‹ Pleureuses; poésiesChapitre 36 sur 67 · LA CONSOLATRICE QUI NE SAVAIT PAS · texte numérisé non relu

LA CONSOLATRICE QUI NE SAVAIT PAS

Vous avez guéri ma souffrance Sans savoir ce qu'elle pleurait.

L'amitié de votre présence A tant caressé mon secret!

Impassible, et pourtant si tendre, Vous parfumiez la vérité, M'offrant tout l'espoir sans m'entendre^ Comme une fleur de charité.

Mon mal, rien n'a pu vous le dire Mais vos yeux étaient réchauffants, Et malgré vous votre sourire Me donnait son baiser d'enfant.

Sur votre seuil plein de corolles, Le soir je suis resté parfois, Abandonné par vos paroles, Mais secouru par votre voix !

Oh! quel destin sacré te pousse, Petit ange qui m'est venu, Toi dont la douceur est si douce Qu'elle console l'Inconnu!

Toi qui passas, penchée à peine Près du pauvre, près du pécheur.

Et qui te mêlas à ma peine En 2;ardant toute ta blancheur.

Un peu de pitié s'apitoie.

Voici que ta pensée exquise S'est fermée à mes doigts amis, Et que ton sommeil éternise Le sourire où tu t'endormis.

Voici que la lampe agonise.

Que le rêve entre au salon vieux Et que la fatigue indécise Vient doucement fermer mes yeux.

Elle dort, la tête posée

Sur le sombre fauteuil profond,

Et la fatigue est la rosée

Qui pleure la paix sur mon front.

Les hommes passent sur la route, Et moi, très las et les yeux clos.

Je suis la douceur et j'écoute.

Toutes les voix sont mes sanglots.

0 nuit qui fait que toute flamme Attend avec un tremblement, 0 foyer tiède, comme une âme Qui se rapproche lentement.

Ouvre la veille sans secousse, Paix d'azur qui viens m'effleurer...

La fatigue devient très douce, Le vent s'arrête pour pleurer.

Ma lampe est ma sœur de lumière, La sœur des instants confondus, Et je vois son àme en prière A travers mes regards perdus.

Elle est la sœur d'anciennes fêtes A demi mortes dans mes yeux, L'auréole de chères têtes Au fond d'uQ bal mystérieux.

Maintenant, puisqu'elle se voile, On sent la nuit, sanglot profond, Et furtivement, les étoiles Aux fenêtres du vieux salon.

Et c'est le matin de décembre Brouillé dans l'âme des danseurs...

Le feu doit mourir dans la chambre, Mes mains ont froid pour tous les cœurs.

El lout près, ma lampe, il me semble.

S'ébauche avec timidité, Et c'est une étoile qui tremble Avec son cœur de charité!...

Chastes souvenirs sans demeure Vous entrez au foyer d'hiver, Vous sanglotez comme cette heure.

Vous ne dites rien, comme hier.

Vous venez, vagues, sur la terre.

Vous venez au calme moment, Lorsque le grand soir de misère Est sur la route infiniment.

Ma lampe, c'est ma sœur d'opale, L'ange qui veille au soir si court, Lorsque, dressé sur le ciel pâle, Le grand vitrage attend le jour.

Pauvre âme, rêve ton long rêve, Tu ne sais rien lorsqu'il est là.

Et lorsque le matin se lève, Il est pauvre de tout cela.

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