ÉRIC
fait égorger son oncle et son cousin après les avoir enivrés l’un et l’autre; 1] s'est débarrassé de son frère, fils légitime de Perdiccas, en le jetant au fond d’un puits. Et le souvenir de ces crimes affreux ne torture point sa conscience ; « il n’en conçoit nul repentir »!. «C’est donc le plus malheureux des Macédoniens » ; il l’est d’autant plus qu'il a fini par perdre jusqu'au sentiment de son propre malheur. En chaque chose, en effet, la raison est le dernier juge, celui que ne peuvent infirmer n1 les suffrages de la foule, ni l’autorité des témoins ni l’éloquence des orateurs?. Or, en la question dont il s’agit, la plus humaine et la plus vitale de toutes, la raison rend toujours dans la même clarté le mème verdict : la justice, c’est l’ordre et par suite le bonheur; l'injustice, c’est le désordre et par suite le malheur.
Quand on a transgressé la justice, le meilleur est d’y rentrer par le châtiment. « Les criminels sont malheureux de toutes manières »; « ils le sont encore davantage », « 51 leurs crimes demeurent impunis »; ils le sont moins, 5115 reçoivent des hommes ou des dieux Ja juste punition de leurs fautesf. « Comment dis-tu? Quoi! un homme que l’on surprend dans quelque forfait, comme celui d’aspirer à la tyrannie, qu'on met ensuite sur la roue, qu’on déchire, auquel on brüle les yeux; qui, après avoir souffert des tourments sans nombre ni mesure soit en sa personne soit en celle de sa femme et de ses enfants, est enfin cloué sur un gibet ou enduit de poix, pour être brülé vif: cet homme sera plus heureux que si, échappant à ces supplices, il devient tyran et passe sa vie entière maitre dans sa ville, libre de faire ce qui lui plaît, envié à la fois et
PLAT., Gorg., 470%-471°, Id., I1bid., 4719-4721, V. plus haut, p. 261.
. PLAT., Gorg., 472.
CO DD »" ἐς πω, de
LE
comblé de félicitations par ses concitoyens et par les étrangers? » — « Il sera plus malheureux, Polus, s’il échappe au châtiment et s'empare de la tyrannie. »
« La justice est belle; et, par suite, 1l faut que l’action d'infiger une juste peine le soit aussi, vu qu’elle tient elle-même de la justice. Mais, si l’action d'infliger une juste peine est belle, l’état du patient qui la subit ne peut pas non plus ne point l'être : le châtiment participe de la beauté”. D'autre part, affirmer que le châtiment participe de la beauté, revient à dire qu’il est bon et du même coup qu'il est utile. Car ces trois choses ne se séparent pas; elles ne font qu'un, et de par l'idée qui préside à l'univers ?. Le châtiment se traduit toujours en nous par quelque profit, aussi longtemps du moins que nous sommes à même de le comprendre ; et ce profit est assez visible de sa nature. En intéressant notre sensibilité au respect du bien, la peine subie provoque dans notre âme un surplus de réflexion et nous rapproche ainsi de l'idéal de l’ordre : le châtiment tend à nous guérir du pire des maux, qui est la méchanceté #.