‹ Poésies compleÌ€tesChapitre 31 sur 48 · DESTINÉE D’UN ROI · texte numérisé non relu

DESTINÉE D’UN ROI

Ainsi je t’appelais au port, et sur la terre,

Fille de l’Océan, je te naontrais mes i)ois.

J’y roulais la maison errante et solitaire.

— Des dogues révoltés j’entendais les abois

— Je voyais, au sommet des longues galeries, L’anonyme drapeau des vieilles Tuileries Déchiré sur le front du dernier des vieux rois.

L’oracle est à présent dans l’air et dans la rue.

Le passant au passant montre au ciel tout point noir*

POÉSIES COMPLÈTES d'ALFRED DE VIGNT

Nous-même mon désert nous lisions dans la nuo, Quatre ans avant l’éclair fatal. — Mais le pouvoir S’enferme en sa doctrine, et, dans l’ombre, il calcule Les problèmes sournois du jeu de sa bascule.

N’entend rien, ne sait rien et ne veut rien savoir.

C’était l’an du Seigneur où les songes livides Écrivaient sur les murs les trois mots flamboyants;

Et l’heure où les sultans, seuls sur leurs trônes vides, Disent au ciel muet : « Où sont mes vrais croyants? » — Le temps était venu des sept maigres génisses.

Mais en vain tous les yeux lisaient dans les auspices, L’aveugle Pharaon dédaignait les voyants.

Ulysse avait connu les hommes et les villes^ Sondé le lac de sang des révolutions,

Des saints et des héros les cœurs faux et serviles, Et le sable mouvant des constitutions.

—Et pourtant^ un matin, des royales demeure^

LES ORACLE

Ccir.me un autre en trois jours, il tombait en trois heuies Sous le vent em.pesté des déclamations.

Les parlements jouaient aux tréteaux populaires,

A l’assaut du pouvoir par l’applaudissement,

Leur tribune savait, par de feintes colères, Terrasser la raison sous le raisonnement.

Mais leurs coups secouaient la poutre et le cordage^ Et le frôle tréteau de leur écîiafaudage Un jour vint à crier et croula lourdement

Les doctrines croisaient leur glaives de Chimères Devant des spectateurs gravement assoupis.

Quand les lambris tombaient sur eux, ces gens austères Ferraillaient comme Hamlet, sous la table accroupis. Poursuivant, comme un rat, l’argument en détresse,

Ces fous, qui distilllaient et vendaient la sagesse, Tuaient Polonius à travers le lapis.

l'OÉSlES COMPLÈTES DALPKEO VIGNï

SSÔ

O de tous les grands cœurs déesses souveraines, Qu’avez- vous dit alors, ô Justice, ô Raison I Quand, par ce long travail des ruses souterraines Sur le maître étonné s’effondra la maison,

Sous le trône écrasant le divan doctrinaire Et l’écu d’Orléans, qu’on croyait populaire Parce qu’il n avait plus fleur de lis ni blason

Reines de mespensers, ô Raison! ô Justice!

Vous avez déployé vos balances d’acier Pour peser ces esprits d’audace et d’a>:‘tirice Que le Destin venait enfin d’humilier.

Quand son glaive, en coupant le fuseau des intrigues; Trancha le nœud gordien des tortueuses ligues Que leurs ongles savaient lier et délier

LES ORACLES

Vous avez dit alors, de votre voix sévère .

G Malheur à vos amis, comme à vos alliés,

Sophistes qui parlez d’un ton de sermonnaire I Il a croulé, ce sol qui tremblait sous vos pieds.

Mais tomber est trop doux pour l’homme à tous funeste De la punition vous subirez le reste,

Corrupteurs! Vos délits furent mal expiés.

Maîtres en longs discours à flots intarissables! Vous qni tout enseignez, n’aviez-vous rien appris? Toute démucratie est un désert de sables ; j

11 y fallait bâtir, si vous l’eussiez compris.

Ce n’était pas assez d'y dresser quelques tentes Pour un tournoi d’intrigue et de manœuvres lentes Que le souffle de flamme un matin a surpris.

» Vous avez conservé vos vanités, vos haines,

Au fond du grand abîme où vous êtes couchés, Gomme les corps trouvés sous les cendres romaines Debout, sous les caveaux de Pompéia cachés,

L'œil fixe, lèvre ouverte et la main étendue. Cherchant encor dans Fair leur parole perdue,

Et^ s’évanouissant sitôt qu’ils sont touchés.

» Partout où vous irez, froids, importants et fourbes, Vous porterez le trouble. En des sentiers étroits Des coalitions suivant les lignes courbes.

Traçant de faux devoirs et frappant de vrais droits Gonflés d’orgueil mondain et d’ambitions folles Imposant par le poids de vos âpres paroles à l’humble courageux la plus lourde des croix.

LES OE iCLES

» Peuple et rois ont connu quels conseillers vous êtes, Quand, sous, votre ombre, en vain votre prince abrité Aux murs du grand banquet et des funestes fêtes. Cherchant quelque lumière en votre obscurité.

Lut ces mots que nos mains gravèrent sur la pierre, Comme autrefois Cromwell sur sa rouge bannière :

Et nmCj reges mundi, nunc inteUigite ! »

24 février 1862.

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