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Petite cruche

M. AUGUSTE FOURÈS 27S

la chanson populaire de notre compatriote Gaussinel :

Souï mouquét,

Aï coupât toun ourjolét '.

(Test réternelle histoire de la Cruche cassée, dont le peintre Greuze n'a pas été l'inventeur, mais à laquelle il a prêté la poésie de son pinceau. Voici maintenant un poëte de Gastelnaudary, M. Auguste Fourès, qui fait de nouvelles variations sur le vieil air, dans un petit poëme, plein d'énergie et de couleur, intitulé : le Chant des Potiers, et dédié Aux vaillants potiers du Laiiragtuiis.

« Les Marguerites, les Jeannettes, » dit ce nouveau chantre du tour et de l'estèque (nous nous servons de sa traduction), « — qui souvent dressent trop le front — pourront briser des cruchettes — à la source, au puits, à la fontaine. — Il en est ici plus d'une qui plait!... »

Je le crois bien, et l'on remonterait ainsi jusqu'à la Source d'Ingres. Mais le poëte dont nous parlons adresse surtout ses hommages aux belles filles qui sortent toutes façonnées des mains du modeste artisan, à qui l'on doit cassoles et yi-

\. Je suis penaud,

J'ai cassé ta pelite cruche.

chets. Son chant est un poëme didactique, dans lequel il célèbre la terre natale :

« Santé aux braves travailleurs — qui se font gloire de leur ciel ! — A vous autres, potiers, fabricants de terraille

— et de Saint-Pajioul et d'issel! — Santé pour de longues années — à ceux de Montléon ! — Qu'ils aient toujours belles fournées, — chansons joyeuses et bon vin !

« 0 Montléon! avec tes briques, — de nombreux quartiers ont été construits ! — Trois fois salut à tes fabriques,

— berceau antique de nos potiers ! — Salut, poterie lauraguaise ! • — ■ tu auras cinq cents ans l'année prochaine. — Tant que rira l'âme française, — dans tes godets on boira souvent. »

Cet enthousiasme, ce lyrisme se rencontrent rarement chez les ouvriers poètes pour les choses de leur métier. Notre ami Peyrottes, de Glermontl'Hérault, qui était lui-même un potier de terre, s'exerçait sur d'autres sujets en vers : il ne tournait des pots que pour gagner sa vie, et s'il y mettait de l'amour, c'est parce qu'il croyait qu'où ne fait rien de bien — même des cruches — sans conviction. Jean Reboul, le poëte boulanger de Nimes, avait l'âme et la poésie lamartiniennes. Jasmin, le spirituel barbier d'Agen, était venu chercher et trouver la gloire à Paris ; quand il s'aperçut que la vogue commençait à se lasser. il eut un jour un mot très-fin : «Las harhas polisson à Agen, » et il retourna reprendre le rasoir, son gagne-pain de chaque jour, dans son pays. Fit-il pas mieux que de se plaindre"^

M. AUGUSTE FOURES 277

Mais M. Auguste Fourès, Fauteur du Chant des Potiers que nous venons de citer, ne tourne de ses mains et de son esprit que des vers et de la prose : on a de lui une nouvelle, intitulée l'Armoire, qui le rattache à Técole réaliste de M. Ghampfleury et du peintre Bonvin, par le sentiment d'art et de poésie qui naît des choses les plus communes. C'est le genre dans lequel excellait Chardin au xviii<' siècle, quand il tirait des effets si gais de natures mortes. Il y faut un œil particulièrement observateur et un sens d'autant plus exquis qu'il s'agit parfois de faire chanter les reflets vulgaires d'une batterie de cuisine ; on n'y réussit pas sans l'amour du sujet, qui est la véritable force de l'artiste : il y faut surtout un esprit délicat et une sorte de génie simple et naïf.

12 décembre 1876.

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