‹ Pleureuses; poésiesChapitre 6 sur 67 · I.e passé qui passe · texte numérisé non relu

I.e passé qui passe

Je ne reverrai plus les aveux incertains

Qui passaient autrefois sur tes lèvres peureuses,

Ton sourire d'enfant, ni ces objets lointains

Que nous avons touchés avec nos mains heureuses.

Peu à peu j'avais fait un beau rêve de toi, Mon âme le suivait avec mansuétude Et sans lever les yeux pour le voir devant soi, Elle a continué la paisible habitude,

Je marche longtemps seul où je fus avec toi, Je viens au rendez- vous comme un ami docile, Et je te vois passer doucement devant moi Pleine d'éloignement et de clarté tranquille.

Ne reviens pas, môme un iaslaot, môme tout bas. Le paradis des souvenirs mourrait de joie. Laisse-nous tous les deux dormir ! ne reviens pas Avec tes petits pieds et ta robe de soie.

PENDAxNT LA PRIERE

Je voudrais retrouver mes douleurs d'autrefois.

Je les laissai partir mais je les connais toutes, ► Pauvres âmes sans pain qui marchent sur les routes I Et qui pleurent d'extase au pied des grandes croix.

... L'enfant pliant son dos qui semble allourdi d'ailes, Enfantinement peint sur le mur des rayons, L'ange en forme de gerbe et de donation. Et qui tient la douceur dans ses doigts parallèles...

Le temple ténébreux, le temple illuminé Ouvrait sur ma douleur ses voûtes toutes grandes, Hélas! je suis venu pour que tu me le rendes, Le pauvre apaisement que je t'avais donné.

Los malheurs sont des saints qui sourient dans leurs geôles Souvent quand ils traînaient leur longue passion, Qu'ils ont dû, bousculés par la tentation, Dompter leurs cous humains et leurs frêles épaules!

Et pourtant, la douleur abandonne la chair; La richesse des pleurs laisse Tâme assouvie. Quand nous nous revoyons en rêve dans la vie Nous ne savons plus bien que nous avons souffert.

La rue était déserte au bas des cieux livides; Après les nuits d'orgueil et de bonheur hautain, En revenant à moi dans le froid du matin Je me suis retrouvé plaintif et les mains vides.

PENDANT LA PllIÈRE 20

On ira dans mon rêve ardent qui resplendit Cueillir nos beaux sanglots comme des grappes mûres : Leur espérance ira parler dans nos murmures, Ils ne comprendront pas ce que je l'aurai dit.

lis ne comprendront pas les longs secrets de phrases Où quelque souvenir s'éveillait à demi, Notre grâce, et l'espoir, ce grand mystère ami, Nous menant sans le voir, au chemin des extases.

Puis nos yeux s'éteindront sur le rêve éternel, Puis plus rien que les fleurs que nous avons cueillies Penchant leurs chagrins morts sur leurs tiges vieillies, Et notre église ouverte aux regards bleus du ciel.

Je le voyais passer, sainte, silencieuse. J'ai vu passer la brève et fuyante clarté; Oh! je voudrais toucher avec timidité Tes lèvres de silence et ta robe pieuse...

Puis tous les souvenirs dans un large frisson Se relevaient, ainsi qu'uae foule bénie... Une nuit j'écoutais la lointaine harmonie Tandis que je veillais tout seul dans ma maison

Un homme lentement montait Tescalier sombre, J'entendais la tristesse égale de ses pas, Puis il s'est arrêté comme s'il était las... Oh je veux enfouir mes rêves dans ton ombre I

Elles sont mortes, ses amies, Ses amis sont là-bas, là-bas...

Elle s'avance à petits pas Parmi des choses endormies.

Son âme se plaint doucement, Dans les sous-bois, près des fontaines, Elle voit des formes lointaines Qui vont, pleines d'apitoiement.

Devant sa pauvre âme tremblante Tous les souvenirs sont passés, Le soir, avec ienrs dos lassés.

Et leur démarche nofiohalan'te.

Dans son calme fauteuil de bois, Je vois sa taille qui se penche, Puis je vois sa figure blanche Qui sourit parmi les sous-bois.

Ses pieds mignons foulent les mousses, Les oiseaux ont de petits cris, Et ses amours et ses yeux gris Sont de vieilles histoires douces.

On eût dit qu'elle allait parler, Ses lèvres chuchotaient entre elles.

Et l'on voyait dans ses mains frêles L'habitude de consoler.

Mélancolique et matinale, Quand je regarde, je la vois.

Très vieille avec sa vieille voix, Dans les feuilles de soleil pâle.

ELLES SONT MORTES... o3

Et ce n-est plus 4€ beausoleil ;

C'est le soir, dans \e salon tiède :

Le feu, la lampe... On cause, on cède '

Aux baisers aimants du sommeil.

Au foyer une flamme rampe.

Et dans le salon qui s^endort, Quelques amis qu'éclaire encor La lueur faible de la lampe...

Puis, il te faudra les quitter.

Le jour souffre et revit encore :

Mais toi, la blancheur de l'aurore Ne te fera plus grelotter.

La mort viendra sans te le dire Toucher tes lèvres sans couleur, Où la joie, et puis la douleur Sont^norles dans un lent sourire ;

Puis ton cœur, maison du bon Dieu, Où tant d'amis étaient ensemble — Et leurs fronts dans la nuit qui tremble Se diront vaguement adieu —

Tes yeux, où les jours sans secousse Ont mis de la tranquillité, Et tes épaules de beauté Que la fatigue a faites douces.

La très vieille dame était morle.

Alors je suis venu vers toi, Un jour qu'il faisait triste et froid Et qu'il pleuvait devant ta porte.

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