PLUS DI LOTERIE
THÉRÈSE. Mais, à midi... sans doute.
HECTOR. J’y serai toute la journée,
( A.tc sentiment. ) J’y serai loule La journée, 6 Thérèse ! ( A pnrt. ) Ali ! combien celte vieille est honorable avec sa cécité !
THÉRÈSE, lui faisant signe il? sortir. Maintenant , monsieur, par prudence...
HECTOR. Fort bien!.. Au revoir, aimable Thérèse , ati revoir. ( En s'éloignant il heurt, Au pied une chaise i/n il rrnrrrse. ) Aie! aie .'aie !
THÉRÈSE , à pari. O mon Dieu !
M"" GUÉRIN. Qu’esl-ce que c’est?., qui est la?... Thérèse, tu n’es pas seule?
THÉRÈSE, note emlturras. Non, matante.
HECTOR. L’aveugle n’est point sourde , à ce qu’il parait.
Guérin. Eh bien ! qu’cst-ce donc ?..
répondez ?
HECTOR, baiix Thérèse. Soyez tranquille.
( Haut .)\' lu don , pardon respectable dame. .. vous voyez devant vous... c’est-à-dire non, vous ne pouvez pas... Je veux dire, vous avez devant vous Hector Beausire, premier commis de M. Dervaux, homme d'affaires à la Croix- Rousse... je venais pour M.
Roussillon... lorsque mon mollet a heurté ce siège , et tn’a fait pousser le cri que vous venez d'entendre... je me suis violemment froissé... ici, tenez... à cette place. .. ( Il lui montre sa jambe , puis s'aperçoit de son erreur. ) Que je suis béte .
moi qui oublie...
M" ,c GUÉRIN. Mais , monsieur , ce n’est pas ici que demeure M. Roussillon, .. c’est au-dessus.
Hector Fort bien... mais je ne l’ai pas trouvé chez lui , et ou m’a dit qu'il était chez vous. {A paît. ) Ruse amoureuse.
jr *üUÈniv Non, monsieur, il n’y est pas... Thérèse , sais-tu où est tou parrain?
THÉRÈSE. Non , ma tante , mais d ue doit pas tarder à venir vous rendre sa visite du matin.
■ ”• guérin. En effet , c’est son heure...
si vous voulez l’attendre , monsieur...
Hector. Parfaitement bien. ( A part. ) Elle est fort gracieuse, malgré sa... ( II s'assied. ) Comme ça se trouve ! c'est délicieux !
M mr GUÉlUN , à Hector qui est a sis. Asseyez-vous , monsieur.
ni ; cto r , riant. Merci bien , uc faites pas attention, (yi part.) C’est fort plaisant.
M m« guérie. C’est votre patron , sans doute, qui a été chargé de vendre les propriétés de M. Roussillon.
HECTOR. Oui, madame... et je puis dire qu'il nous a donné de la besogne... voilà •ix ans que nous vendons ses terres une à
une, et cela pour satisfaire sa folle passion pour la loterie... Il peut dire qu elle lui coûte cher cette passion-là
tiiérèse. Hélas ! oui... moi qui ai été élevée chez lui par défunte ma marraine, j’ai vu toute sa fortune s'eu aller petit à petit.
Hector. Car il était fort à l'aise , M.
Roussillon ; il était comblé de revenus; On ne dirait pas ça à le voir aujourd’hui aussi maigre et aussi râpé !
THÉRÈSE , aoec intérêt . Mais il lui restait encore une petite terre en Provence ?
iif.ctor. Nous venons de la vendre , et c'est ce qui m'amène chez lui , mademoiselle.
Thérèse , à part. Pauvre parrain !
HECTOR. Il a , dit-il , un grand calcul, coup-maitre qu'il médite, depuis dix ans, et qui doit ruiner la loterie, dit-il... Aussi en a-t-il fait de ces chiffres !... Il est toujours à calculer. À l’étude, où nous sommes très-farceurs, nous baptisons tous nos cliens... lui, nous l’avons surnommé l'homme-loterie.
M me GUÉRIN. Oui... eh bien ! laissez-le faire ; il en viendra à ses fins , allez. Tôt ou tard , j’en suis certaine , il gagnera de quoi couvrir ses perles.
HECTOR. Oh! pour cela , vous me permettrez de 11 e pas partager votre manière de voir : je ne connais rien de plus absurde que la loterie.
THÉRÈSE , bas à Hector . Je vous en prie , taisez-vous.
Hector. C’est un jeu de portières.
THÉRÈSE, de même. Mais taisez-vous donc! {Haut.) Ah! voici M. Roussillon.