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UN MEDECLN DES PAUVRES

une nuit, on ne lui laissa même pas le temps de se rendre chez un malade qui Fattendait à heure fixe pour une opération très-délicate. Le médecin fut emprisonné comme suspect, sans égard pour ses services si nécessaires. Pendant tout un hiver, la population pauvre des bas quartiers de la ville, la plus misérable alors et la plus souffreteuse, fut privée des soins d'un médecin ami, dont le nom était populaire.

Tout le monde le connaissait et Faimait à Montpellier pour sa franchise et sa loyauté : il vous laissait dans l'esprit tme image ineffaçable. On ne pouvait plus l'oublier dès qu'on l'avait rencontré une fois; et c'est ce qui m'attira vers lui bien jeune. L'attrait politique, autant que sa personne, contribua à nous lier d'amitié l'un à l'autre. Quelque chose d'original le signalait tout d'abord : il était grand, droit; d'une stature élancée et sans embonpoint ; en marchant, il se balançait un peu ; son verbe était haut, d'un accent éclatant et des plus distincts.

II parlait à tous dans la rue de la même voix que dans son cabinet. Il semblait que le secret n'existât pour lui qu'en médecine. — Et c'est cet homme si communicatif, si confiant, si ouvert à tout venant, pourvu qu'il fût ami ou connaissance, qu'on osa accuser d'affiliation à une société secrète !

Quand il sortait de chez lui, vers les quatre heures de l'après-midi, pour faire sa grande tournée au-

3'iO CARACTÈRES ET PORTRAITS

près des malades de la ville, on le trouvait marchant d'une démarche un peu saccadée et le chapeau légèrement incliné sur l'oreille, mais, à la rencontre, saluant les hommes avec cordialité, les dames avec une politesse et une galanterie qui devenaient encore une distinction dans sa personne, par sa manière d'être incliné et respectueux devant elles. Aussi plus d'une en avait-elle fait la remarque.

11 allait toujours à pied, — il n'eut jamais de voiture pour la ville, — flairant à droite et à gauche l'air et les nouvelles, ayant des amis dans chaque demeure et des malades dans tous les quartiers. La canne qu'il tenait à la main, canne élégante et solide, glissait et revenait sans cesse entre ses doigts, de toute sa longueur, exprimant l'agitation d'esprit et l'état nerveux de son propriétaire. L'activité était le caractère dominant du docteur Rosière. Elle était dans toute sa personne, de grand matin et le soir, bien tard. Car le propre de ces natures est aussi d'être vigilantes. Un joli chien, au poil jaune et soyeux, précédait joyeusement le docteur Rosière, en ces années-là, dans ses courses : il eut un jour le chagrin de perdre ce compagnon et ami fidèle.

Celui qui a connu cette physionomie si vivante et si animée du docteur Rosière, qui a pratiqué et vu de près cette organisation ardente , fébrile et de vif-argent, si attentive à ses travaux quand il y allait de la vie humaine , ne saurait se la re-

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