‹ Platon [microform]Chapitre 184 sur 287 · Id., Gorg., 525€; — Phæd.. 113°; — Rep., X · texte numérisé non relu

Id., Gorg., 525€; — Phæd.. 113°; — Rep., X

Quant aux âmes qui peuvent encore guérir de leurs vices, elles s’en vont vers les groupes des trépassés qui ont eu le même genre de vie et commis les mêmes fautes ou les mêmes crimes : celles des politiques s'unissent aux politiques, celles des devins aux devins et celles des débauchés à ceux que séduisaient jadis les plaisirs de « la Vénus terrestre ». Mais leur épreuve n’est que temporaire. Au bout d’un certain stage dont la longueur est encore fixée par « l’idée du meilleur » partout dominatrice, elles peuvent s’incarner derechef!; et cette permission d'un sage destin suffit à provoquer leur exode. Emportées par le désir d’habiter un corps, elles choisissent alors le mode de vie qui s'adapte le mieux à leurs dispositions ?.

Ainsi, rien ne se fait par violence, même dans le séjour de la justice éternelle, sinon peut-être la détermination du temps qu’il y faut passer. On a vu que, d'après Platon, la connaissance se fonde sur l’union du semblable au semblable. Cette loi gouverne également le monde des volontés : ce qui rend sur la terre les âmes bonnes ou mauvaises, ce qui marque leur place dans l’Hadès, ce qui provoque leur retour à la vie, c'est une sorte de sympathie du même pour le même : en recherchant ce qui leur est pareil, elles se créent de leur propre élan toute leur destinée.

Mais alors à quoi se réduisent les châtiments de l’Audelà? Ya-t-il donc de la souffrance dans la sympathie? Oui, réplique Platon, lorsqu'elle va versle mal, et dans la

1. PLAT., Gorg., 525°-526°; — Phæd., 1149b; — Rep., X,614°-615°; — Phædr., 2492b: — Theæt., 177". — Evidemment, Platon, dans les passages d'ordre mythique que l’on vient de citer, introduit bien des variantes ; mais son idée de fond demeure toujours : xaxoi χαχοῖς συνόντες. Du moins, vat-elle se dégageant de plus en plus. |

2. Id., Phæd., 81-82? ; — Rep., X, 617°-618°; — Phædr., 2495; — Lois, X,904°;— Tim., 4205,

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mesure où elle y va. « Il existe deux modèles dans la nature, ὁ mon ami: l’un divin et bienheureux, l’autre sans Dieu et misérable. » La récompense du juste consiste à se rapprocher du premier; et la peine du méchant à se rapprocher du second. Car, à mesure qu'on s'élève vers le divin, on ἃ plus d’être dans l'harmonie et par là même de félicité; à mesure, au contraire, que l'on s'en éloigne, on descend par sa propre dégradation vers l'abime du malheur. Et moins on y réfléchit, moins on le sait, plus on est à plaindre ; le comble du châtiment est de n’en avoir aucune conscience.

Assurément, grande est cette conception de la nature des sanctions morales; et le sens qu'elles ont ne le paraît pas moins. Elles ne contiennent rien de vindicatif ou d’expiatoire. Bien qu'établies sur le passé, elles ne regardent que l'avenir; leur unique but est de guérir, en évoquant la réflexion chez le patient ou les témoins de sa souffrance : elles ne sont qu’un sursum vers le meilleur. « Quiconque subit une peine raisonnable y trouve naturellement quelque profit moral, ou bien 1] sert d'exemple aux autres, que la vue de son supplice effraie et rend meilleurs. » Et ce dernier cas est celui des criminels 1incurables : « Le châtiment qu'ils endurent ne leur est d’au-

cune utilité, puisqu'ils sont incapables de guérison; mais

il est utile à ceux qui le voient » ou le connaissent de quel-

que autre manière*. L'enfer lui-même, dans ce qu'il a de plus terrible et de plus irrévocable, ne peut porter contre les crimes déjà commis; « car ce qui est fait est fait »*. Sa cause finale réside tout entière dans la conservation morale et l'amélioration du genre humain.

{. PLaT., Theæt., 176°-177*; — Lois, V, 728#c; X, 904°-905°; — Tim., 90a-c,

2. Id., Gorg., 478-479", 504, 52524; — Rep., 1, 337°; IX, 591";

Lois, V, 7304; IX, 854de; 8624; XI, 9845». — Crili., 1065. 3. 1d., Lois, XI, 934%+,

Les Âmes, au cours de l'éternité, subissent en leur vie terrestre des alternatives de grandeur et décadence.

Le monde, à l’origine, sortit des mains du Démiurge tout rayonnant de science et de justice, de grâce et de bonheur. Mais cette perfection des premiers âges ne pouvait durer à l'infini. La cause en est « dans le principe matériel, enfant de la primitive nature », et qui était plein de confusion avant de recevoir l'empreinte de l'intelligible. Peu à peu le désordre réapparut; il grandit avec 16 temps ; et, sur la fin, il acquit de telles proportions qu’il n’y eut plus sur la terre que « très peu de bien mélé à beaucoup de mal ». Alors, le grand architecte intervint derechef et, rajustant son œuvre, « l'affranchit de la vieillesse et de la mort »'. Voilà ce qui semble avoir eu lieu. Et ce qui s’est déjà produit, se reproduira sans doute dans la suite infinie des siècles ; car la matière, qui en est la cause, gardera toujours sa tendance native à « s’abimer dans la dissemblance » *. La nature est soumise, avec tout ce qu'elle enferme de vivant, à la loi de la veille et du sommeil. Et, quand elle s’est endormie au point que l'idée du meilleur cesse d'y dominer, Dieu par un travail intérieur y ramène l’ordre et lui rend sa jeunesse. La prédominance du bien ne se maintient dans le monde que par une série de rédemp-

tions.

Telle est la théorie platonicienne de la vie future. Elle

complète les vues de Socrate ”; elle les précise et les affer-

1. Par. Polit., 273... — Lois, AV, 713°-714. — Cf. Phileb., 16°, et plus haut, p. 52-55.

9. PLar., Politl., 273%; — Cf. Theæt., 176G3-b. Le Timnée aussi nous donne la même idée de la matière, sur laquelle Platon fonde ici la nécessité où se trouve le Démiurge de donner par intervalles une impulsion nouvelle au balancier de son horloge.

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