‹ Plutarque a menti 1923Chapitre 2 sur 59 · PREMIER DIALOGUE AVEC LE DÉMON 4 FAMILIER · texte numérisé non relu

PREMIER DIALOGUE AVEC LE DÉMON 4 FAMILIER

Fragments du journal de ma vie

. Comme Socrate, j'ai mon démon familier qui me tient | compagnie la plus grande partie du temps. Ce maün, ilma paru fort agité. Il furetait çà et là dans la pièce où

. je travaille, en fredonnant à mi-voix sur un rythme rageur :

— Jean de Pierrefeu est un sot, Jean de Pierrefeu est un sot, Jean de Pier.

| — Âssez, assez, criai-je, quelle mouche te FAus et ne peux-tu me ficher la paix ?

| à il me jeta un mauvais regard et continua de plus belle.

. — Voyons, démon, repris-je d'une voix hypocrite,

. as-tu sujet de te plaindre de moi ? Dans ce cas, parle

. ne crains point de dire la vérité.

— Ahl Ah]! la vérité | articula-t-il d'une voix mo-

À queuse, et pirouettant sur lui-même il reprit son déplai-

» sant refrain, en sautant à cloche-pied : Jean de Pierreteu

est un...

Au bout de cinq minutes, il eut la sensation très nette

que malgré notre vieille amitié t'étais homme à le gifier.

Alors, changeant de ton et de manières, il vint s'asseoir | sur le coin de ma table et d’un air de profonde commisération :

« Jean de Pierrefeu, dit-il, il est vrai que tunes quun sot ». [l poussa un profond soupir, leva les yeux au ciel et continua :

« Découvrir sa vocation à quarante ans, voilà qui est

en somme heureux à de certains ‘gards. Mais que cette vocation consiste à dire ‘a vérité, < est une chose si néfaste que 1 en demeure confondu : C'est ton cas, ô mon maître.

« Depuis le jour détestable où pressé de réaliser la promesse faite à ton éditeur, tu écrivis tes souvenirs militaires avec tant de hâte que tu n'eus ni le temps de mesurer tes paroles, ni celui d'arranger les faits comme il convenait 1, je te vois tout enfévré d'une fatale ardeur. Tu ne songes plus qu’à dire leur fait aux historiens de la Grande Guerre, tu ne souffres plus la moindre réticence, ni le moindre ornement, tu vas exigeant la vérité toute nue, comme si l’on pouvait avoir couché dans son hit cette chaste dame. Je te préviens, cela donne mal à penser à beaucoup d’honnêtes gens qui détestent ce fracas de de

i. Eh ! quoi, les hommes n'aiment donc point la vérité.

Mon démon familier. Là n'est pas là question. Plaçons-

ai Mon démon familier fait ici allusion à mon premier ouvrage

G.Q. G.. secteur 1: je lui laisse toute la responsabilité de son interprétation.

Page 1