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PL. XI II

CALYPTRANTHES AROMATICA.

CALYPTRANTHE AROMATIQUE.

FAMILLE DES MYRTÉES.

C. frutescens j glaberrima y foliis coimatis > magnis , oblongoellipticis ; paniculis terminalibus axillaribusve , geminis.

Portugais. Craveiro cia terra.

Description. Arbrisseau de 8 à g pieds, droit, peu rameux, glabre dans toutes ses parties : rameaux ordinairement clichotomes. Feuilles connëes, longues de 12 à 18 pouces, larges de 4 à 6, oblongues-elliptiques , arrondies à la base, un peu aiguës au sommet, parfaitement entières : nervure moyenne, proéminente endessous : nervures latérales assez nombreuses , parallèles , également proéminentes, et aboutissant toutes à une autre nervure longitudinale qui, à peu de distance de la feuille , en suit les contours , en décrivant de légères sinuosités. Panicules de fleurs axillaires ou terminales , placées deux à deux , longues de 5 à 6 pouces, et pédonculées ; quand ces panicules sont axillaires, elles naissent l’une à droite et l’autre à gauche d’un rameau intermédiaire, et comme cette disposition se répète à l’aisselle de chacune des deux feuilles connées, on voit partir à peu près du même point deux rameaux et quatre panicules. Pédoncule long cl’un à 4 pouces, roussâtre; axe de la panicule continu avec le pédoncule, et, comme lui, aplati et roussâtre : rameaux de la panicule opposés ou alternes , très-ouverts et se portant brusquement en clifférens sens. Fleurs sessiles sur les rameaux de la panicule , solitaires ou réunies en petits paquets de 2 à 6. Boutons blanchâtres, de la grosseur d’une groseille, globuleux-turbinés , terminés par une petite pointe. Calice parfaitement entier, fermé et indivis avant la floraison , se déchirant alors horizontalement au-dessus des étamines , et formant ainsi à sa partie

supérieure un opercule orbiculaire , acuminé , un peu concave , qui se cléjette d’un côté , se renverse et reste adhérent par un point à la partie inférieure du calice comme le couvercle d’une boîte à charnière. Pétales au nombre de deux ou trois , petits , ovales-oblongs, obtus , onguiculés , glabres , verdâtres , marqués de points transpa-

rens, tombant lorsque le calice s’ouvre, ou restant attachés à l’o-

percule. Etamines extrêmement nombreuses , insérées sur le calice au-dessous de l’opercule, et parfaitement glabres : filets grêles , flexueux : anthères petites, arrondies, attachées par le dos, biloculaires, s’ouvrant longitudinalement. Style subulé, glabre. Stigmate terminal obtus. Ovaire court, adhérent au fond du calice, à 3 loges dispermes : ovules attachés dans l’angle interne et ascendans. Je n’ai pas vu le fruit.

Localités. On trouve cette plante dans les bois vierges de la province de Rio-de-Janeiro , particulièrement au bord de la rivière d ’Hytu, près l’habitation de Bemjica ou Joze Gonzalo > située à dix lieues de Rio-de-Janeiro, sur le chemin des Mines, appelé CaminJio cia terra. Les mois de janvier et février sont l’époque de la floraison.

Usages. Jusqu’ici cette plante précieuse avait échappé à l’attention des Brasiliens ; mais j’ai cru devoir la leur indiquer parce qu’elle peut donner lieu par la suite à une branche de commerce fort avantageuse. Sans avoir tout-à-fait la même force que le clou de girofle, les boutons et les fleurs du Calyptrantlies aromatica en ont cependant le goût et l’odeur , et ces qualités se conservent si bien qu’elles se sont à peine altérées dans les échantillons de mon herbier , qui pourtant ont été passés à la vapeur du soufre. Comme assaisonnement et comme remède, les fleurs de la plante que j’indique ici pourraient donc être utilement substituées à l’épicerie des Moluques \ je suis persuadé qu’elles fourniraient une poudre qui ne serait point inférieure à celle que l’on vend sous le nom de poudre de clou de girofle , et il n’est pas douteux , non plus, qu’on n’en obtînt à la distillation une huile essentielle qui ne le céderait guère à celle qu’on

extrait du clou de girofle lui-même. Quand on voudra cultiver le Calyptranthes aromatica , il sera nécessaire de prendre à peu près les mêmes précautions que pour le giroflier. Comme l'espèce du Brésil croît dans les lieux humides, il faudra en semer les graines dans un terrain frais et d’une bonne qualité, procurer à la plante un ombrage artificiel, ou la cultiver sous des arbres élevés , et l’abriter surtout dans son jeune âge.

Observations botaniques. % I. Caractères génériques. — Le genre Calyptranthes se distingue de la manière suivante : Calice adhérent , clos et parfaitement entier avant la floraison , mais qui alors se déchire transversalement au-dessus des étamines pour former un opercule déjeté d’un côté de la fleur comme le couvercle d’une boîte a charnière. Pétales au nombre de 2, à 3 y fort petits , tombant lors du déchirement du calice , ou restant attachés à l’opercule. Etamines nombreuses , insérées sur le calice : filets grêles : anthères petites , arrondies , attachées par le dos , mobiles , tournées vers l’ovaire , à deux loges qui s’ouvrent longitudinalement . Style unique. Stigmate terminal , simple. Ovaire petit, adhérent , triloculaire , a, loges dispermes : ovules ascendans , attachés dans l’angle interne des loges. Baie i-3 -loculaire ( ex auctj.

§ II. Calice. — L’illustre auteur du Généra a demandé (Ann. Mus. vol. XIX , pag. 4^2) si le calice des Calyptranthes ne serait pas formé par la soudure de deux grandes bractées et d’un calice véritable. Comme la substance calicinale est dans ces plantes parfaitement homogène , et qu’on n’y aperçoit aucu ne trace de suture , il me paraît que la question de M. de Jussieu doit être résolue pas la négative. D’autres ont demandé encore si l’opercule ne serait point le résultat de la soudure des pétales entre eux (Pers. Syn. II, pag. 3i) ; mais il est clair que ceux-ci n’ont pu former l’opercule, puisqu’ils existent indépendamment de lui, et qu’il est parfaitement continu avec la partie inférieure du calice. Si l’on veut absolument expliquer par des soudures la forme singulière du calice des Calyptranthes , il serait plus naturel, ce me semble , de l’attribuer à l’union intime des divisions calicinales ; cependant comment se ferait-il , dans ce caslà même, comme dans l’hypothèse d’une soudure de deux bractées avec le calice , comment se ferait-il , dis-je , que le déchirement s’opérât transversalement au lieu de s’opérer en longueur entre les parties soudées , point où la résistance doit nécessairement être moindre ?

§ III. Corolle. Tous les auteurs ont avancé que la corolle n’existait pas dans le Calyptranthes. En examinant sur le frais mes espèces brasiliennes , je me suis convaincu que leurs fleurs étaient pourvues de pétales 5 mais ceux-ci peu-

vent facilement échapper à l’observateur , bien moins à cause de leur petitesse que parce qu’ils tombent , comme je l’ai dit, lors du déchirement du calice , ou restent attachés à l’opercule.

EXPLICATION DE LA FIGURE

i . Fleur grossie : on y voit les deux pétales attachés à l’opercule. — 2. id. sans les étamines pour faire voir le style. — 3. Une étamine. — 4* Coupe de l’ovaire.

JY. B, Les feuilles ont été réduites à moitié.

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