Id., Rep., X, 611°-612°, — Phædr
regard de Platon, il ne suffit pas que l’âme du monde « se meuve d’elle-mème »; il faut aussi qu'elle soit dans la nécessité de se mouvoir. Car, autrement, elle pourrait cesser d'agir à un moment donné; et le mouvement s'arrêterait dans la nature: ce qui parait impossible. L'éternité du devenir suppose que l’âme du monde se meut à la fois d'elle-même et par essence!. Or c’est de cette âme originelle que procède la nôtre : elle en est comme une étincelle amortie?. Elle doit donc être de même espèce : son essence aussi doit consister à « se mouvoir d'elle-même ». Il y a dans notre pensée un acte qui ne change pas; mais, par delà ce point fixe, se révèle un principe qui devient sans cesse et de soi : c'est ce qui constitue le trait différentiel de toute âme et par là même de celle des hommes.
Notre âme soutient avec le corps des rapports intimes ; elle n'y réside pas « comme un pilote en son navire ». Ce serait une erreur aussi de penser qu'elle est seulement unie à certaines parties de l’organisme, telles que la tête qui contient la pensée, la poitrine qu'habite Le désir spontané du bien, et le ventre où s'agite la plèbe des appétitions sensibles ἡ. Ces organes ne sont que les zones principales où s'exerce son action. ἃ vrai dire, l'âme est répandue avec Les « cercles » dans le corps tout entier : elle sy trouve « clouée », mêlée, « entrelacée »; l’union est totale *. Aussise traduit-elle par uneinfluence profonde du physique sur le mental et du mental sur le physique.
« Le corps est pour l’âme la cause d’une quantité de maux. Par exemple, quand les humeurs des pituites a1-
. PLAT., Phædr., 245°-246*; — Lois, X, 894°-896*.
. Id., Phileb., 295-80“. — V. plus haut, p. 166.
Id., Tim., 44%, 694-708, 70%, 73c-4.
. Id., Phædr., 24604; — Tim., 42°-43*; — Arisr., De an., À, 3, 406°, 25 οἱ sqq.
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gres et salées, et toutes les humeurs amères et bilieuses qui errent par le corps, sont retenues à l’intérieur et mêlent leurs émanations aux mouvements de l'âme, elles lui donnent des maladies de toute sorte, plus ou moins graves et plus ou moins nombreuses. Portées vers les trois séjours de l’âme, quel que soit celui dans lequel elles tombent, elles s’y traduisent sous mille formes diverses, par la tristesse et le chagrin, l’audace et la peur, l'oubli et la stupidité!. » Même en son état normal, le corps est un obstacle perpétuel « à la santé de l’âme », qui consiste dans la possession de la sagesse. Il ἃ des appâts séducteurs et des besoins tyranniques qui la détournent de « l'Étre » pour ne lui laisser en pâture que de vaines et funestes « apparences »; il l’opprime de son poids, l’entrave dans son essor et l’'empèche ainsi de se conquérir elle-même: c’est une caverne « où nous sommes enchainés par les jambes et par le cou? ».
L'âme, de son côté, peut produire dans le corps toute espèce de troubles. « Lorsqu'elle lui est supérieure en énergie, elle y provoque une agitation intérieure qui l'emplit de maladies. Se livre-t-elle avec ardeur à ses études et recherches, elle le consume; s’engage-t-elle dans les discussions et les combats de paroles en public ou en particulier, avec ces luttes et ces controverses, elle l’embrase et le dissout, occasionne des catarrhes et trompe la plupart de ceux qu’on appelle des médecins, en leur donnant le change sur les causes de ces phénomènes ὃ.»
Il peut y avoir une médecine de l'esprit par le corps et une médecine du corps par l'esprit. Et Platon l’a re-