PAYSAGE ARCTIQUE
gènes occasionnèrent là un arrêt un peu plus long que dans les autres villages. A la fin pourtant bêtes et gens se trouvèrent réunis à bord; le silence et l'abandon régnèrent seuls dans le campement naguère égayé par les cris des enfants et l’aboiement des chiens.
De Kangerdlooksoah on se dirigea vers le nord, pour gagner, de l’autre côté de la baie, les îles Harvard. Sur la plus septentrionale nous trouvâmes quatre tentes qu'on s’empressa de transporter à bord comme les autres avec leurs propriétaires. Le r1 août, deux heures et demie du matin, l’Erik était prêt à redescendre le golfe.
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Je me rappellerai longtemps le spectacle féerique qui s’offrit à nos yeux pendant toute cette nuit d’été arctique : les eaux paisibles du golfe, parsemées de nombreux icebergs, de glaçons aux formes les plus étranges; à l'arrière-plan, dans la direction de l’est et du nord le gigantesque amphithéâtre formé par les glaciers de Heïlprin, de Tracy et de Melville, s’élevant jusqu'aux flancs bleus à reflets d’acier de la « Grande Glace »; au nord-ouest et à l’ouest les tons chauds des falaises brunes des monts Daly et Adams et de l’île Joséphine Peary; enfin, vers le midi, les vastes ondulations des prairies en pente douce de Kangerdlooksoah, où paissent des rennes. Pendant tout le restant de la nuit nous longeâmes la côte du golfe et le matin nous nous trouvions entre l’île Herbert et le rivage septentrional de la Baie de la Baleine,
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rendez-vous favori des troupeaux de morses qui abondent dans ces parages.
Depuis le moment où nous étions arrivés au Cap York nous avions joui d’une série ininterrompue de beaux jours — mer d'huile et soleil continu — un vrai temps d'été arctique. Aujourd’hui, c’est le tour du vent et du brouillard qui nous empêchent de chasser le morse. C’est une journée de perdue.
Le soir nous retournons à Karnah pour y embarquer les indigènes et pour nous trouver à proximité du gibier au cas où le lendemain la chasse aux morses serait praticable. À minuit l’'embarquement est terminé. Tout le monde meurt de fatigue et de sommeil. L’Erik se dirige vers le milieu du détroit, où 1l se laisse aller à la dérive jusqu’au matin. Après déjeuner nous faisons une nouvelle tentative contre les morses; le succès couronne nos eflorts : avant neuf heures du soir nous abattons dix-huit de ces amphibies.
Pendant que la pluie commence à tomber et que la brume nous enveloppe, nous nous dirigeons vers Igludiahni, le dernier campement qui nous reste à visiter. Nous y trouvons six tentes. Nous ne nous arrêtons pas longtemps, car Je n’ai plus besoin que d’une seule famille et j'ai bientôt fait d'acheter encore un certain nombre de chiens. Aussitôt le dernier chien à bord, l'Erik prend la direction du cap Chalon pour aller retrouver le Roosevelt à Itah, où nous arrivons le dimanche, 13 août à l'heure du déjeuner.
Le lundi, de grand matin, l'Erik vient se placer
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ARRIVÉE A ITAH
bord à bord auprès du Roosevelt. A cinq heures on commence à transborder les provisions de viande de morse, à tout caser dans les cales du Roosevelt, enfin à en remplir les soutes et l’entrepont avec le charbon apporté par l'Er:k. Ces préparatifs nous prirent tout le lundi, le mardi et la matinée du mercredi.
Enün, à deux heures de l’après-midi de ce dernier jour, le Roosevelt est prêt à prendre la mer et à affronter la lutte en vue de laquelle il a été construit, la lutte contre les glaces polaires qui s’étendent depuis le cap Sabine jusqu’à l'extrémité septentrionale de la terre de Grant. Jusqu’à présent notre voyage n’a été qu’un jeu d'enfant. Il s’en faut qu’on puisse en dire autant de ce qui nous attend désormais.
Le Roosevelt avait dès lors un équipage de vingt Européens, une quarantaine d'Esquimaux et à peu près deux cents chiens.
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