N° XXI
Localité . Cette plante est commune clans les bois du district de Curitiba.
Usages. Cette espèce est, pour ses propriétés, l’une des plus remarquables de la partie de la province de Saint-Paul, située hors des tropiques. Son écorce est d’une amertume extrême , et, comme les habitans du pays en ont obtenu les plus heureux effets dans la guérison des fièvres , ils lui ont donné le nom de Quina , et ils ne peuvent se persuader que la plante qui la fournit ne soit pas identique avec celle qui produit le véritable quinquina de l’ Amérique espagnole. Le célèbre M. Yauquelin a fait l’analyse chimique de l’écorce du Solanum pseudoquinãj et 1 a trouvée composée de la manière suivante :
Io D’un principe amer de nature purement végétale auquel sans doute l’écorce doit sa vertu fébrifuge ;
2° D’une matière résineuse ou résinoïcle , légèrement soluble dans l’eau , et dont la saveur est amère *, Ar-
3° D’une petite quantité de matière visqueuse grasse.
4° D’une substance animale très-abondante combinée à la potasse et à la chaux , ou du moins à des sous-malates qui , à cause de cela , présentent des caractères alcalins ; environ -rhr et t.
5° D’une petite quantité d’amidon , reconnue par la couleur purpurine qu’a prise la décoction aqueuse de l’écorce avec la teinture d’iode.
6° D’oxalate de chaux dont la quantité s’élève à 5 ou 6 pour IQO.
7° D’une autre matière calcaire, aussi tres-abondante , probablement peu soluble dans 1 eau ; tïtv*
8° De magnésie , une très-petite portion.
q° D’oxide de manganèse, en quantité notable.
io° D’oxide de fer.
ii0 De phosphate de chaux , en très -petite quantité.
i2° D’une grande quantité de substance ligneuse; ~a.
Il est fort remarquable , suivant l’observation de M. Vauquelin , que 1 écorce dont il s agit , n ait offert aucune trace sensible de silice , puisque jusqu’à présent on n’a pas trouvé de végétaux où l’on n’ait découvert quelque portion de cette matière (ï).
(i) M. Vauquelin veut bien faire une certaine quantité d’extrait de l’écorce du Solanum pseudoquina. On tentera des expériences sur les propriétés fébrifuges de cet extrait , et nous rendrons compte du résultat dans un des cahiers de cet ouvrage.
DAVILLA RUGOSA.
DAVILLA RIDÉE.
FAMILLE DES DILLENIACEES.
D. caule scandente; ramulis hirsutis; foliolis oblongis , remotissime obsoleteque serratis , supra asperis , glabris, subtus nervo medio la~ teralibuscpie hirsuto-villosis ; petiolo subtus villosissimo ; pedunculo pedicelhsque hirsutis ; petalis 2-3/ pistillo unico.
Davilla rugosa. Poir. Enc, sup. vol. ii, p. Ifin.
D. Brasiliana. DC. Syst. i, p. 4o5. — Deles. Ic. i , t. 71. — non Kunth .
Noms vulgaires : Cipò de Carijó , dans les provinces de Pio de Janeiro vlMinas Geraes ; — Çambaïbinha , à Minas Geraes ; — Cipò de Caboclo, dans la partie méridionale de la province de Saint-Paul.
Description. Tige sarmenteuse, grimpante, rameuse, rude au toucher, hérissée au sommet : rameaux hérissés. Feuilles alternes, pétiolées, sans stipules, longues de 2 à 3 pouces, larges de 12 à i5 1., oblongues , obtuses ou un peu aiguës , terminées par une très-petite pointe, fort légèrement sinuées, décurrentes sur le pétiole, plus ou moins roulées sur les bords, à peine dentées en scie, coriaces, rudes et glabres en dessus , parsemées de quelcpies poils à la surface inférieure, dont, en meme temps, les nervures sont velues et presque hérissées; les feuilles inférieures souvent ovales : nervure moyenne proéminente en dessous, indiquée en dessus par un sillon ; nervures latérales , parallèles , également proéminentes en dessous , et indiquées par autant de sillons à la surface supérieure : pétiole long de 6 1., canaliculé et glabre en dessus, très-velu inférieurement. Grappes longues d’un pouce à un pouce et demi, composées, pédonculées, terminales, etnaissanten même temps de l’aisselle des feuilles N° XXII. ï
supérieures qui sont ordinairement plus courtes que les autres (bractées) : pédoncule hérissé : axe également hérissé et en zigzag. Poils d’un vert roussâtre. Fleurs d’une odeur agréable, un peu agglomérées, et portées par des pédicelles courts et hérissés. Calice très^ inégal, croissant avec le fruit; a 5 folioles d abord étalées , oibiculaires, ciliées, velues ou pubescentes ou bien chargées de poils épars i une inférieure très-petite; 2 intermédiaires plus grandes et opposées; 2 supérieures également opposées, très-grandes, fort concaves. PÉTALES au nombre de 2 à 3 rarement solitaires ou au nombre de 4, hypogynes, alternes avec les folioles du calice, longs de trois lignes, obovés-oblongs , un peu onguiculés, entiers ou plus souvent échancrés en cœur, jaunes , entièrement glabres. Etamines hypogynes, nombreuses, parfaitement glabres, persistantes : filamens filiformes, flexueux, un peu aplatis, graduellement épaissis à leur sommet : anthères immobiles, tournées vers lespétales, petites, comprimées , à peu près orbiculaires et à deux loges; connectif assez large, à peine prolongé en une très-petite pointe; loges obliques, écartées à leur base, s’ouvrant longitudinalement sur les côtés. Styles en nombre égal à celui des ovaires, terminaux, flexueux, s’épaississant de la base au sommet, très-glabres, persistans. Stigmates en nombre égal à celui des styles, terminaux, peltés. Ovaires le plus souvent uniques, rarement au nombre de 2 à 3, ovoïdes-globuleux, obtus, glabres, uniloculaires, 2 -spermes. Ovules dressés, attachés au fond de l’ovaire par le moyen d’un cordon ombilical fort court. Fruits capsulaires, longs de 2 L, presque globuleux, minces, membraneux , indéhiscens, i-loculaires , 2-spermes ou plus souvent ï -spermes par avortement, renfermés entre les folioles supérieures du calice qui ont pris de l’accroissement pendant la maturation , se sont appliquées l’une contre 1 autre a la manière de deux valves , et sont devenues longues d’environ 3 1. , ovales , très - concaves , fort obtuses , crustacées et jaunâtres. Semence presque globuleuse , comprimée principalement à la base, ridée, d’un fauve obscur, enveloppée d’un arile qui est appliqué sur elle sans aucune adhérence , ouvert seulement
au sommet, succulent, d’une couleur blanche. Ombilic placé dans le bord de la semence. Tégument propre crustacé, épais, un peu succulent à l’extérieur. Périsperme très-grand, charnu, compact. Embryon fort petit , droit , ovoïde , place dans la base du périsperme : radicule inférieure, tournée obliquement vers F ombilic.
Localités. Cette plante est commune dans les bois vierges. Je Fai trouvée depuis la frontière orientale de la province des Mines jusqu’aux limites de la province de Sainte - Catherine. Elle fleurit depuis le mois de janvier jusqu’au mois de juin , suivant les localités.
Étymologie. On appelle cette plante Cipo de Carijó , c’està-dire liane des Carijós, parce que ce fut une peuplade de ce nom qui en enseigna l’usage aux Portugais. Le nom de Cipó de Cabloco présente à peu près la meme signification, car les mots caboco et caboclo sont employés comme termes de mépris pour désigner indifféremment toutes les nations indigènes. Quant au nom de Çambdibinha , il vient des mots indiens , caa mbaya , branches propres a faire les pièges pour prendre le poisson, et iba, arbre, auxquels mots les Portugais ont ajouté la terminaison diminutive inha qui est propre à leur langue , et qui distingue la plante dont il s agit ici de 1 arbie appelé Çambdiba , décrit au Xo XXXIV.
Usages. On avait déjà reconnu que les Dilléniacées étaient astringentes. La saveur acerbe du Davilla rugosa prouve assez qu’il participe à l’astringence des plantes de la famille à laquelle il appartient , et les Brasiliens font de cette piopiiéte une application heureuse , puisqu’ils emploient la plante dont il est question pour guérir l’enflure des jambes et des testicules , maladie si commune dans les parties chaudes et humides de leur pays. C’est surtout en fomentation qu’ils ont coutume d employer le Davilla rugosa.
Ce n’est pas seulement dans la médecine domestique que l’on fait usage de cette plante. Ses tiges très -flexibles fournissent d’ excellens liens, et dans quelques cantons de l’intérieur, on s’en sert principalement pour attacher ensemble les diverses pièces des charpentes. Traitées comme l’osier, elles pourraient le remplacer, et l’on en ferait également des paniers et des corbeilles.
Observations botaniques. — §1. Caractères génériques. — Ayant étudié avec attention plusieurs espèces de Davdla , je puis tracer les caractères de ce genre avec plus d’exactitude que ne l’avait fait Vandelli. Je les exprimerai de la manière suivante : Galice très-inégal, croissant avec le fruit ; a 5 folioles étalées et disposées sui'jl!^pis rangs ; l’une in ferieure , très-petite ; deux intermediaires , plus grandes et opposées ; deux supérieures , également opposées , fort grandes et très-concaves. Pétales i-6, hypogynes , alternes avec les divisions du calice, un peu onguiculés, le plus souvent en cœur renversé, caduques. Etamines nombreuses, hypogynes, glabres, persistantes : filamens filiformes , un peu aplatis, le plus ordinairement épaissis au sommet : anthères continues , immobiles , tournées vers les petales , 2 -loculaires, petites , comprimées ; connectif ordinairement assez large a la base ; loges le plus souvent obliques , souvrant longitudinalement sur le coté. Ovaires solitaires ou au nombre de deux h trois, uniloculaires, 2 -spermes , parfaitement glabres. Ovules attachés au fond de la loge au moyen d’un cordon ombilical court et cylindrique. Styles en nombre égal a celui des ovaires , Jlexueux , épaissis au sommet , parfaitement glabres , persistaris. Stigmates en nombre égal a celui des styles , peltés, ombiliqués. Fruits i-33 capsulaires, indéhiscens ou irrégulièrement déchirés par les semences mûres; renfermés dans les folioles supérieures du calice qui, pendant la maturation, se sont appliquées lune contre l autre à la manière de deux valves, et qui sont devenues très-grandes, fort concaves et crustacées. Semence le plus souvent solitaire (par l’avortement d'un des ovules\ obtuse , arilée : arile presque complet , ouvert seulement à l’ extrémité supérieure, appliqué sur la semence, mais ne lui adhérant pas. Ombilic placé dans le bord de la semence. Tégument propre crustacé. Périsperme grand, charnu. Embryon droit , très-petit , placé dans la base du perisperme . radicule inférieure , tournée obliquement vers l’ombilic.
§ II. Différences des genres Davdla et Tetracera.—hz séparation des sexes n’établit aucune différence entre les Davdla et les Tetracera , puisquil est
des espèces de ce dernier genre qui ont des fleurs hermaphrodites, telles que le T . elongata. Le nombre des ovaires auquel M. de Candule attachait de l’importance parce qu’il ne connaissait ce caractere que par la description de Vandelli, le nombre des ovaires, dis-je, ne peut non plus etre employé pour faire, distinguer les deux genres: carie Davilla rugosa a quelquefois 2 et 3 ovaires; les D. angustifolia , elliptica et castane folia en ont deux; le macvophylla n’en a qu’un, et 1 e flexuosa souvent 3. Le stigmate pelte et ombiliqué des Davilla aidera mieux à les faire reconnaître. Leurs iruits mdéhiscens ou irrégulièrement déchirés fournissent aussi un très-bon diagnostic. Le nombre des ovules et leur adnexion en présente un plus important encore. Enfin le caractère différentiel que l’on peut saisir le plus facilement est offert par le calice, non-seulement quand il recouvre le fruit, mais lors même que la fleur est encore ouverte. La disposition des folioles calicinales, telle que je l’ai décrite dans mes caractères génériques servira à faire distinguer sans peine plusieurs Davilla , confondus dans les herbiers avec les Tetracem, entre autres le D . multiflora , qui avait été décrit sous le
nom de T. multiflora. (Voy. Dec. Syst. I , p. 4oo.)
§ III. Du nombre des pétales dans le genre Davilla. Gomme Vellozo ne connaissait que le D . rugosa, il attribuait à tout le genre une corolle composée de 2 à 3 pétales; mais quelques espèces en ont 5, et le D. elliptica
en a d’un à six. .
§ IV. Tige du Davilla rugosa. — Vellozo avait eu soin de dire dans ses
manuscrits que la tige de cette espèce était sarmenteuse et grimpante; mais Vandelli s’est contenté de tracer les caractères du genre. Il ne faut donc pas s'étonner si le savant auteur du Systema, qui n’avait sous les yeux qu’un fragment incomplet , a éprouvé quelque incertitude sur la nature de la tige, et s’il a, dit tantôt que cette plante était un arbre et tantôt quelle formait
un arbrisseau. . ,
§ V. De la fleur du D. rugosa. — M. de Candole, en décrivant la fleur du
D. rugosa (Syst.I, p. 4°5)> a très-bien retracé ce qu’il voyait. Mais ce sont des fruits plus ou moins avancés que présente l’échantillon qu il avait sous les yeux. Les véritables fleurs ne sont ni verdâtres ni roussâtres ; elles ont des
pétales d'un beau jaune , et leur calice est étalé,
§ VI. Histoire du fruit dans le D. rugosa. - Les folioles supérieures du calice , ouvertes comme les autres pendant la floraison, se rapprochent peu a
peu après l’émission du pollen, s’appliquent l’une contre l’autre, et recouvrent le jeune fruit; elles croissent avec lui, deviennent ovales d’orbiculaires qu’elles étaient auparavant; elles se creusent; elles prennent ime consis-