CHASSE HEUREUSE
pour arriver au cap, nous traversâmes une glace toute hérissée de hummocks. Ce trajet se passa presque constamment à traverser à gué des nappes d’eau successives.
Cette baie va aboutir à une vallée large et basse creusée entre les montagnes de la côte orientale et celles dont la chaîne s’étend vers le sud, à partir de l’extrémité septentrionale de cette terre.
Nous eûmes soin de scruter attentivement, à l’aide de jumelles, cette région qui nous semblait pleine de promesses. Ce me fut une grande satisfaction d’apercevoir dans la neige la piste d’un troupeau de rennes ou de bœufs musqués; mes chiens avaient le plus grand besoin de voir ajouter quelque chose de substantiel à leurs maigres rations de pemmican.
Une chasse heureuse nous permit de les nourrir abondamment; nous-mêmes, nous mangeâmes de bon cœur; depuis cinq jours, nous nous nourrissions d'œufs conservés et de bouillie, afin de garder le pemmican pour les chiens. C’est un régime dont on peut se contenter dans les climats ordinaires, mais qui ne remplace pas du tout la viande quand il faut travailler dans les conditions où nous nous trouvions.
Après le repas, mes hommes se couchèrent. Quant à moi, il me fallut veiller jusqu’à trois heures de l'après-midi pour prendre une observation de latitude. Pendant tout ce temps, il faisait un bon soleil chaud et il ne soufflait pas de vent.
À neuf heures du soir, je me levai. Je n’avais, pour
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ainsi dire, pas fermé l'œil à cause de la chaleur qu'il faisait sous la tente, et de l’importunité de grosses mouches bleues, qui, attirées par l’odeur de la viande, s’abattirent sur nous. En outre, pendant une heure ou deux, il s’était produit de violentes bourrasques qui secouaient la tente, et firent même tomber ma lunette méridienne, fort heureusement sans l’abîmer.
On finit de boire le café, et, après avoir encore donné à manger aux chiens, on les attela tous à un seul traîneau. Il était onze heures du soir lorsqu'on se mit en route pour gagner le sommet des falaises.
Une grande pente neigeuse sur le versant oriental nous permit d'amener le traîneau jusqu’à une hauteur de six cents pieds, où on le laissa après avoir attaché les chiens. Nous gravîmes ensuite une montée facile, où des roches détachées alternaient avec des nappes de neige. On atteignit assez aisément le sommet, seize cents pieds environ, en une heure et demie à partir du moment où nous avions quitté le campement.
Nous y élevâmes une pyramide, semblable à celle du cap Columbia, où je déposai, comme d’habitude, une courte relation de notre expédition et un morceau de mon drapeau.
Le temps clair me permit de prendre sans difficulté une série d’angles. À l’aide de la lunette, je pus distinguer un peu plus nettement, semblait-1l, dans l’ouest, les cimes neigeuses de la terre lointaine.
Je franchis par la pensée les milles de glace qui m'en séparaient, j'en foulai les côtes et j'en gravis les