‹ Platon [microform]Chapitre 226 sur 287 · Id., Lois, VI · texte numérisé non relu

Id., Lois, VI

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murailles de la ville, le plus sage est de suivre l'exemple de Sparte, de « les laisser dormir couchées en terre et de ne point les relever ». « Une enceinte de murailles est chose fort nuisible à la santé des habitants », plus nuisible encore à leur courage; elle leur donne une certaine habitude « de chercher leur salut, non dans l'énergie qui veille nuit et jour, mais derrière des remparts et des portes où l’on croit pouvoir s’abandonner sans crainte au sommeil ! ».

« La division que nous venons de faire de la cité et de son territoire, ces habitations placées les unes vers le milieu, les autres vers les extrémités, tout cela passera peut-être pour un songe : on dira que nous pétrissons la ville et les citoyens comme un morceau de cire. Et ces réflexions ne sont pas dépourvues de sens. » Mais il convient aussi de se rappeler que le législateur est une sorte d'artiste qui a le droit « de suivre son idée jusqu au bout », d'y réunir tout ce qu’elle comporte « de plus beau et de plus vrai », sauf à voir ensuite dans quelle mesure elle peut s'adapter aux conditions de la vie. Son œuvre n'est qu'une limite dont il faut se rapprocher toujours, mais que l’on n’atteint jamais *.

A l'égard des personnes, la première tâche qui s'impose est d’épurer la population. Il y a des individus qui ne se laissent réduire à l’ordre ni par les conseils n1 par la contrainte, dont leur nature dépravée fait des êtres radicalement insociables. Ceux-là, il faut d’abord les découvrir, puis en délivrer l’État; ils ne peuvent qu'y propager à l’indéfini le trouble, l'inquiétude et la discorde. Mais 1} est humain de ne leur faire du mal que dans la mesure

1. PLarT., Lois, VI, 778%-779*, Aristote critique son maître d’avoir cru qu'il

ne faut pas fortifier la capitale (Polit., VII, 11, 1330», 32 et sqq.). 2. PLAT. Lois, V, 745°-746%.

du nécessaire et de procéder par degrés à leur endroit. La cure la plus douce est de les congédier avec bienveillance, « sous le prétexte honnête de fonder ailleurs une colonie ». Ensuite, on a recours à l'exil violent, et enfin à la mort, quand il le faut. Le mal quil convient de combattre avec cette énergie, peut d’ailleurs se produire au cours de la vie sociale, quelque soin qu'on prenne de l'éviter. Et toutes les fois qu'il se manifeste, le bien public exige que l'on y remédie de la même façon; c'est « une plaie de l'État » qui en vient avec le temps à le gangrener

entièrement !.

L'épuration faite, il faut organiser les éléments qui demeurent: et Platon exprime à ce sujet deux manières de voir assez différentes, mais qui s'expliquent l’une et l'autre par le système politique dont elles dépendent. | |

D’après la République, on discerne dans l'Etat trois besoins dominants : il faut qu’il se gouverne, qu'il se protège soit contre les ennemis du dehors soit contre ceux du dedans, et qu’il pourvoie à sa subsistance quotidienne *. À ces besoins correspondent trois classes sociales : celle des chefs ou archontes 3, celle des guerriers : celle des Jaboureurs et des artisans®. Il en va donc de l'État comme de l'âme humaine, qui contient aussi trois fonctions prin-

1. PLar., Politic., 808-809"; — Lois, V, 735b+e, — Dans le Polilique, Platon ne parle que de peines graves, d’exil et de mort. C'est dans les Lois qu'il introduit la gradation de contraintes dont on parle ici. Il s'est adouci en vieillissant et semble se rapprocher de nos idées actuelles sur la pénalité. — Cf. Rep., II, 372.

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