PLAT., Phileb
les faire servir soit à notre propre malheur soit à celui des autres. Même réduits à leur légitime emploi, ils n'ont pas assez de réalité pour emplir l'âme et s’y traduisent en jouissances incomplètes où se glissent la douleur et l'inquiétude ᾿. Il faut aux « biens humains » un principe qui, par une sorte de réduction à l'harmonie, détermine le meilleur usage que l'on en peut faire; et ce principe est la « sagesse ». Il faut à l’apaisement de notre âme des plaisirs qui n'aient plus rien que de « fini »et par là même de pur; et ces plaisirs d'ordre supérieur, c'est encore la sagesse qui les donne : 115 en sortent tout droit, comme la fleur de sa tige. C'est la sagesse qui construit l'idéal du bonheur; c’est elle aussi qui le réalise; et, en le réalisant, elle y met ce qu'il contient de plus exquis, à savoir ces joies pleines qui jaillissent de ses divines clartés ?.
Il y a donc entre le bonheur et la sagesse une sorte d'identité radicale: du moins, ces deux choses sont-elles naturellement, indissolublement liées. Et là se trouve l’une des idées fondamentales de la philosophie de Platon. Il l’affirme dès le début; 1] s’y confirme avec l’âge et la formule à toute occasion ; 1l achève sa longue carrière en la proclamant plus haut que jamais. « Mon cher Clinias, dit-il dans les Lors, la chose me parait aussi claire que l'existence de l'ile de Crète; et, si j étais législateur, je ne négligerais rien pour forcer les poètes et tous mes concitoyens à tenir le même langage. J'infligerais les châtiments les plus sévères à quiconque oserait dire qu'il y ἃ des méchants qui vivent heureux... Allons plus loin, ὁ les meilleurs des hommes, au nom de Jupiter et d’Apollon. Consultons ces mêmes dieux qui sont vos législateurs... S'ils