MERCI
Ton cadeau, je l’ai bien reçu, Petite enfant du Nouveau-Monde ; Sain et sauf il a passé l’onde,
Et les Boches n’en ont rien su.
Ils ne sont pas malins, les Boches, De ne l’avoir pas torpillé
Ton joli sac estampillé
Dont ils auraient gavé leurs poches.
Que de bons objets entassés
Par la main de parents complices !
Jusqu'à des bonbons, o délices !
Des bonbons du Massachusetts !
Merci— continué
Chère petite Américaine
Que je ne connaîtrai jamais,
Il me semble que je t’aimais Bien avant cette bonne aubaine.
Car tu représentes pour moi Tous ces cœurs épars sur la terre Qui battent d’amitié sincère Pour les chevaliers du Bon Droit.
Ils empruntent ta lèvre rose
Et, des quatre horizons du ciel, Ils souhaitent joyeux Noël,
Aux soldats de la Grande Cause.
Ils ont les yeux fixés sur nous Ainsi qu'une foule inquiète Qui voit lutter dans la tempête Le navire et les flots jaloux.
Nef de l’humanité future, Vaisseau d’amour et de beauté, [16]
Merci — continué
Tu vogueras dans la clarté Malgré la hideuse Kulture !
A tous nos amis de là-bas
Dis bien, chère enfant d'Amérique Que dans cette lutte homérique Notre nef ne sombrera pas.
C’est en vain que l'orage gronde Autour de ses puissants agrès ; Elle a pour phare le Progrès, Pour but la Liberté du monde.
Enfant, lève tes jeunes yeux; Regarde cette aurore immense ; C’est la Victoire qui commence A dorer l’ombre de nos cieux.
Bientôt luira le jour splendide
Où le drapeau des Alliés
Étendra ses plis déployés
Sur le corps du Germain sordide.
Merci — continué
Alors, d’un sourire éternel, Aux funérailles de la Guerre Tu verras sourire la Terre :
Et ce sera le grand Noël.
JULES HESRY.
Paris, 27 janvier, 1916.