‹ Pleureuses; poésiesChapitre 11 sur 67 · TRÈS VIEUX RÊVES · texte numérisé non relu

TRÈS VIEUX RÊVES

Vivre de joio^

Laissons Tàpre reflux monter de toutes parts, r^aissons Porage et les cités, — laissons la terre, Laissons les pays forts au vol traînant des chars.

Quittons les palais d'or et les tombes de marbre,

Allons dans le pays mélancolique et bleu

Où les grands luths d'airain sont suspendus aux arbres.

Là, nous verrons des cieux paisibles et des lacs, Des collines avec de grands lis aux fleurs droites, L'eau grise où descend l'ombre immobile des bacs.

Nous verrons des dieux forts et des déesses nues Troubler dans les bosquets sombres des grands lauriers Le sommeil nuptial des forêts inconnues.

Dans ce pays divin pâle comme le ciel, Nous verrons s'attendrir le soleil pacifique Que nous voulions jeter dans l'azur du réel.

Quand nous aurons marché trèslongtemps sur ces grèves Près de l'océan calme et des horizons bleus, Nous n'aurons pas cessé de regarder nos rôves.

Dans l'extase, l'amour et le recueillement, Dans la conception d'un idéal unique, Nos âmes se seront jointes exactement.

Page 1