UN MEDECIN DES PAUVRES 3M
présenter, comme je le fais en ce moment, loin du pays, à de longues années de distance, sans éprouver une émotion douloureuse et se sentir les larmes aux yeux à la pensée tout à fait pénible et jusque-là hors d'attente que tant de vie n'est plus, que tant de mouvement a disparu, que tant de cœur a cessé de battre. Non, il y a des existences pour lesquelles on ne se ficrurerait jamais la mort possible.
Je ne saurais exprimer trop haut, en terminant, le regret de n'avoir pu assister, au moment suprême de la séparation éternelle, celle qui fut la dic^ne et couracreuse compao^ne de sa vie, et qui avait autrefois sauvé , dans un moment d'effervescence sauvage, le saint -simonien Vidal, revêtu du costume de la secte, qu'une populace furieuse traînait par les cheveux, sans qu'il opposât la moindre résistance. Victime inoffensive, il se laissait faire. Ce fut une femme qui Tarracha de leurs mains. La scène se passait à l'Esplanade.
Le docteur Rosière était atîé de soixante-cinq ans quand il est mort. Montpellier avait été pour lui une patrie d'adoption : son lieu de naissance était Privas (dans TArdèche). Venu jeune dans notre ville pour y étudier la médecine, il fut élève de Lallemand, et c^arda toute sa vie un culte pour rillustrc maître, auquel il devait, disait-il, le meilleur de ce qu'il avait appris à la Faculté et à la Clinique.
Mais ce n'était pas là le seul lien de sympathie qui rendait la mémoire du professeur Lallemand si chère au docteur Rosière : comme lui il aurait voulu être peintre, et tenait le pinceau à ses moments perdus. — Ce qui les rapprochait bien mieux encore que Tamour des arts, c'était Famour de la Liberté. Les mêmes sentiments, en politique, avaient uni le maître et Télève. Ils étaient tous les deux patriotes et libéraux [comme on disait en 1830)....
Je n'aurais garde de prolonger le parallèle.
Aussi bien, ce n'est pas ici une biographie, mais un simple souvenir de cœur, un ex-voto de reconnaissance, un portrait à la plume, taillé . d'une faible main sur la tombe de notre ami.
25 juin 1869.