'obtenir d'iEdwards la permisisiion de nous rendre Iberville ; est-<îe que la proposa L'Ion est toujours tenante ?" Savez-vous ce que Mgr Stagjii a î^épondu) ?• Vous allez voir comment le délégué apostolique répondait à la lettre des prêtres par laquelle ils acceptaient avec reconnaissance l'offre de Rome. Il attendit juste cinquante jours pour répondre à la lettlre du '6 août ■ acceptant Iberville. Voici sa lettre : "Pour toute réponse à vos deux "lettres ('il admet ^donc qu'il n'a pas répondu à la première) je n'ai qu'à '"vous répéter ce que je vous ai dit bien des fois. Sans raison valable "vous persistez à rester à St-Jean, contre la prohibition de. votrel évéque et de l'archevêque de Montréal, et mailgrié la décision formelle du Saintr *'''Siège. Dans de tellesë circonstances', tant que vous res-t'cz dans l'état ac- "tuel de révolte, il est clair que votre situation vis-à-vis des autorités "ecolésiastiques ne peut pas être améliorée."

Ainsi donc, les prêtres disent : "Nous acceptons l'offre de Rome". On leur répond : "Vous vous révoltez contre Rome !" "Mais non, nous avons accepté votre offre avec reconnaissance."— "Vous désobéissez à Mgr Bernard, vous ne comprenez rien, vous ne voulez rien, vous n'admettez rien ! (Rires)' Cela vous fait rire, moi... cela m'indigne. Je, suis bien obligé de le dire, puisque je suis ici pour dire toute la vérité et non . pas , seulement une partie de la vérité. Voilà comment au cours de cette persécution contre le personnel du Monnoir on sait traduire la lettre par laquelle ils acceptaient l'offre de Rome !

Enfin, vo'llà la mort ! jj.e 2 a^ril,, sans que l'on ait plus, entendu parler de rien ; sans que l'on sache pourquoi l'offre d'Iberville faite par Rome, le 2G juillet 1911, pourrait (iic ritirée^on annonce comme un coup de foudre qw l'offre était retirée.

Mais on diii : pourquoi ?— Ah ! c'est la lettre qui le dit, et voici la lettre ; elle a l'apparence <l'un document qui vient de Rome, puisque c'est la lettre par laquelle. Rome offrait aux prêtres du Monnoir la ville d'Alberville, mais au bas de laquelle le délégué apostolique a ajouté les

mots : "L'offre d'ibervlllc est ict'iioe, parce que les circonstances sonti changées." Quelles circonstances ? on ne le dit pas. On nous dit seulement q.ue les circonstances sont chan<i;('cs. Ma/is quel changement dans les circcns'tiances ou les hon;<mes ont eu lieu, je vous le demande ? On vqus dira peut-être que c'est parce que le collège de Mgr Bruchcsi a été établi à St-Jean depuis. Mais l'offre d'aller à Ib^irville ^ été faite dix-sept jours après la fondation de ce collège, par conséquent rien de changé là-dcssus.

Qu'est-ce qu'il y a de changé dans les circonsitances ? Il y a ^eci qui milite encore pour le maintien, de l'offre d'Iberville. C'est que les prêtres du Monnoir, forts de l'offre faite par Rome, et qu'ils avaient acceptée, ont acheté un terrain, à Iberville, qui leur coûte $20,0'0'0' ; ils ont fait préparer des plans, et ils se sont entendusi avec la Norcross Building Co. pour Pouvoir faire construire un c'ollègc' à Iberville ; ils ont fait des démarches -pour s'entendre avec M. Edwards et obtenir de lui qu'il ne s'oppose pas à la permission qu'ils vont demander à la cour de traverser à Iberville, et ils ont l'espoir que cela peut s'arranger ; tout est prêt pour exécuter l'offre de Rome— et on vient leur dire, le 2 avril, après les avoir fait attendre depu'is le six août précédent pour une réponse définitive : "'L'offre est retirée." [Et ^toujours ce sont les prêtres de Monnoir qui sont les rebelles ; toujours ce son;t les deux évéques qui sont dams leur drclt !

Je vous offre un marché aujourd'hui, vous l'acocptez immédiateanent. —Ah ! vous l'aoceptez ; eh bien ! puisque vous l'acceptez, c'est que cela fait votre affaire, ça ne fait plus la mienne, je retire ma proposition.-— Voilà comment on transige dans une matière de cette importance ! Quelle es't la personne honnête qui ne se lécrieraiit pas contre une telle manière d'ag'ir ! ( Appt. )

lEt à quoi tient donc le règlement de cette question ? Ce printemps, le 20 juin dernier, les prêtres ont écrit ce qui spit dans une lettre à Mgr le délégué apostolique :

"Nous croyons devoir vous mettre par écrit la proposition que- M. le "chanoine J. A. Lemieux avait l'honneur de vous faire, dans rentrevue "que vous lui avez accordée, le 6 du courant, savoir que nous pourrions "encore nous construire de manière à recevoir nos élèves à Iberville en "septembre prochain, pourvu que vous nous en redonniez l'autorisation^ "immédiatement. iSTos anciens élèves s'offrent à nous fournir les fonds) né- "cessaires à la construction des bâtisses du collège. X'otre lExoellenco n'a "qu'à dire un mot, et ce sera la fin des difficultés."— "Non, vous êtes

"des rebelles, vous êtes des révoltés contre Rome".— Voilà, mossieurs, où en est rendue la question. '

Si Rome ne vient pas à la rescousse du collège' Monnclr, ,1e collège Monnoir va périr comme institution, e^ des prêtres, comme je vous l'ai dit tout à riieure, d'une expérien<^e de quinze, de vingt ans, de vingt-cinq ans, qui se sont dévoués pour rinsitruction de la jeunesse, vont être renvoyés piro'bableîment comme petit's vicaires dans une paroisse quelconque du diocèse de Saint-Hyacinthe (Mouvementsl) . Au n.om de la justice, y a-t-il un seul homme un peu chevaloresiq)ue qui ne se révolte à cette pensée! ! ! (appl.) A moins d'être intéressé ou accablé d'un éléphant qu'on s'est mis sur les épaules par la conslruclion de l'autre collège à St^ «Jean, peut-on raisonner autrement que n,ous raisfonnons nous-mêmes (appl. 1) , car nous défions qui que ce soit de nous montrer qu'il y ait une nouvelle question de principe pour laquelle on puisse refuser à ces prêtres d'aller à Ibciville, qui n'existait pas lorsque l'offre a d'abord été faite Par Rome et acceptée par les prêtres du Monnoir. (Appl.)

Messieurs, des résolutions comine conclusion de cette assemblée vous seront présentées, nuiintciiant que vous connaissez les faits du litige. On ne m'a demandé qu'hier soir de vchir vpus adresser la parole, et je hi'ai eu que le temps de jeter quelques notes sur le papier; ; — mais ces résolutions vont être rédigées incessamment, demandant humblement à Rome de considérer l'état de chose actuel, de considérer si dans l'avenir il ne surviendra pas quelque chose de bien regrettable et pour Rome et pour les deux évéques dont je vous ai parlé (Mouvements). Les résolutions seront modérées, beaucoup plus probablement que je n'ai été capable do l'êitre dans les ternies du discours que je viens de prononcer pour ainsi dire à l'improviste. Et si vous avez dans Il'âme ce que j'ai dans la mienne, 9i vous avez dans votre cœur ce que je ressens dans le mien, si vous avez dans la tête l'esprit d'iu dépendance de - liberté nécessaires à la formation d'une nation forte et chevaleresque, eh bien, vous signerez ces résolutions (appl. ■); et si, après cela, la mort vient, eh bien !- c'est moi qui nie charge d'écrire l'histoire de ce conflit et de donner des détîails que je veux bien encore omettre, ce soir, dans l'espérance' encore qu'avec des demi-mesures nous pourrons en arriver à une meilleure solution aiuprès de Rome mieux informée (appl.i)!

Messieurs, permettez-moi de vous remercier de m'avoir écouté avec tant de patience etr d'attention, siur une question aussi délicate; je n'oublierai jamais ce respect ,que vous venez de me témoigner.

Mesdames, je vous rem-ercie de m'a voir honorrV do votre présence. Merci à tous, et après les discours, mcti! a l'œuvre.

( Applaud'isseincnts prolongés.')

Réplique à mes détracteurs.

J'ai 'publié ce discours à la demande de centaines de personnes qui avaient constaté la -différence entre le compte-rendu de m>?s remarques, si précis, de la presse anglaise et celui, si injuste, des quotidiens français de Montréal, repi-ésentés à, cette assemblée.

La presse française a critiqué mon argument et l'apropos de ma démarche. Cela- es,t de droit naturel. Mais pas un seul quotidien n'a contredit une particule des faits que j'ai exposés et des documents que j'ai cités.

Il reste donc prouvé, en a(lmetlan.t l'infraction de discipline de ces prêtres pour éviter la mort en n>0!J :

lo Que Rome, en lî)07, a offert de régler la question en incorporant 1^ ville de St-Jean au diocèse de St-Ilyaeinthe, et permettant au collège de rester à St-Jean ;

2o Que cette offre du car.d'inal Gotti a été acceptée par Mgr Bruchési et par le collège de Monnoir ;

3o Qne cette offre a été re jetée par I\Igr Bernard seul ;

4o Que, le 26 juillet 1911, Rome a de nouveau offert aux prêtres du collège, un règlement de toute la question en leur permettant de ^s'installer à Ibervill©-;-

5o Qiue ces prêtres ont accepté <^ans délai, et avec reconnaissance, l'offre de Rome ;

6o Que, le 2 avril 1912, l'offre d'Iberville a été retirée sans spécifier aucune râîSon de ce retraite

L'archevêché, interviewé par le "Standard" de dimanche dernier, dit en résumé : Si ces prêtres se sont placés, entre deux feux par le jugement de la cour civile et les décrets épiscopiaux, ils 'ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes ; s'ils n'avaient pas quitté le diocèse de St-H,yacinthe pour venir à St-Jean, il ,n'y aurait pas eu de "Quo Warranto".

L'argument est presque stupide à force d'être naïf. Vaudrait autant dire' : Si Adam n'eût pas péché danS le paradas terrestre, Edwards n'eût

jamais pris de "Quo warranto". Respectons en effet l'ordre des dates. C'est en septembre 1909, que le collège , est venu à St-Jean. Il n'était question de "Quo Warranto" puisque c'es't en. enseignant à St-Jean que le collège offrait le plus de garantie de solvabilité à Edwards. Or c'est en septembre 1910 que le *'*Quo Warranto" a été émis, et cela après et à cause jiion pas de l'indiscipline de ces prêtres, mais à cause du jugement de Mgr Sbaretti déclaraM que si le collège fermait ses portes, l'actif et les biens du collège appartiendraient à la caisse de Mgr Bernard. ^

Edwards, craignant alors pour sa créance, a obtenu jugement en sa faveur sur le ''Quo Warranto", et a réduit au "statu quo" le j,ugement de Mgr Sbaretti, qui, entr'autres choses, ordonnait aux prêtres de partir de St-Jean.

Et c'est à ca,use du ''statu quo" ordonné qu'ils ne sont pas partis de St-Jean.

Grâce aux rapports in,complets des journaux français, mon discours a ^té mal interprété par plusière personnes et, notamment du haut de la chairo de certairiies églises. La bonne âme d'un certain prêtre que je) connais a été facilement trompée par les journaux ou par de prétendus dévôts.

Ainsi il est faux qu'aucun des organisateurs de l'assemibJée y ait ijivité une délégation de la misalon protestante de, la Grande-ligne ; il est faux que j'aie tioii^qué aucun document. S'il en était ainsi, la presse, française m'aurait démenti depuis l'assemiblée.

Quant à certain autre prédicateur, vicaire, trop frais et trop jeune pour distinguer les nuances, je lui dirai simplement que je n'ai pas rid'iculisé le Saint-Esprit, mais que j'ai ridiculisé ceux qui se prétendent inspirés par le Saint-Efepi'lt, alors même qu'ils se moquent des suggestions de Rome.

'L'on a de plus ordonné, dimanche dernier, un, triduum téparatoire. L'idée d'un triduum est bonne \on ne prie jamais trop le bon Dieu. Mais que l'on ajoute au triduum, comme on l'a fait, le mot réparatoire, pour écarter de nos têtes les t malheurs du ciel, c'est un peu fort et un peu .injurieux pour les 1200 personnes qui assistaient à rassemblée, et pour les signataires des résolullions adressées à Rome jqui, en dépit de ces sermons, ont signé, à St-Jean et à Iberville au nombre i de 1100.

Je ne répondrai à un tel argument que par le ridicule. A ceuxi qui prétendent connaître si bien les voies secrètes du Juge Suprême qui distingue, lui, les vrais coupables de ceux qui n'en on.t que l'apparence, je de-

manderai ceci : Voulez-vous m'expliquer pourquoi, depuis cinq ans, dans le diocèse de St-Hyacinthe, l'église d'Iberville est brûlée ; pourquoi lo collège de Farnham esit brûlé ; pourquoi le collège de Granby eist brûlé ; enfin pourquoi 'le presbytère du frère mêm<e de Mgr Bernard, à Sorel, est brûlé en partie ? Pourquoi, dans l'archidiocèse de Montréal, l'église de St-Jean-Baptiste, St-Irénée et la grande école de M. le chanoine Lepiailleur sont brûlées ?

iSi j'étais méchant conime ces gcns-là, je dirais que tous ces feux ont été mis par l'Ange du Seigneur pour punir Mgr Bruchési et Mgr Bernard de ne pas avo'ir consenti aux offres de • Rome pour le règlement du conflit.

Vous verrez d'ailleurs, que ces gens-là me feront assassiner ou brûleront ma maison pour pouvoir dire que Dieu m" a châtié pour mon discours du 16 courant.

Quoi qu'il] en soit, je souhaite à mes détracteurs, non pas la mort', mais une longue vie pour qu'ils aient le temps de rendre justice au collège' de Monn^oir.

St-Jean, 22 juillet 1912.

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