M" GUERIN , THÉRÈSE
(M m< Guérin f St assise flans un grand fauteuil , I droite, près d'une petite table.)
H"' Ct’ÈItlN, appelant faiblement. Thérèse ?.. Thérèse !.. elle ne répondra donc pas... ( Thérèse entre , elle porte wie tasse sur une assiette. ) Thérèse!...
TiiKiutSE. Mc voici, ma tau tu.
*r*” GUÉRIN. J’aUcitds mon café , mon enfant.
TitÉnÈSE. Je vous l’apporle.
(Elle le poee sur la table.) M mp GUÉRIN , tâtonnant sur lu tub/e. Alt !
merci... mais je ne le trouve pas.
TtlÉRÈSE, lui mettant ta main sur la tasse.
Ici , ici , ma bonne tante... là... prenez garde , il est un peu chaud.
GUÉniN. Très-bien , joie tiens...
Ah ! dam ! c’est qu’il y a long-tems que j’eu suis privée , de mon cher café... C’est 3* ANNÉE. T.
aujourd’hui seulement que !c docteur m’j permis d’en prendre...
Thérèse. Ce bon docteur... il vous a tirée là d'un mauvais pas... car vous avez été bien malade ,111a pauvre tante... mnis, grâce att ciel , vous voilà rétablie à [ lèsent.
M"'. cuÉRtN. Et comment ne pas guérir, soignée comme je l’ai été?., n as-tu [.as toujours veillé près de moi ? . ci mon bon Michel , mon cher enfant , ne m’a-t-il pas entourée des soins les [dns tendres ?... Oh ! vois-lu, sentir là, pi va de soi, un fils qui vous chérit, et une petite nièce aussi bonne que toi... ça lient lieu de inéilicanicns , de potions, et d'ordonnances de médecin... c Ystdu bonheur!
et le bonheur lait plus de bien que tout ça... ça vous rattache à la vie... Chers en fans ! Mais oit donc est Michel?... je ne l’ai pas encore entendu.
Thérèse. Je n'y comprends rien , ma
LE MAÜANiN THÉAÎ1AU
tante... il n’est pas rentré ce malin pour
déjeuner.
H"" GUÉRIN. 11 n’est pas rentré?... c'est étonnant... et il ne l'avait pas prévenue?
THÉRÈSE. Non.
M“* Gl'ÉRIN. Ah!., c’est que sans doute il aura été déjeuner avec quelque camarade.. Il ne prend pas trop de distraction, ce pauvre ami.
THÉRÈSE. Ça c’est vrai, il"* Guérin. Et dire qu’il devrait être dans l’aisance... sans cette banqueroute qui nous a tout enlevé... Mon hou Michel!
je l'entends encore me dire : » Mère, nous » n’avons plus rien , plus rien que la » misère... en perspective... il ne faut pas » L’attendre... j'ai quatorze ans, vous ». voulez me donner de l’instruction... je « n’en veux pas,... ce que je veux, c'est » c’est que vous ne manquiez de rien —
» c’est à moi de gagner de l’argent , de » soutenir la maison... je me fais ou- > vrier. » Alors, il a jeté son joli petit haliit , il a pris une veste , une casquette... il s'est mis au travail... et c’est à peine si jemesuis aperçue du changement de uotre position... seulement, lorsque je serre ses mains dans les miennes... ses mains autrefois si douces , maintenant rudes et grossies par le travail !... ( Elle essuie une larme. ) Mon pauvre enfant... que de résignation , que de courage il lui a fallu !...
Thérèse. Aussi est-il devenu le meilleur ouvrier en soie de I.yon... et tous les fabricans se le disputent.
jl"» GUÉRIN , souriant. Oh ! mais j espère bien qu’il ne travaillera pas toujours chez les autres... Cet élat-là ne durera pas lonj'-lems.. ■ Le diable n’est pas aussi noir quon le fait... et si je gagne un beau terne!... Ah! ça , dis-moi , mon enfant, où as-tu donc mon billet de loterie?... Je le cherchais ce matin.
THÉRÈSE, avec embarras. Où... je l’ai mis?... Je l’ai serré, ma tante.
guérin. Prends bien garde de l'égarer.. c’est ton parrain, M. Roussillon, qui m’a garanti les numéros... si j'allais gagner?... Ah!... que de projets je mettrais à exécution!.. Tu y es pour quelque chose , ma chère Thérèse... car je sais que Michel t’aime , et que toi-mciue. .r
tüérèse. Ma tante...
M”' GUÉRIN. Cela t'étonne que j’aie deviné ça ?
Thérèse. Mais je vous jure...
M"* guérin. Ne jure pas...
Air : Ces postillons.
Car je sais tout , rougis tout l Ion aise ,
De metiompcr il n'rst donc pas besuio ;
J'ai devine , ma petite Thérèse ,
Ce que vous deux tous caches a vec soin.
Je v oy-is tout , li , de mon petit coi* ;
Que votre ainour s'entoure de mystère,
Aveugle ou non , une femme, oui dà,
\ oit toujours rlair , quand il s’agit , ma chère ,
De cet article-là. ibis.)
Thérèse. Ma bonne tante !
M m ' GUÉRIN. Enfin, c’est .aujourd’hui le tirage , et peut-être bien .'. Tu ira* voir la liste , u’esl-ce pas ? • > ■
THÉRÈSE. Oui , ma tante.
M“' guérin. Surtout , pas un mot de cela à Michel... ce secret-là est le seul qui existe entre nous. ..C’est que, vois-tu, il ne partagerait peut-être pas mes espérances...
El pourtant, c’est pour lui que j’espère...
Ce terne que j’attends , que je rêve , que je demande au ciel , c’est pour lui acheter un métier... un métier!... c’est là son ambition à lui, a par conséquent la mienne... S’il avait un métier , nous serions riches, heureux, contens.... Tu vois donc bien qu’il laut que je gagne un terne... ça ne peut pas manquer d’arriver... mais, en attendant, mon café refroidit... donne -moi ma tasse.
(Thérèse lui donne sa tasse, elle boit doucement ton café.)