MA BAIE
qu'un effet de soleil sur de grands glaçons, et que d’autre part elle semblait changer de forme par moments, Je m'étais rallié pour l’instant à leur manière de voir. Nul doute, à présent, que ce ne fût la terre, aussi me dis-je que ce devait sûrement être enfin la Terre de Jesup.
Pendant toute l’étape, la marche devint de plus en plus difficile, l’épaisseur de la neige ne faisant qu’augmenter. Il ne devait certainement pas avoir fait grand vent au moins depuis que nous avions quitté le navire, ce qui faisait que la neige en tombant n’était nullement dérangée.
Entre nous et le cap lointain vers lequel nous tendions, la longue pointe d’un second glacier s’étendait vers la haute mer. Deux autres, plus petits, situés en face de notre campement, présentaient tous les caractères des véritables glaciers, séracs, crevasses et parois verticales.
Pendant la marche, nous traversons l’entrée d’une baie aux falaises noires et escarpées. Elle a de huit à dix milles de large à l'ouverture et s’étend, semblet-il, en plusieurs bras vers l’intérieur. C’est ma baie à moi!
Nous arrivâmes, après plusieurs jours d’une marche pénible, sur une langue de terre plate au pied de la montagne vers laquelle je dirigeais notre course depuis cinquante-trois milles.
Vu de l’est, ce pic remarquable paraissait très escarpé. Cependant, à mesure que nous nous en
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rapprochions, je me rendis compte qu’il était possible de le gravir. Après une courte reconnaissance, je donnai donc l’ordre de dresser la tente, en disant que nous allions consacrer le reste de la journée à en faire l’ascension.
C'était, en effet, une occasion qu'il ne fallait pas négliger : temps radieux, possibilité de vérifier mes principaux angles, enfin quasi-certitude que, de ce sommet élevé, je verrais ce qui se trouvait au delà, notamment, du moins je l’espérais, l’extrémité de la Terre de Jesup qu’il me tardait tant d’apercevoir.
J'apprêtai un déjeuner de thé et de bouillie de farine de gruau. Puis nous nous mîmes en devoir de commencer l’ascension.
Le sommet de cette montagne se trouvait à deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Le caractère en était plus véritablement alpin que tout ce que j’ai aperçu au Groenland ou dans la Terre de Grant. Le spectacle qu’on avait sous les yeux était des plus intéressants. Vers l’est s’étendait la zone blanche de l’rcefoot; du côté de l’ouest la surface ininterrompue du détroit de Nansen; au delà, on voyait la partie septentrionale de cette terre occidentale que j'avais aperçue au mois de juillet 1898, du haut de l’inlandsis de la Terre d’Ellesmere, et que j'avais appelée Terre de Jesup, ce qui n’a pas empêché Sverdrup de lui donner depuis le nom de Terre Axel Heiberg ; au midi, visible audessus et au delà de plusieurs montagnes et de plusieurs vallées qui nous en séparaient, on distinguait la