DEPART
Le soleil pâle a lui sur les bois monotones, Notre azur charitable est doucement parti ; Le frisson des adieux a déjà retenti, Elle a l'espace d'or entre ses mains mignonnes. Et j'attendrai longtemps, au dimanche du soir, L'éveil religieux de son pas qui s'ignore ; Je ne l'oublierai pas, la dame que j'adore, Avec ses yeux si doux et son grand chapeau noir. Et je pense au pays éloigné de cent lieues, Au bal tourbillonnant, puis au petit jardin
Où nous avons aimé Tamour ou des fleurs bleues; Aux richesses du cœur où se perd Aladin, Aux grands oiseaux avec des astres sur leurs queues, Puis aux douces enfants qui vous aiment soudain.
L'OBEISSANTE
Viens avec tes petits pieds
0 ma reine d'obéissance, Docile aux heures d'alentour, Ton âme est comme le silence Et ta robe est comme le jour.
Dans le vague où tu t'étioles Ta tète est douce sur ton cou.
Ton âme est l'accueil des paroles, Ta grâce est le pardon de tout...
Fantôme de pauvre lumière Auprès du vitrail attristé, Tes épaules sont la prière, Tes mains sont la simplicité.
Et lorsque la fenêtre blême Laisse entrer le soir soucieux, Tu n'es que la bonté qui m'aime Et que Tétoile de tes yeux !...
Un soir aux visions pieuses, Mon âme entrant dans un baiser. Entre tes lèvres paresseuses Je parlerai pour m'amuser...
Je serai ta main qui se donne, Tes épaules et ton front clair.
Je serai la voix qui chantonne La chanson pure de ta chair.
LOBÉISSANTE
De tout mon amour qui flamboie Emerveillant TcBil qui s'endorl, Je verrai mon regard de joie Couronné par tes cheveux d'or.
Ou bien, par un soir en détresse iMorne, penché vers ton émoi, Dans tes paupières de caresse J'aurai le vertige de moi.
Et quand, au couchant écarlate, Nous frémirons d'un seul frisson, Un jour, ta bouche délicate Dira doucement ma chanson.
Dans le soir comme en une église Tu rêveras le long passé, Tu rêveras la chambre grise El ce que le jour a laissé...
Alors dans l'angoisse sacrée, Ombre captive au«soupirail, Sur la vitre décolorée, Tu mettras ton front sans travail
Quand toute âme se dissimule, Quand tout meurt à la mi-clarté, Lorsque Timmense crépuscule T'habille avec sa pauvreté...
Puis levant ta tête indécise, L'œil morne, au grand vitrail amer, Tu rêveras la paix exquise, Et l'immensité de la mer !
Ta voix sera lente et peureuse Des vieux jours que rien ne défend, Alors tu seras malheureuse, 0 ma princesse, ô mon enfant.
Je sens trembler un peu la douceur de la vie.
Tu viendras dans mon âme avec un grand air triste, J'entends des voix chanter dans la longueur des jours, j'entends des chants lassés qui finissent toujours, Et le ciel s'assombrit comme un cœur qui s'attriste.
11 nous faudra longtemps, purs et silencieux, Nous qui sommes venus les derniers dans les choses, Deviner la détresse au fond des âmes closes, Et voir la solitude au fond de tous les yeux.
Hélas, sans le vouloir, dans mon mal solitaire , Je conduirai celui qui m'a donné la main, Et j'ai peur en voyant Tangoisse du chemin Où je dois m'en aller avec mon petit frère.
Que puis-jete donner, petit prince aux yeux doux, Que puis-je le donner pour la marche sans trêve, Sinon un peu d'orgueil entrevu dans un rêve Et ce bonheur lassé qui pleure au fond de nous !
Oh ! ne ferai-je pas mourir ta gentillesse En te montrant la vie et son décor très noir, Et les pauvres malheurs qui font l'adieu du soir, El toute la grandeur et toute la tristesse !