A LA MÉMOIRE D'ALBERT CASTELNAU
Ancien Député de riléraait et l'on des 303 '
Albert Castelnau est mort à Paris le G octobre 1877 y à la Tcille de la rrsurrcction et arant cV avoir touché de nouxcnit à la terre promise et définitixement conquise cette lois (crst du moins notre esjwir el notre zf/ni). Il n avait que cinquante-quatre ans; il était né à Montpellier le 2'} septembre iH2o^ d'une des familles les plies considérables et les plus recommandables de cette bourgeoisie protestante of( Vaposlolat et le martyre sont de tradition depuis la ré- 'rocation de ledit de Nantes^ et oit V honneur^ la probité et le travail sont axissi un héritage
\. AlhrTl Crmlf'In.iii avait arcr-jili'' l,i (h'-dicacp t\i' ce \(»!iimc. Nmis n'aMon-» «'u «l'abord <raiiliT iicUM'-r-, on la lui oiTiaiil, (nn- d'ariiiiiiliT iinf «Irltp li'aiiiilK* f'I (If rfi-(iiiiiai>isaiir(' cm ers nliii à ipii imn-s ntMH plai'«niis cnron" aiijoiinriiiii à rrruln- un tel Ikmiiiiki^'i'. Il nous avait mis, riii\('r (Ir-niii-r, la |»IiMm' a la ma ii. Niuiv, lui ^\^'- M'ins airiM (l"a\oir jui f-r-rir»', «laiis la IlrjiiihHfiur ilu Mnh , iiin' si'rir" flarlirlcs c|iii sont ciitn'-s pour la plupart dans cv \oliimc. ^'oll^ lui «avions pn* (\o nous a\oir yy^*'- <li;:nf tli- l'-iiir rmiploi t\r rnli'|iip «iann «on journal. Mais koii oxorshiv<' (iclicalcssc aurait •.'(•m'-, ilt; son rivant, l'expression de lï-lopc sous notre plume en tfte «le <•<■ prtil
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jjour ainsi dire patronymique et un hUison.
Des traits recelés de son enfance montrent de bonne heure Albert Castelnau pratiquant déjà, d.'une fanon inconsciente , ces principes de son compatriote Auguste Cornte^ qu'il adoptera plus tard a/cec la conviction raisonnée d'un philosophe, et où sont contenus tant de germes de solidarité humaine, — seuls principes, pctU-être, qui représentent, en ce temps de religions ébranlées et croulantes^ le trai culte et Vunique religion de Vavenir^ — le culte et la religion de Vhuiaanité. Le futur auteur de Vapostrophe Aux richcri, ch/ileiLT eux plaidoyer où il rexendiquait hautement, en iHiH^ les droits des classes laborieuses et assujetties, s'était ma/ni" festédès Vàge le jdus tendre. Albert Castelnau, tout enfant, donnait aux pauvres ses xêtements neufs, à l'insu de sa vénérable mère\ éto?i-, née de voir son fils user si vite tant de vête-
livre . nous n'aiinorM pu parlci- «l-; lui on toijlf- lib'-rt''; ^ous sos \cijx. L'rif rata*îlroj»h'! \n<:\u-).\.\\v<-i: ri'>us a fiiailifur:u-.frfi'-nt rflcv/;, a r»-t ('■p'ar-i, fJf; loutf; faii*-<; lif»rito. kWa-vS. Ca-:l»jlnau oX rriorl avant la publication Ac <ft volume- aiiqur-l il applaudi--ait davanff;. Nous n'avoni plus aujourd'hui a rftlf-nir nos «»r;ntiirunts oi nos rc^^rfi-. On ne doit aux rnoiti fjuf la vont*'- ; cVil prr-./juf; un «joula^'f-monl pour nous dr; pouNuir «.'iqui-i'T ici n: portrait d'un ami qui a lar-i'': un si ^'rand \idf autour d»; lui <;t dc-j rarincs si profond'.-s dan-» If cœur de tou-» iitnx qui l'ont conriu,
1. Enron: aujourd hui vivante et bi cruellement frapp<-c par de» coup* réitéré».
A LA MKMOmi-: IVALBEUT CASTELNAU vu
ments. JS^ctait-ce pas, dès ce temps-là, le même homme qui partageait tout plus tard avec ses compagnons de chaîne (la chaîne n'est pas ici une expression figurée), lorsque le coup d'État le jeta moribond sur cette terre décorante d'Afriqtce, oie il ne fut arraché à la mort que par Vindicihle dévotiement d'un frère ^ ?
Nature fine et des 2)lus distinguées; cœur et esprit d'élite; âme indomptable et résignée sous Venveloppe la plus douce et dans un corps de tout temps frêle et délicat; opposant aux persécutions une inébranlable fermeté de caractère ; convaincu et patie7it, — tm vrai saint moderne portant sa conviction et sa foi dans des aspiratio7is futures et terrestres ; exempt d'ailleurs de préventions et de préjugés ; sans exclusivisme à l'égard des grands esprits ou des talents qui n'étaient pas de son bord; sachant très-bien distinguer^ avec un discernement impartial et équitable, entre les personnes et les choses; mêlant la poinie de scepticisine nécessaire à toute croyance^ pour la rendre rationnelle et plus forte; — se complaisant même parfois en des paradoxes qui accusaient des luttes intérieures et Vhabitude de discuter le pour et le contre de
1. M. Eugène Castclnau, artiste peintre et conseiller municipal de MoiltpcUier.
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ses opinions et de ses résoUttions : — tel notes apparaU Albert Castelnmt dans sa physionomie morale, au lendemain de sa mort. Il était essentiellement homme de j^^nsée, hie^i qu'il ait su être aussi homme de cœur et d'action aux heures décisives.
Dans ses beaux et bons jours, à certains moments d^ abandon et de gaité, quand cela le prenait, ses yeux clignotants, qu'il axait extraordinairement petits, s éclairaient subitement de causticité et de malice : il avait alors de ces traits perçants et incisifs , oie il montrait son esprit d'observation à nu, avec un remarqxiable talent d'imitation qui était presque de la haute comédie, et qu'on n'aurait pas soujyconné sous cette attitude pensive et recueillie. C'était comme un débordement d'ironie qui contrastait avec sa naticre grave et cette physionomie sérieuse, em~ preinte d'un caractère d'austérité et d'ascétisme que la souffrance accentuait déplus en plus dans les derniers temps de sa vie, et qui est le signe de race des hommes dévoués a une foi profonde. — Nous avons dit quels étaient son culte et sa foi ' .
1. La lievue politique et littéraire a doniu'î ro porlrait do lui {dans lo n» du 13 octobre 1877) : — on ne pouvait mieux lo connalire et le dépeindre : « Esprit fin, nature [irofondémcnt
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Cet air réservé et modeste^ qui complétait cette mture d'apôtre et de martyr dic devoir et qu'il portait partout, — mê77ie quand il bravait, le 9 août 1810, les baïonnettes de Baragicey-d' IliU liers autour du Palais- Bourbon , — avait plus d'une fois donné le change sur les qualités distinctives de son esprit : d'aucuns de ses collègues [parmi ses voisins de la gauche) ne se doutaient pas à la Chambre qu'ils avaient affaire en ce démocrate à un érudit de p7*emière main, capable de tenir tête à l'helléniste le plus lettré* Nous l'avons entendu un soir causant sur les
sincère, artiste par ses goûts, érudit par ses (Hudcs, aimable et doux dans la vie privée, il portait i)arfois dans U-s discussiiuis politiques une vivacité qui a pu tromper sur son virital)lo caractère ceux qui l'ont pou connu. Nous demanderons aux hommes qui pèsent leurs idées et leurs paroles : « Serioz-vous aussi maîtres de votre pensée, aussi maîtres de votre lanp;i«:e. si vous aviez été brusquement arrachés à voti'o famille, juj;és j)ar une commission mixte, déj»orté3 en Afrique; si |)lus lard, et pendant des années, vous aviez dû promener une santé chancelante d'auberge en auberge; s'il vous avait fallu vivre partout, excepté chez vous, en Espagne, en Angleterre, en Italie, rôdant autour de la patrie comme un malfaiteur (pi'on tra([ue!... >> — Telle :i été poui'lant la vie du proscrit sous l'empire, et celle d'Albert Casldnau en particulier. Mais on n'a pu indicjuer ici que les grandes lignes. Le secrétaire fidèle et dévoué d'Albert Casteinau, M. Edouard Duiranc, nous a dit plus au long, dans un travail biographii|ue plein de détails intimes, toutes les tortures et les humiliations (ju'eul à subir son ami à celte époque néfaste. Ab uno disce oiiines ! (La biographie d'Albert Casteinau par M. Edouard Durranc, publiée d'abord dans la République du Midi, a été ensuite recueillie en brochure à Montpellier, chez Goulet.)
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matières les plus ardues de littérature (jrecque, — cette science à laquelle tous les esprits d^ élite et de loisir s^idoiuient de nos jours. Son interlocuteur [un savant (jrec) n avait rien à lut apprendre.
Un tel assemblage des dons de V esprit et dn talent, réunis en sa personne à tant de simplicité et de nohlesse, lui conquérait à Jamais ceux quil avait élus une fois pour amis. On Va bien vu par ce groupe nontbreux et fidèle qui est tenn rendre un dernier devoir à sa dépouille ?/iortelle, avant qu^elle ne fût emportée de Paris. On lui restait d\iutant plus attaché qu il ne se i/iontrai: p.is tout d'un coup en une /ois et qu'on ae le c ' (naissait bien que peu à peu. a Les '/r'.'.udes à. /tes, a-t-on dU. ne sont p'is Sfup- >'-. fifiéeSy t'.'.Vy se cache. '.t. et sof^vent il n'y parait 'fïti't lea d'orl-jlu \]i^é. - Le cis était t"Ut à '.'/tt '.r.io^ic.t^rle à C'.:s^e'n':u; mais la nature, '///i '.'.C'.'JJ t^int m.é'iic.-jé />.'■' '^c' à sa pauvre et C'iétive S'\n.té. se >/'!)" ait ar-.i' r-'<'f/ Ici d- .iuer >me com 'j^'f^sail: -ij d.\'hs c-^tte '.''y^^te f'^ tract ive ^t 'Z : r V'i V ' ' -'t^ ' '/ '/ "j ' ^" V . : o. :lt • \ « :i > le / ré s l s ^' ' 'érie u r
'JÙ si 'iXqff.ls.
V l tille 'Lv^ùt été i'i sec'.'f.de Df'trie Deiidan.lt ces 'in/Ldes 'l'exr vm l] err^'/i/, *: u,^ aM'^f.r de la France : c itû:, ntliiL^ S'L cr-ii^. uatrie int-il^ec-
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tueîle, car il était détenu cVesprit plus Italien gue Français : il rêvait sans cesse de faire un second voyage à Florence, et à force de penser à ces personnages du xvi® siècle, dont il avait écrit r histoire, il finissait par s'identifier tellement avec son sujet, qu'on Veut pris à certains Jours pour Vun d'eux, dans son costume du matin.
Ses goûts, ses prédilections littéraires et artistiques le portaient de préférence vers ces années qui 07it précédé ce grand siècle de la Renaissance italienne, en en refiétant déjà tontes les splendeurs à son aurore. Il a laissé un grand ouvrage encore inédit sur les Médicis, dont on peut dire que son roman de Zanzara aura été la préface : c'est bien le tableau le plus complet d'une époque cù Vlmmanité lo7igtemps comprimée allai/ faire explosion, et qui ne doit rien à la nôtre en surprises de toute nature. Il y avait bien là de quoi tenter un philosophe et un penseur homme d'action, qui a vu lui-même de près des temps héroïques et qui a ^^'i'is part aux luttes de son siècle.
Avec des tendances ainsi dirigées vers les sommets culminants de l'humanité, le sentiment du Beau devait être un de ses cultes, et il faisait à tout ce qui élève l'esprit de Vhomme 7(ne place prédominante dans la société moderne et démo-