‹ PlatonChapitre 268 sur 286 · MULLACH, Loc., cit. p · texte numérisé non relu

MULLACH, Loc., cit. p

l'homme « doit se former, non par la dialectique, mais par l'action », comme fait le flütiste ou le cithariste!. Arcésilas peut paraître à son tour; la place est prête.

D'où vient que l'école de Platon n'obtint ni le relief ni l'influence qui lui semblaient réservés ? I] faut en chercher la cause directe dans l’action croissante qu'exerça sur elle le Numérisme des Pythagoriciens. Que pouvait-il sortir de ces considérations à perte de vue sur l’un et le plusieurs, la monade et la dyade, la génération des nombres et l'universelle mathématisation des choses? Que pouvaient produire tant d’abstractions à la fois factices et réalisées? sinon le découragement métaphysique et le doute quil enfante. Jamais peut-être on ne vit scolastique si ardue, si ombreuse, si sujette à caution et si stérile. Il faut dire également que toute école dont le but principal est de conserver une doctrine philosophique, se trouve condamnée du même coup d'abord à l'infériorité, puis à la décadence. On s’y préoccupe moins d'avancer que de se préserver. Dès lors, on cesse de s'orienter librement vers la découverte et l’on ne songe plus à s’aider en toute sympathie des lumières du dehors: ce qui est deux fois contraire à la loi fondamentale du progrès de la pensée et par là même de son maintien. Il faut marcher toujours, non seulement pour arriver, mais pour ne pas mourir.

Toutefois, ces causes ne sont encore que secondaires. Il en est une autre plus profonde, d'une portée plus générale et qui ne dépend pas de l'industrie humaine. Ce qui manqua par-dessus tout à la vieille Académie, c'est Le

1. Dioc., IV, 18 : ἔφασχε δὲ ὁ Πολέμων δεῖν ἐν τοῖς πράγμασι γυμνάζεσθαι χαὶ μὴ ἐν τοῖς διαλεχτιχοῖς θεωρήμασι, χαθάπερ ἁρμονιχόν τι τεχνίον χαταπίοντα χαὶ αὖ μελετήσαντα, ὡς κατὰ μὲν τὴν ἐρώτησιν θαυμάζεσθαι χατὰ 0 τὴν διάθεσιν ἑαντοῖς μάχεσθαι.

don de pénétrer les doctrines, d'en démêler les pensées immortelles et de les pousser plus loin : ce qui lu manqua par-dessus tout, c’est le don même de créer à nouveau. La nature est avare de génie autant que de beauté, peut-être plus encore. Elle suscite à certains moments de grands initiés qui deviennent de grands initiateurs ; puis elle s’arrète dans son heureux effort et sommeille comme épuisée. C'est plus tard seulement, et après avoir réparé ses forces, qu'elle fait lever ses semences et les transforme en fruits de vie. Voilà, me semblet-il, ce qui se produisit après Platon à l'endroit de son école : elle eut des talents remarquables; 1] n’y parut point de ces hommes qui, par la puissance inventive de leur intelligence, propagent sans cesse autour d'eux, avec de nouvelles lumières, un enthousiasme nouveau. Son fondateur une fois mort, le génie ne lui revint plus. En vertu de la même loi, Platon devait prendre un jour sa revanche, et pour toute la suite des siècles. Il fut le principal inspirateur de l’École d'Alexandrie. Le christianisme, dès sa naissance, reconnut dans son système un auxiliaire heureux. Il lui fallait des principes rationnels pour faire la philosophie de ses dogmes et les défendre. C’est dans le Platonisme et dans le Plotinisme issu principalement de Platon, que ses apologistes vinrent les puiser. « Les raisons éternelles des choses », leur immanence au Verbe dont elles sont la splendeur, leur présence « en tout homme qui vient dans ce monde » ; l'interprétation de la Trinité par les hypostases du Bien, de la Pensée et de l’Ame, la preuve idéologique de l’existence de Dieu et celle d’un monde futur par l'insuffisance de la vie; l'inintelligibilité presque absolue de la nature et la vanité des sciences expérimentales; la nécessité d'aimer la vérité jusqu'à l’action pour y croire : autant d'idées ou groupes d'idées que les Pères de l'Église

n'ont cessé de faire valoir depuis saint Justin jusqu’à saint Augustin qui leur donne derechef la puissance et l'éclat du génie‘; autant d'idées ou de groupes d'idées qui sont plus ou moins directement d'inspiration platonicienne. Et, naturellement, je ne note ici que le principal. L'Église a construit son premier essai de théologie sur les doctrines de l'Académus, à la manière dont Constantin élevait des basiliques sur les fondements des temples paiens. Non point qu'elle se soit adaptée au milieu grec, comme on le dit souvent. Cette expression est inexacte, à mon sens. L'Église ne s'adapte pas: c’est un organisme puissant qui, sans perdre jamais son identité, s’assimile, dans sa persistance à travers les siècles, les éléments de vérité qu'ils contiennent.

A partir de saint Augustin jusqu'au treizième siècle, l'influence de Platon fut encore dominante dans la chrétienté. On ne connaissait, 1] est vrai, qu'une partie de ses dialogues !; mais on cultivait la patrologie, les œuvres de l'évêque d’Hippone surtout, qui étaient pleines de sa pensée. Saint Anselme et saint Bonaventure sont encore de la famille de Platon. Ensuite se produisit un changement brusque dans le mouvement des idées. On prit Aristote aux Arabes pour en faire une arme contre leur philosophie, plus redoutable encore que leur cimeterre; et le disciple conquit assez rapidement dans les esprits la place prépondérante que le maître y avait jusqu alors occupée : ce fut l'œuvre à la fois ingénieuse et puissante de saint Thomas d'Aquin. Le Stagirite, diversement entendu, domina dès lors le monde catholique, comme le monde musulman : son hégémonie fut universelle, bien que toujours plus ou moins combattue.

Le Platonisme devait renaître avec Descartes et de-

1 ABBÉ J, MARTIN, L'Apologétique traditionnelle, 1° part., Paris, 1905.

+ ni + “ «A ἢ he ἰὰ al ΟΥ̓ £a CE à , ν. Al 47" 27

venir comme’ âme du xvir siècle tout entier. On le retrouve en Allemagne dans la philosophie de Hegel et de Fichte, > plus encore dans celle de Schelling, qui lui ressemble par tant de points. Il entre toujours pour quelque chose dans tous les grands mouvements de la pensée humaine : c’est l'éternel revenant. |

à 1. L'influence du Platonisme sera signalée d'une manière plus explicite par d’autres œuvres de la collection. On ἃ déjà, sur cette matière, le Saint Augustin de M. l'abbé J. Martin, qui ἃ paru dans notre galerie en 1901 / (Alcan, Paris).

RE ΚΝ pr: LL à fi χω 2 4 D TL ΟἿΣ. τ ἀῶ | ANA A ei OL AE) ES τῷ foi Pas RCE A D 5 Po g τ

Page 1