PLar., Phæd
La même conclusion s'impose lorsqu'on regarde aux exigences de l'éthique. Il faut qu'il y ait une sanction dans l'au-delà : car 1l serait étrange que le sage eût défi-
nitivement le dessous dans sa lutte généreuse pour le bien ; ἡ x il serait étrange que la vie se terminât par la consécration Ἷ « de l'iniquité. Le spectacle du mal qui s’accomplit sur la
terre nous pousse invinciblement à croire en un royaume de la justice où s'achève l’ordre moral, cette harmonie suprème des choses !. Il faut aussi qu'il y ait une sanction δ
ᾧ dans l’au-delà, parce qu'autrement la vie humaine devienue drait impossible. La méchanceté ἃ déjà trop d’empire τὴ parmi nous; elle en ἃ tant que les justes eux-mêmes se sen- + | tent parfois ébranlés dans leurs convictions, à la vue de à ses triomphes insolents*. Supposé que l’on n'ait plus à craindre « la justice imévitable des dieux », elle ne peut β qu'augmenter encore son audace et produire à la longue É le plus irrémédiable des désordres. La croyance en l'imὃς. mortalité est comme la clef de voûte de tout édifice μ΄ social ÿ.
Ε: L'éternité même de la nature ne devient intelligible
qu'autant que les âmes sont impérissables. L'idée du « meilleur » veut qu'il se soit produit dès l'origine la plus grande quantité d’âmes possible: et cette quantité est invariable, fixe à jamais : vu que la cause qui l’explique, étant immuable, a toujours la même énergie et par suite la même efficace. En vertu du principe suprême qui préside au façconnement de l'être, le nombre des âmes est essentiellement limité *. Imaginez dès lors que 1. PLatT., Rep., X, 6139; — Theæt., 1765:: — Lois, IV, 715°-716°; XII, 93Quæe.
2. Id. Rep., I, 357-362°; — Lois, X, 899*-900°. | 3. Id., Phæd., 1074; — Lois, X, 885", 887v-c (Platon parle, dans ces deux ‘ passages des Lois, de la croyance en Dieu; mais, pour Platon, sila croyance en Dieu est si nécessaire, c'est qu'elle fonde la foi en une justice éternelle
et inévitable); — Zbid., X, 9054<.
4. Id., Rep., X, 611*. La raison que Platon donne ici de Ja fixité du
tout se dissolve avec l'organisme, leur nombre diminuera de plus en plus à mesure que les individus disparaitront. Un moment se produira où il se trouvera épuisé; et la nature s’endormira pour toujours, comme un autre Endymion. Or cela, c’est impossible. La vie ne s’éteindra jamais dans le monde : ainsi le veut encore « l’idée du Bien »!. Pour expliquer la nature, il faut supposer que de la mort nait son contraire, qui est la vie”; 1] faut supposer que l’âme se retrouve de l’autre côté du détroit.
C’est de toutes parts que l'existence de la vie future se met en vue à l'horizon de notre pensée. Et cette vie n'est pas impersonnelle, comme celle de « l'intelligence poétique » d’Aristote; l’homme y garde son individualité. L'âme ne sort point de l'organisme comme à l’état de mulation, vu que la mort n’est qu'une délivrance; elle s’en dégage tout entière, emportant avec elle ses souvenirs, ses passions et sa force dialectique ὃ, Et l’âme, c’est ce qui constitue notre personnalité; l’âme, c’est nous-même #. On peut observer, 1] est vrai, qu'une telle manière de voir s'accorde mal avec ce principe idéologique d’après lequel les choses sont unes dans la mesure où elles se ressemblent : suivant ce principe, en effet, 1] devrait y avoir un même fond de pensée pour toutes les intelligences, y compris celle de Dieu. Mais, si Platon obéit aux exigences de la logique, 1] ne respecte pas moins celles de la morale; et, dès lors, 1] n'y a rien d’étrange à ce que, en pourvoyant aux secondes, 1l ne pense pas
nombre des âmes, n'est pas celle dont nous nous servons pour étabir ce argument; elle y constituerait un cercle vicieux. Nous prenons du texte l’assertion qu'il contient, non sa preuve.