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MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MESSIEURS

A U mois de janvier 1897, j’exposai pour la première fois l’idée que ;

avais conçue d’une série d’expéditions dans les régions arctiques, ayant pour but principal d’atteindre le Pôle Nord.

Au cours du printemps de la même année, votre président, Morris K. Jesup, voulut bien s'intéresser à mon dessein. Il proposa de former un club destiné à en assurer la réalisation. Son exemple fut suivi par d’autres personnalités en vue. A la fin du mois de mal, grâce à l’intervention zélée de M. Charles A. Moore, appuyée par des lettres des hauts personnages intéressés, un congé de cinq ans me fut accordé par le ministère de la marine, pour me permettre de donner suite à mes projets.

La saison était trop avancée déjà pour faire partir l'expédition proprement dite. Je consacrai donc l’été

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de 1897 à un voyage préliminaire dans la région du nord-ouest groenlandais, afin de faire connaître aux Esquimaux de ces parages mon plan de campagne pour l’année suivante et de les mettre à l’œuvre pour réunir une provision de fourrures et de viande. J’accomplis cette mission avec succès et, de plus, je rapportai de mon voyage le météorite « Ahnighito » de la baie de Melville, le plus grand météorite connu du monde entier.

Au mois de décembre 1897, pendant que je me trouvais à Londres, Alfred Harmsworth mit à ma disposition le yacht à vapeur Windward, dont il s’était servi pour son expédition de la terre de François-Joseph. Il voulut bien m'’offrir de munir le yacht de machines neuves et de me le faire conduire à New-York. J'acceptai cette offre généreuse.

Entre temps, le Club Arctique Peary se constituait au printemps de 1808. MM. Morris K. Jesup, Henry Ed. Cannon et H. L. Bridgman, qui étaient tous mes amis personnels, formèrent un premier groupe autour duquel, Messieurs, vous vîntes bientôt vous adjoindre. Le Windward arriva au mois de mai. Malheureusement, la grève des mécaniciens en Angleterre ayant empêché qu’on le munît de machines neuves, ce n’était guère qu’un voilier assez médiocre.

Cependant la saison était si avancée que je dus me résigner à prendre le yacht tel quel. Il était d’une lenteur désespérante, trois nœuds et demi dans les circonstances les plus favorables; de plus j'eus la contrariété de voir adopter par un autre mon plan et

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mon champ d’action. Il me fallait donc, si je ne voulais pas me laisser distancer, affréter un naviré auxiliaire. Le Windward partit de New-York le 4 juillet 1898, et le 7 je m’embarquais sur le Hope à Sydney, cap Breton.

Poussant rapidement vers le nord sans toucher aux ports habituels du Groenland danois, j’arrivai au Cap York, après un voyage où le seul incident digne d’être rappelé est que, dans la baie de Melville, une pression de la glace souleva le Hope complètement hors de l’eau et menaça pendant quelques heures de nous occasionner des ennuis sérieux.

J'organisai aussitôt une chasse au morse et je m’occupai en même temps de réunir mon contingent d’Esquimaux. Le Windward nous rejoignit bientôt; après quoi, les deux bâtiments se livrèrent à la chasse jusqu’à ce qu’ils eussent atteint le rendez-vous final, Itah.

Le samedi 13 août, le Windward se remit en route vers le nord, pendant que le Hope retournait à Sydney. Il fallut quatre heures au Windward pour se frayer un passage à travers une langue étroite de glace épaisse qui s’étendait en travers du fiord de Foulque. Ensuite le Hope nous quitta pour prendre la direction du sud, vers le cap Alexandre, tandis que le Windward naviguait vers le cap Hawkes, qu’on voyait distinctement au delà du cap Sabine.

Le dimanche, à quatre heures du matin, nous

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rencontrions des glaçons épais, à la hauteur du cap Albert. Vers midi, le navire se trouva pris dans la glace et reperdit plusieurs milles par l’effet de la dérive. On finit cependant par doubler la pointe Victoria et pénétrer, à six heures du matin, dans la baie Princesse- Marie. La baie était encore couverte de la glace formée pendant l'hiver, tandis que le bassin de Kane était envahi par l’épaisse banquise polaire en mouvement. Entre les deux nappes de glace, sur toute la largeur de l’éntrée de la baie, s’étendait vers le nord une série de petits lacs et d’étroits filets d’eau, qui s’ouvraient et se refermaient selon l’état de la marée.

Le 18, à onze heures et demie du soir, le Windward avait fini, au prix des plus grands efforts, par atteindre, au delà de l’entrée de la baie, une petite nappe d’eau libre sous le cap d’Urville. Un grand floe, de plusieurs milles de largeur, nous barrait le passage ; il s’étendait depuis le rivage jusqu’à la grande banquise.

Pendant que nous traversions la baie, j'avais fait monter sur le pont les approvisionnements principaux, afin de pouvoir les jeter sur la glace en cas de pression dangereuse. J'espérais qu’à la renverse de marée, le grand 0e s’éloignerait et nous permettrait de continuer notre route. En attendant, je débarquai au cap d’Urville où je déposai dans une cache quelques approvisionnements. Je grimpai au sommet du promontoire pour examiner l’état de la glace vers le nord.

Le 21 août, je partis en reconnaissance le long de

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l’icefoot jusqu’au fond de la baie Allman et dans la vallée qui y aboutit. La nuit du 21, il se forma de la jeune glace qui ne fondit plus. Le 28, je tentai de faire en traîneau la traversée de la glace de haute mer jusqu'à l’île Norman Lockyer; mais je rencontrai trop d’endroits dangereux et je dus battre en retraite sur l’icefoot. La nuit du 29, la température s’abaissa jusqu’à — 25° centigrade et le 31 la jeune glace avait une épaisseur de presque onze centimètres. Ce jour-là je me rendis au cap Hawkes et je grimpai jusqu'au sommet, d'où j’aperçus au large des lacs d’eau libre, dans le bassin de Kane. Malheureusement entre ces lacs et le Windward s’interposait une zone de glace fermée, perspective décourageante. Un vent d’ouest, fort et persistant, pouvait seul me venir en aide. D'autre part, J'hésitais à quitter le navire, de crainte qu’une occasion favorable d'avancer ne se présentât en mon absence.

Le 2 septembre, je voulus remonter en traîneau la baie Princesse-Marie. Au cap Harrison, le fort courant, dû à l’action de la marée, empêchait la glace de se former, et comme l’icefoot était impraticable pour les traîneaux, je dus renoncer à passer outre. Je me rendis à pied jusqu’à l’entrée de la baie de Cope, faisant le relevé de la côte jusqu’à ce point. Je revins au navire après quatre Jours. Pendant cette expédition, je recueillis la relation de leur voyage déposée par les Anglais dans un cairn au sommet de l’île Norman Lockyer. Bien que vieux déjà de vingt-deux ans, ce

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document était aussi bien conservé que s’il eût daté de la veille.

Le 6 septembre, je quittai le navire pour aller explorer la baie Dobbin, dont le fond n’est pas dessiné sur les cartes. Je revins trois jours plus tard.

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Pendant mon absence, la première tempête de neige sérieuse se produisit; il en tomba plus de 13 centimètres et demi.

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Le 12 septembre, je débarquai au cap d’Urville un tiers de mes vivres, provision amplement suffisante pour nous tous pendant une année entière. Mes Esquimaux transportaient en traîneau sur la jeune glace des chargements de 350 à 500 kilogs. La nuit du 13, la température atteignit — 23° centigrade. Il fallait renoncer à tout espoir de pousser plus avant. Le 15 septembre, on vida la chaudière et on commença à faire ses préparatifs en vue de l’hivernage.

Le 17, j'arrêtai comme suit le programme de ma campagne d’hiver.

La besogne qu’il fallait accomplir pendant l’automne n'était pas difficile à définir. Elle consistait essen-

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