OBSERVATIONS DE
au filet seul, et la cinquième est très courte, arquée en demi-cercle, à filet très dilaté, et à anthère très grosse et fermée. Deux ovaires et deux styles soudés.
Dans toutes les fleurs qui contiennent deux ovaires accolés et soudés, chacun d'eux est réduit à deux loges, la troisième loge étant complètement atrophiée.
Il eut été intéressant d'examiner les autres fleurons des deux hampes que cette plante à développées, car sans nul doute elles auraient offert aussi des anomalies analogues ou peut-être même encore plus bizarres ; malheureusement je n’ai pu me procurer un plus grand nombre de ces fleurs. Les détails qui précèdent suffisent toutefois pour montrer combien ces anomalies, accumulées en si grand nombre sur un même rameau, présentent un caractère remarquable , surtout en ce sens que la symétrie des verticilles était profondément altérée, et que la plus grande perturbation régnait dans le nombre des parties constituantes de ces verticilles.
Je ne sache pas qu'un cas semblable ait encore été observé chez les Monocotylédonées. Poiteau a dessiné un Lis blanc prolifère dans les Annales de la Société d'Horticulture de Paris ; M. Lindley, dans les Transactions de la Société d’Horticulture de Londres (1825), a signalé et figuré une fleur monstrueuse d’'Amaryllis ; enfin, M. Duchartre a décrit des fleurs anormales de Tulipa Gessneriana , dans les Annales des Sciences Naturelles (4° série, tome VIT). Mais, dans ces exemples, on ne peut rien trouver qui ait de l’analogie avec le cas précédent, qui me paraît fournir un document intéressant pour l'histoire de la tératologie végétale.
Il. — CYTISUS ADAMI.
La particularité remarquable que présente le Cytisus adami de produire accidentellement des bourgeons qui offrent tantôt les feuilles et les fleurs du C. laburnum, tantôt celles du C. purpureus, estun fait maintenant bien connu et qui a été signalé à diverses reprises, depuis que ce phénomène du retour partiel d'un hybride à ses parents fut observé pour la première fois en 1841 par M. Eudes-Deslonchamps, et publié dans les mémoires de la Société Linnéenne de Normandie. Mais dans les cas que j'avais observés jusqu'à cejour, ainsi que dans ceux dont j'ai lu les descriptions, tous les organes sortis d'un même bourgeon appartenaient exclusivement soit à l'un, soit à l'autre des deux types; or, un pied de C. adami, qui s’est couvert de fleurs en 1858 dans mon jardin d’Urville- Hague, m'a présenté cette particularité plus curieuse, à savoir : qu'un même bourgeon a donné naissance à la fois à des organes appartenant à deux types différents, et que, si l’on peut s'exprimer ainsi, la séparation de la résultante des deux forces qui ont concouru à la formation de l'hybride, s’est opérée partiellement et sur des points limités et circonscrits. Il ne me paraît donc pas sans intérêt de décrire ces organes, et pour que cette description soit mieux comprise, il est peut-être utile de rappeler ici sommairement quelques uns des caractères différentiels des C. laburnum et C. adami.
Dans le Cytisus laburnum, les jeunes rameaux, les pétioles, la face inférieure des feuilles, les pédicelles et le calice sont garnis d'une pubescence soyeuse argentée très rase et apprimée; dans le C. adami, ces organes sont entièrement glabres, et le calice est rougeûtre, à tube plus
ü OBSERVATIONS DE
long que dans la première espèce. La corolle du C. laburnum est jaune, quatre à cinq fois plus longue que le calice, à étendard plus long que large ou longitudinalement ovale; la corolle du €. adami est d’un rose cuivré, petite, deux foisseulement plus longuegue le calice, à étendard plus large que long ou transversalement ovale. — Voici maintenant les anomalies observées sur cinq grappes de fleurs cueillies sur un même pied de C. adami.
1° Une grappe présente à sa base 9 feuilles, dont 5, à folioles petites et glabres, sont celles du C. adami, dont 3 autres, à folioles plus grandes et pubescentes en-dessous, sont identiques à celles du C. laburnum, et enfin dont la dernière offre dans l’une de ses moitiés longitudinales les caractères du C. laburnum et dans l’autre ceux du C. adami, c’est-à-dire que le pétiole est pubescent d’un côté dans toute sa longueur et quel’une des folioles latérales est grande et pubescente, que de l’autre côté le pétiole est glabre ainsi que la petite foliole latérale correspondante, et que la foliole terminale est mi-parti pubescente, mi-parti glabre, à limbe plus élargi dans sa partie pubescente. Sur l'axe de la grappe, glabre et rougeätre dans tout le reste de son étendue, on remarque une ligne argentée de poils ras et apprimés, occupant environ le quart de la circonférence et s’évanouissant vers les trois quarts de la longueur de cet axe. De #1 fleurons dont se compose la grappe, 33 sont petits et roses , 6 autres sont grands et jaunes, et ces derniers sont exclusivementinséréssur laligne pubescentede l'axe; enfin, 2 autres fleurons , insérés sur les limites de cette ligne, sont mi-parti rose et jaune, et les deux parties de ces fleurons ne diffèrent pas seulement par la couleur, mais encore par leurs dimensions et leurs formes. Ainsi, dans l’un de ces fleurons, le tube du calice est vert et
assez court du côté droit, plus allongé et rougeûtre à gauche ; l'étendard est mi-parti rose et jaune, la partie jaune droite et longue située à droite, l'aile opposée rose et plus courte ; la carène divisée jusqu'à la base en deux pétales libres, le droit jaune et allongé, le gauche rose et plus court ; les étamines sont inégales, les plus longues à anthères jaunes, les plus courtes à anthères rougeûtres; la fleur était donc divisée perpendiculairement en deux parties égales dont la droite appartenait au C. laburnum et la gauche au C. adami. — Dans l'autre fleuron, le calice est obliquement mi-parti vert et rougeûtre, le tube élant plus allongé de ce dernier côté, auquel correspondent une aile courte et rose et un étendard entièrement rose plus large que long ; l'autre aile est longue et jaune ainsi que la.carène ; toutes les étamines sont à anthères jaunes. — Quant au mode de distribution sur l'axe des fleurs de couleurs différentes, les fleurons jaunes occupent les n° suivants dans la série des 41 fleurons à partir de la base de la grappe : 2, 10, 11, 1%, 16, 26, et les fleurons mi-partis rose et jaune, les n°°9 et 22.
2° Une autre grappe est accompagnée de trois feuilles du C. laburnum et d'une feuille de €. adami. La moitié de l'axe de la grappe est pubescent dans toute sa longueur, l'autre moitié est glabre et rougeâtre ; sur cette dernière sont insérées 14 petites fleurs roses, sur la première 13 fleurs jaunes ; les fleurs roses occupentles positions suivantes : 1, 3, 4, 6, 8, 10, 13, 14, 17, 18, 19, 22, 26, 27; les fleurs jaunes, qui sont identiquement celles du C. laburnum, sont les n°° 2, 5,7, 9, 11, 12,15, 16, 20, 21, 23, 24, 25. Le n° 25 est encore en bouton, mais on voit que le tube du calice est plus développé en longueur et rougeâtre dans le tiers de son pourtour, et que de ce côté l'aile est plus courte et rosée de même que la moitié correspondante de la carène.